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Violences en Irlande du Nord: des habitants étrangers contraints de se cacher, raconte la police
Des ressortissants étrangers ont été contraints de se cacher dans des greniers ou des penderies pour échapper à une vague de violences visant des immigrés qui secoue l'Irlande du Nord depuis lundi, a indiqué jeudi la police, lançant un nouvel appel au calme.
"Stop à cette violence !", a déclaré le chef de la police nord-irlandaise Jon Boutcher lors d'une conférence de presse. "Nous allons vous arrêter, nous allons vous poursuivre en justice", a-t-il menacé à l'intention des émeutiers.
Quinze personnes ont déjà été arrêtées. Parmi elles, trois jeunes hommes -dont deux mineurs- ont été inculpés jeudi (après une autre personne mercredi), pour leur rôle dans ces violences qui ont fait depuis lundi une quarantaine de blessés parmi les forces de l'ordre.
Ces émeutes se concentrent en particulier dans la ville de Ballymena. Elles ont éclaté à la suite de l'inculpation de deux adolescents pour la tentative de viol d'une jeune fille dans cette ville située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Belfast.
La police, qui a qualifié ces violences de "racistes", n'a pas communiqué sur l'origine des deux jeunes. Mais selon les médias britanniques, ils se sont exprimés par l'intermédiaire d'un interprète roumain lors de leur comparution lundi au tribunal.
Un troisième suspect a été "identifié", a annoncé jeudi Jon Boutcher. Il se trouve hors d'Irlande du Nord et la police œuvre à son retour, a-t-il précisé.
- "Pas des criminels" -
Les émeutes ont visé un quartier de Ballymena où vit une importante population immigrée, notamment d'Europe de l'Est. Des habitations et des commerces notamment ont été incendiés.
La police a expliqué avoir évacué des ressortissants étrangers qui se cachaient dans des greniers ou des penderies chez eux alors "qu'ils n'avaient rien fait de mal", a dit Jon Boutcher. "Ce ne sont pas des criminels. Ils apportent une contribution positive à la société et sont bien intégrés", a ajouté le chef de la police.
Mercredi soir, des individus s'en sont à nouveau pris aux forces de l'ordre, en jetant vers elles cocktails Molotov, feux d'artifice et autres projectiles, ainsi qu'une hachette, selon la police, qui a eu recours à un canon à eau pour disperser la foule.
Un centre de loisirs, où des familles déplacées par les émeutes à Ballymena avaient été logées temporairement, a été incendié à Larne, à une trentaine de kilomètres de là, sans qu'aucun blessé ne soit à déplorer.
Un porte-parole du Premier ministre Keir Starmer a condamné cette nouvelle flambée de violences, dénonçant des scènes "scandaleuses". La veille, il avait condamné des violences "insensées".
Le ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord Hilary Benn s'est dit "choqué" par les dégâts engendrés, à l'issue d'une visite à Ballymena jeudi matin.
Sur Clonavon road, où la plupart des émeutes ont eu lieu, peu de gens étaient disposés à parler. Dans les rues voisines, portes et fenêtres de plusieurs habitations portent les stigmates des violences. Et sur presque toutes les fenêtres, des drapeaux du Royaume-Uni, d'Angleterre ou d'Irlande du Nord.
- "Des locaux vivent ici" -
À Harryville, un quartier à proximité, des panneaux "Locals live here" ("Des gens du coin vivent ici") ont fait leur apparition sur des habitations.
Une quatrième nuit d'émeutes était redoutée. Une organisation gérant des logements sociaux à Portadown, à 76 km de Ballymena, a conseillé aux résidents de quitter les lieux, en raison d'une manifestation prévue dans cette ville et "dirigée contre les migrants (et) les ressortissants étrangers", selon la BBC.
Au-delà de Ballymena, des incidents ont eu lieu mercredi soir à Carrickfergus et Newtownabbey, non loin de Belfast, ainsi qu'à Coleraine, dans le nord de la province britannique, où le trafic des trains et des bus a dû être interrompu. Des rassemblements ont eu lieu à Belfast mais se sont déroulés "majoritairement dans le calme", selon la police.
Le commissaire Jon Boutcher a appelé à des "peines de prison ferme importantes" pour les personnes qui seront condamnées pour avoir participé à ces émeutes. "Nous devons envoyer un message très clair", a-t-il insisté.
D.Lopez--AT