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Les Etats-Unis suspendent le traitement des visas d'étudiants étrangers
L'administration américaine a ordonné mardi la suspension du traitement des visas pour les étudiants étrangers, dont elle veut passer au crible les réseaux sociaux, en plein renforcement de son offensive visant Harvard.
Dernière mesure en date contre la prestigieuse université qui a formé 162 prix Nobel: la Maison Blanche a indiqué vouloir mettre fin à tous les contrats passés avec Harvard, dont des centaines d'étudiants ont manifesté mardi.
Mais la charge de Donald Trump, bien décidé à imposer son idéologie nationaliste et conservatrice au monde de l'enseignement, de la recherche et de la culture, va bien au delà de cette seule institution et vise en particulier les étudiants étrangers.
Dans un document interne vu par l'AFP, le département d'Etat demande désormais aux ambassades et aux consulats de ne pas autoriser de "rendez-vous pour de nouveaux visas étudiants ou de programmes d'échange", en attendant la publication de "directives sur l'examen approfondi des réseaux sociaux pour toutes les demandes de ce type".
La suspension pourrait être brève, selon le document, indiquant que les ambassades recevraient de nouvelles directives "dans les prochains jours".
"L'objectif, comme l'ont déclaré le président et le secrétaire d'Etat (Marco) Rubio, est de s'assurer que les personnes qui sont ici comprennent ce qu'est la loi, qu'elles n'ont pas d'intentions criminelles", a justifié la porte-parole du secrétaire d'Etat américain, Tammy Bruce.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, des centaines d'étudiants étrangers ont déjà vu leurs visas supprimés, tandis que des étudiants en situation régulière sur le sol américain ayant participé à des manifestations propalestiniennes ont été arrêtés et menacés d'expulsion.
Concernant Harvard, le président américain veut lui interdire de recevoir des étudiants étrangers, qui représentant 27% du total de ses effectifs.
Un juge fédéral a toutefois suspendu le retrait de sa certification SEVIS (Student and Exchange Visitor) décidée par l'administration, alors qu'une audience sur la question est prévue jeudi, jour de remise des diplômes.
- "Menacés d'expulsion" -
Malgré ce répit, des étudiants américains comme étrangers ont fait part de leur inquiétude mardi lors d'une manifestation devant l'établissement, sous des appels à "laisser rester" les étudiants étrangers.
"Tous mes amis et camarades internationaux, professeurs et chercheurs sont en danger et menacés d'expulsion, ou leur option est de changer" d'université, affirme Alice Goyer, en toge noire.
Les étudiants étrangers "qui sont là ne savent pas où ils en sont, ceux à l'étranger ne savent pas s'ils pourront revenir... Je ne sais pas si je ferai mon doctorat ici", ajoute Jack, un étudiant britannique qui ne donne que son prénom.
En attendant, Hong Kong et le Japon ont déjà dit vouloir ouvrir les portes de leurs universités aux étudiants étrangers qui seraient obliger de renoncer à aller à Harvard.
"Nous avons demandé aux universités (japonaises) d'envisager des mesures de soutien possibles, telles que l'accueil d'étudiants étrangers inscrits dans des universités américaines", a déclaré mardi la ministre japonaise de l'Education, Toshiko Abe, tandis que les universités de Tokyo et Kyoto ont indiqué d'envisager d'en prendre certains.
- "Rester fermes" -
L'exécutif américain accuse l'institution située à Cambridge dans le Massachusetts (nord-est) de laisser prospérer l'antisémitisme sur son campus et de propager des idéologies progressistes, dites "woke".
Ce terme est utilisé de manière péjorative par les conservateurs pour désigner des politiques de promotion de la diversité ainsi que des courants de recherche universitaire sur le genre ou les discriminations raciales
Le gouvernement reproche aussi à Harvard d'avoir des liens avec le Parti communiste chinois.
"Je ne sais pas exactement quelles sont les motivations (du gouvernement), mais je sais que certaines personnes sont engagées dans une bataille culturelle", a dit le président d'Harvard, Alan Garber, sur la radio publique NPR, appelant toutes les universités américaines à "rester fermes" face à l'offensive gouvernementale.
Le gouvernement fédéral a déjà supprimé plus de deux milliards de dollars de subventions pour l'université, ce qui a mis un coup d'arrêt à certains programmes de recherche. Selon les médias américains, les contrats passés par le gouvernement avec Harvard, dans le collimateur de la Maison Blanche, représentent 100 millions de dollars.
"Le président est plus intéressé par l'idée de donner l'argent du contribuable à des écoles et formations de commerce ainsi qu'à des écoles publiques qui promeuvent les valeurs américaines, mais surtout éduquent la prochaine génération sur la base de compétences dont nous avons besoin dans notre économie et notre société", a déclaré sa porte-parole, Karoline Leavitt, sur la chaîne Fox News mardi soir. "Nous avons besoin de plus de ces choses-là et de moins de diplômés LGBT+ d'Harvard".
E.Hall--AT