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En Grèce, la feta pâtit d'une épizootie chez les brebis
Trois mois après l'abattage de centaines de ses brebis imposé par les autorités grecques pour enrayer une épizootie de variole ovine, Kostas Theofilou peine à retenir ses larmes devant sa bergerie vide.
"Regardez ce qu’ils m’ont fait. J’ai 55 ans. Quel travail puis‑je faire maintenant?", souffle cet éleveur installé à l'ouest de Thessalonique (nord), entouré seulement d'un vieil âne et de ses chiens de berger.
Jusqu'à début mars, plus de 480.000 moutons et chèvres ont été abattus à cause de cette maladie virale hautement contagieuse, principalement dans le centre et le nord de la Grèce.
Les producteurs affirment que la baisse du cheptel et de la production laitière menace désormais la feta.
Ce fromage, composé d'au moins 70% de lait de brebis, est l’une des principales exportations de la Grèce et dispose d'une appellation d’origine protégée (AOP) par l’Union européenne depuis 2002.
En Thessalie, où est produite environ 45% de la feta, les conséquences de la propagation de la maladie sont lourdes.
Cette région agricole du centre de la Grèce a déjà subi d’importantes pertes de bétail ces trois dernières années en raison d'inondations catastrophiques et de la peste ovine.
Selon les fromagers de la région, la production de lait a chuté cette année d'environ 40%.
- Confinement -
Christina Onasoglou, technologue alimentaire spécialisée dans les produits laitiers, dirige avec son mari une laiterie de taille moyenne exportant 98% de sa feta.
Les abattages sanitaires ont réduit de moitié ses livraisons de lait, entraînant un net recul de sa production de fromage en saumure.
Les prix du lait de brebis ont également augmenté de 12% environ, explique-t-elle, mettant encore davantage en péril les exportations.
"Les éleveurs se retrouvent (...) noyés sous les dettes", assure Mme Onasoglou.
Selon l’Organisation interprofessionnelle nationale de la feta (EDOF), la baisse de la production de ce fromage connu dans le monde entier devrait atteindre 20.000 tonnes cette année, contre 140.000 tonnes en 2025.
Pour limiter la propagation de la maladie, les autorités ont interdit aux éleveurs de laisser leurs animaux paître en liberté, à l’exception de ceux qui possèdent des parcelles clôturées.
"Nous confinons les animaux depuis le 9 septembre", explique ainsi Giorgos Xenitidis, éleveur de 59 ans installé en périphérie de Thessalonique.
Mais "les coûts sont presque doublés parce que les animaux sont enfermés", ajoute-t-il. "Et nous vivons avec la peur constante que la maladie nous atteigne nous aussi".
Certains fromagers assurent en outre que la Grèce viole l’exigence centrale du cahier des charges de l'AOP pour la feta.
Les animaux doivent paître "librement dans des pâturages remplis d’herbes endémiques, ce qui confère au lait des caractéristiques uniques", souligne ainsi Mme Onasoglou.
- Vaccination -
Un grand nombre d’éleveurs ont donc décidé de vacciner leurs troupeaux avec des doses venues de la Bulgarie et de la Turquie voisines bien que les autorités n’aient pas approuvé cette procédure, reconnaissent des éleveurs interrogés par l'AFP.
"J’ai refusé" le vaccin étranger "mais beaucoup d’autres ont procédé à ces vaccinations. Je les comprends. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour sauver leurs animaux", raconte un éleveur de la région de Thessalonique, qui ne souhaite pas révéler son nom.
Athènes attribue le récent ralentissement de la propagation de la maladie aux conditions hivernales. Mais un vétérinaire soutient que la vaccination illégale y a contribué.
"Ces vaccinations ont été menées à grande échelle", lâche-t-il.
Officiellement, les autorités grecques refusent catégoriquement la vaccination, arguant que les anticorps qu’elle induit peuvent donner de faux signaux d’infection.
"Nous ne connaissons ni le nombre exact d’animaux vaccinés, ni les types de vaccins utilisés", souligne Spyros Kritas, membre du Comité scientifique national pour la gestion et le contrôle de la variole ovine (EEEDEE), un organisme spécifiquement créé pour combattre le virus.
Or "l’utilisation de tels vaccins ne nous permet pas de distinguer les animaux vaccinés des animaux infectés", déplore-t-il.
"Ces pratiques compliquent la mise au point de mesures de contrôle efficaces", conclut ce professeur de microbiologie et de maladies infectieuses à l’université Aristote de Thessalonique.
H.Romero--AT