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Nancy : les militants antinucléaire poursuivis pour une manif à Bure relaxés en appel
La cour d'appel de Nancy a infirmé jeudi le jugement qui avait condamné trois militants antinucléaires pour "attroupement" lors d'une manifestation en 2017 contre le projet de stockage souterrain de déchets radioactifs à Bure (Meuse).
"Les pièces et les débats ne permettent pas" d'apporter à la cour la preuve que les sommations de dispersion des gendarmes ont été cumulativement annoncées, entendues ou vues par les prévenus, et que ces derniers ont pris part à l'"attroupement" le 15 août 2017, a déclaré le président de la cour.
Ces trois éléments doivent être démontrés pour que des prévenus soient déclarés coupables d'"attroupement". Or, "aucune pièce ne précise les modalités de sommation" des gendarmes, leur contenu ou "leur portée", a-t-il poursuivi.
La cour a aussi estimé qu'il apparaît que des vidéos, mentionnées dans l'ordonnance de renvoi des prévenus devant le tribunal correctionnel "n'ont pas été exploitées".
Il était reproché à trois militants de s'être maintenus, le 15 août 2017, malgré les sommations de dispersion de la gendarmerie, dans une manifestation organisée à proximité du site du projet Cigéo, où l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) souhaite enfouir 83.000 mètres cubes des déchets les plus dangereux du parc nucléaire français pour des millénaires.
L'avocate générale Béatrice Bossard avait requis quatre mois de prison avec sursis à l'encontre de chacun des trois militants, estimant qu'ils poursuivaient, en ce jour d'été 2017, "un objectif clair d'affrontement" avec la gendarmerie et qu'ils avaient "largement dépassé les limites de la liberté d'expression".
Elle a rappelé à l'audience, le 24 avril, que l'un des militants était vêtu "de noir" et "encapuchonné", et avait relaté des échanges téléphoniques qui témoignaient "de toute évidence d'une volonté de sabotage".
A l'audience, où la salle était remplie, avec une quarantaine de personnes debout pour suivre les débats, les avocats de la défense avaient plaidé la relaxe des trois prévenus, après une longue procédure et des moyens d'enquête dont ils ont déploré la "disproportion".
Pour eux, il manquait dans ce dossier des éléments pouvant prouver que les sommations avaient été prononcées dans les règles par les gendarmes ou encore que les prévenus étaient bien présents dans le cortège au moment des sommations ou qu'ils voulaient s'y maintenir par la suite.
- Moyens conséquents -
Les prévenus avaient tour à tour dénoncé une procédure très lourde, ouverte depuis près de huit ans et qui a mobilisé des moyens d'enquête très conséquents, réservés d'ordinaire aux affaires de criminalité organisée, dont des IMSI-catchers - qui permettent d'intercepter en masse les données de connexion des téléphones portables.
L'un des prévenus, Joël Domenjoud, avait évoqué des "mesures de surveillance extrêmement intrusives" imposées à l'encontre de "centaines de personnes", quand une autre, Angélique Huguin, avait déclaré au nom du collectif : "Nous nous accrochons à la justice, quand bien même nous ne sommes pas dupes de son possible dévoiement par une machine policière et judiciaire qui s'emballe lorsque la puissance de l'Etat nucléocrate s'en empare pour écraser une lutte".
Ils ont ensuite fait usage de leur droit au silence, refusant de répondre aux questions de la cour.
A l'origine de ce dossier se trouve une information judiciaire menée pendant 3 ans et 4 mois par un juge de Bar-le-Duc (Meuse), qui avait abouti à la mise en examen de 10 personnes, dont l'avocat Etienne Ambroselli.
Sept militants avaient finalement été renvoyés en procès à l'issue de l'enquête, poursuivis notamment pour "association de malfaiteurs", les autres bénéficiant d'un non-lieu.
Six avaient été condamnés en première instance (mais aucun pour association de malfaiteurs), puis seulement trois en appel et sur des faits mineurs, les quatre autres étant relaxés de toutes les charges initialement retenues.
En septembre 2024, la Cour de cassation avait ordonné la tenue d'un nouveau procès, au motif que la cour d'appel n'avait "pas justifié sa décision", ne s'étant pas prononcée sur la possible "atteinte disproportionnée à la liberté d'expression des prévenus".
P.Smith--AT