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Trump dépêche plus de soldats à Los Angeles et fait planer la menace d'un état d'urgence
Des centaines de militaires supplémentaires, du corps des Marines cette fois, sont attendus en renfort mardi à Los Angeles face aux manifestations contre les expulsions de migrants, Donald Trump faisant planer la menace de recourir à l'état d'urgence.
"S'il y a une insurrection, je l'invoquerai certainement", a répondu Donald Trump à propos d'un éventuel recours à l'Insurrection Act, régime d'état d'urgence qui confère au président le pouvoir d'utiliser les forces armées dans des missions de maintien de l'ordre sur le territoire américain.
Depuis vendredi, la deuxième plus grande ville américaine, à forte population d'origine hispanique, est le théâtre de heurts entre protestataires dénonçant des raids de la police fédérale de l'immigration (ICE) contre les sans-papiers et des forces de l'ordre en tenue anti-émeutes. Ces affrontements sont néanmoins restés sporadiques et localisés.
Les rues étaient calmes mardi matin dans le centre de la mégapole, y compris dans le quartier de Little Tokyo, après un face-à-face nocturne entre des manifestants tirant des feux d'artifice vers des policiers et ces derniers ripostant avec du gaz lacrymogène. Plusieurs magasins ont été la cible de pillages.
Quelque 700 Marines, un corps d'élite normalement utilisé comme force de projection extérieure, doivent rejoindre 4.000 militaires réservistes de la Garde nationale déjà mobilisés par Donald Trump, auquel il est reproché d'avoir pris des mesures disproportionnées.
- "Comme un tyran" -
"Ils sont censés nous protéger mais, à la place, ils sont envoyés pour nous attaquer", déplore Kelly Diemer, une manifestante de 47 ans. Les Etats-Unis "ne sont plus une démocratie", juge-t-elle.
Jusqu'à quand ce déploiement de militaires - dont le coût est estimé à 134 millions de dollars par le Pentagone - durera-t-il ? "Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de danger", a répondu mardi Donald Trump.
Avant d'avertir le "reste du pays" que "s'ils manifestent, ils trouveront face à eux la même force ou une force supérieure" à celle déployée à Los Angeles.
L'affrontement y est double: celui, sur le terrain, opposant des manifestants protestant contre la politique migratoire répressive du gouvernement et les forces de l'ordre; et celui, très politique, entre l'administration républicaine et la Californie, à l'avant-garde des Etats progressistes.
Son gouverneur démocrate Gavin Newsom s'est tourné vers la justice mardi pour empêcher le déploiement des militaires mobilisés.
"Déployer dans la rue des combattants entraînés pour la guerre est sans précédent et menace le fondement même de notre démocratie", a dénoncé celui qui est considéré comme un candidat potentiel à la Maison Blanche pour 2028. "Donald Trump se comporte comme un tyran, pas comme un président."
- "Le goudron et les plumes" -
La garde rapprochée du président a elle surenchéri dans la défiance envers les autorités californiennes.
Gavin Newsom "mérite le goudron et les plumes", a affirmé le patron républicain de la Chambre des représentants Mike Johnson.
"Les troubles concernent quelques pâtés de maison. Pas tout le centre, et pas toute la ville", a répété la maire de Los Angeles Karen Bass. "Les images donnent l'impression que la ville entière est en flammes et ce n'est pas le cas."
Les protestations ont gagné quelques autres métropoles américaines, avec parfois des accrochages. A New York, la police a procédé à des arrestations lors d'une manifestation, selon un journaliste de l'AFP. Et à Austin (Texas), du gaz lacrymogène a été employé, selon la filiale locale de la chaîne NBC.
"Ce genre de spectacle alimente l'idée qu'il y a un véritable soulèvement contre les autorités et une vraie urgence. On peut a minima supposer que c'est exactement ce que cherche (Trump) : militariser ce type de conflits, en particulier sur l'immigration, parce que ça lui permet de s'orienter de plus en plus vers un pouvoir dictatorial, autoritaire", a dit à l'AFP Frank Bowman, professeur de droit à l'université du Missouri.
La répression musclée défendue par Donald Trump, en difficulté sur sa loi budgétaire et fragilisé par sa récente dispute avec Elon Musk, fait toutefois mouche auprès de certains Californiens inquiets.
Une propriétaire d'un petit commerce à la devanture taguée de graffitis, qui préfère garder l'anonymat, considère que "c'est nécessaire pour arrêter le vandalisme".
W.Morales--AT