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Les déplacés cambodgiens et thaïlandais entre espoir et méfiance après l'annonce de trêve
En décomptant les minutes jusqu'à minuit, heure à laquelle la trêve avec le Cambodge devrait officiellement prendre effet, Jeanjana Phaphan est partagée entre un espoir fragile et des doutes sur la possibilité d'une paix durable.
"Je serais tellement contente si le cessez-le-feu avait vraiment lieu", confie la paysanne thaïlandaise de 48 ans, qui a fui il y a quelques jours avec son fils de trois ans sa maison à la frontière, dans le district de Phanom Dong Rak.
"Si ça se termine vraiment, je serai enchantée, la plus grande joie que j'aurai ressentie depuis longtemps", assure-t-elle, depuis un refuge dans la ville de Surin, à 50 km de la frontière.
Les dirigeants cambodgiens et thaïlandais ont convenu qu'un cessez-le-feu "inconditionnel" prendrait effet à minuit lundi (17H00 GMT), après cinq jours de combats autour de cette frontière qui ont fait au moins 38 morts.
Environ 300.000 personnes ont fui la zone, alors que les deux camps ont déployé des chars, des avions de combat et des troupes au sol pour un territoire disputé de longue date, où se trouvent notamment des temples anciens.
La nouvelle du cessez-le-feu a provoqué une vague de soulagement, teintée d'un certain scepticisme parmi ceux qui ont fui depuis le début des combats, le 24 juillet.
- "Des paysans comme nous" -
"Si nos deux pays continuent de se battre, les souffrances et les pertes ne feront que s'aggraver", dit Jeanjana.
"Quand j'entends des voisins raconter que leur toit a été traversé par des balles, mon coeur se serre. Entendre des gens qui pleurent ce qu'ils ont perdu me fend vraiment le coeur", ajoute-t-elle, la voix tremblante, les larmes aux yeux.
"Les gens de l'autre côté sont des civils aussi, tout comme nous. De notre côté, nous ne sommes que des paysans, et je crois qu'ils sont des paysans comme nous. Des gens ordinaires qui travaillent pour survivre."
L'accord de paix a été signé en Malaisie, sous la médiation de son Premier ministre Anwar Ibrahim, après l'intervention du président américain Donald Trump et de négociateurs chinois.
Assis sur une natte en paille à côté de sa femme, Tee Samanjai ne pense pas à ces discussions au sommet, mais à sa vie quand il sera de retour à la ferme.
"La première chose que je ferai en rentrant ce sera de vérifier les poulets, fertiliser le riz, et prendre soin des champs", détaille l'homme de 68 ans.
Mais l'inquiétude n'est pas loin.
Les récents combats ont été les plus meurtriers depuis les affrontements entre 2008 et 2011.
- "Personne n'a confiance" -
"J'ai toujours des doutes sur le fait que le Cambodge respectera ce qu'il a convenu", tempère Tee.
"On pourrait rentrer à la maison, mais sans tranquillité d'esprit. Je veux rentrer mais je n'ai pas du tout confiance dans le Cambodge. Personne dans notre village n'a confiance."
De l'autre côté de la frontière, dans un temple à Phumi Bak Thkav où il a trouvé refuge, Say Yoeun partage beaucoup de points communs avec son homologue thaïlandais.
"Je ne suis pas heureux dans un endroit comme celui-ci", explique le fermier cambodgien de 55 ans. "Ma maison et mon bétail me manquent, et je ne peux pas prendre soin de ma rizière."
Les commandants cambodgiens et thaïlandais doivent se rencontrer mardi matin tôt si la trêve tient, avant que les villageois ne puissent rentrer chez eux et commencent à répertorier les pertes dues au conflit.
Pour Kavindhra Tiamsai, qui a évacué sa mère de la zone d'affrontements, ces combats ont mis en lumière la manière dont les habitants des périphéries des deux pays sont marginalisés par leurs gouvernements.
"Un cessez-le-feu est une bonne option, mais c'est aussi le minimum", estime cette Thaïlandaise de 33 ans.
"Nous avons besoin d'un plan global et concret, qui corresponde aux réalités de la vie en milieu rural. Un plan qui ne part pas du principe qu'évacuer est quelque chose de facile, ni même de possible, alors que la plupart des familles n'ont pas de moyen de transport, pas d'argent pour amortir, et aucun filet de sécurité".
burs/jts/dhw/sia/cls
O.Brown--AT