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Au Soudan, les manifestants défient la répression après une journée sanglante
Sous les tirs de grenades lacrymogènes, des centaines de Soudanais ont manifesté vendredi à Khartoum contre le pouvoir militaire, au lendemain de la journée la plus sanglante depuis le début de l'année.
Pour le deuxième jour consécutif, dans le centre de la capitale et dans sa banlieue nord-est, la foule maintenait la pression sur le général Abdel Fattah al-Burhane, le chef de l'armée auteur d'un putsch en octobre qui a plongé le pays dans la crise politique et économique.
Jeudi, ils avaient crié par dizaines de milliers "Le peuple veut la chute de Burhane" à Khartoum, en banlieue mais aussi dans diverses villes du pays.
Vendredi, plusieurs centaines de manifestants scandaient de nouveau le même slogan, de même que "Vengeance" en brandissant des photos des victimes de la répression qui a fait, depuis le coup d'Etat le 25 octobre 2021, 113 morts et des milliers de blessés, selon des médecins pro-démocratie.
Durant la seule journée de jeudi --jour symbolique car il marquait notamment l'anniversaire d'un sit-in ayant forcé l'armée à partager le pouvoir avec les civils--, neuf manifestant ont été tués par les forces de sécurité, selon ces mêmes médecins.
- Balles réelles et "impunité" -
La plupart des victimes dont un mineur ont été mortellement touchées par balles, ce qui a provoqué une volée de condamnations de la communauté internationale qui depuis huit mois ne parvient ni à convaincre les généraux de cesser de tirer sur la foule ni à faire venir les civils à la table de négociations avec ces mêmes militaires.
L'ambassade américaine a dit avoir "le coeur brisé par ces morts tragiques", tandis que l'ONU et l'Union africaine (UA) ont condamné "l'usage excessif de la force par les forces de sécurité et l'impunité" dont elles bénéficient.
L'ambassade de Norvège, à la manoeuvre au Soudan avec Washington et l'ancienne puissance coloniale britannique, a condamné "des tortures, des violences sexuelles et des traitements inhumains" notamment des manifestants et militants détenus par dizaines.
"L'impunité doit cesser", a-t-elle martelé, alors qu'aucun membre des forces de l'ordre n'a jusqu'ici dû répondre d'aucune mort --ni celles des manifestants anti-putsch ni même celles des plus de 250 morts de la "révolution" qui a mis fin en 2019 à 30 ans de dictature d'Omar el-Béchir.
Après le règne sans partage de ce général soutenu par les islamistes, l'armée avait été forcée d'accepter de partager le pouvoir avec des civils. Mais le 25 octobre 2021, le général Burhane, a brutalement mis fin à cette transition en faisant arrêter ses partenaires civils, libérés depuis.
En rétorsion, la communauté internationale a coupé son aide qui représentait 40% du budget du Soudan. Ces sanctions n'ont pas fait plier les militaires --quasiment toujours aux commandes depuis l'indépendance en 1956-- mais ont fait plonger l'économie avec l'effondrement de la livre soudanaise et une inflation dépassant tous les mois les 200%.
La police soudanaise a, elle, commenté vendredi les évènements de la veille, accusant les protestataires de violences et d'incendies et faisant état de plus de 200 blessés dans les rangs des forces de l'ordre.
Vendredi malgré tout, dans la banlieue nord-est de Khartoum, les manifestants érigeaient des barricades et barraient des routes avec des pneus enflammés, tandis que d'autres convergeaient vers le palais présidentiel sous les grenades lacrymogènes, point de ralliement des anti-putsch, ont rapporté des journalistes de l'AFP.
E.Hall--AT