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Au Bangladesh, vive controverse autour de l'interdiction du parti de l'indépendance
Mesure de justice ou déni de démocratie ? Au Bangladesh, la mise au ban politique du parti de l'ex-Première ministre du Bangladesh Sheikh Hasina, fer de lance de la guerre d'indépendance, a résonné comme un coup de tonnerre.
Depuis la décision début mai du gouvernement provisoire, qui exclut la Ligue Awami des élections générales attendues d'ici un an, la controverse bat son plein, entre partisans et adversaires du plus vieux mouvement politique bangladais.
Jahangir Alam a choisi son camp. Son fils de 19 ans a été tué lors des émeutes qui ont précipité la chute de la "bégum de fer" en août 2024, alors il soutient sans hésiter l'interdiction de son parti.
"Le gouvernement a pris la bonne décision. Qui a donné à Sheikh Hasina le droit de tuer mon fils ?", interroge le père d'Ibrahim Hossain Zahid.
"Avant, les gens accrochaient la photo de +Mujib+ au-dessus de leurs têtes. A cause des fautes de sa fille, ils la piétinent", poursuit-il.
"Mujib", c'est Sheikh Mujibur Rahman. Père de Sheikh Hasina, premier président du Bangladesh indépendant en 1971 et chef de la Ligue Awami qui a mené le combat fratricide contre le Pakistan. Un héros pour nombre de ses compatriotes.
La question de l'avenir de la Ligue était posée depuis la "révolution" d'août 2024, mais ce n'est que le 11 mai que le chef du gouvernement provisoire, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, l'a finalement tranchée.
Les activités de l'AL ont été interdites, a justifié l'exécutif, "en application de la loi antiterroriste, jusqu'au procès du parti et de ses chefs".
- "Aucun remords" -
Sheikh Hasina, plusieurs de ses ministres et des chefs de son parti et des forces de sécurité sont accusés par la justice d'avoir ordonné la répression des manifestations de l'été dernier.
Selon un bilan très provisoire de l'ONU, elle aurait fait au moins 1.400 victimes.
La Ligue Awami a rejeté "avec dégoût" la décision des autorités. Et promis de "continuer à fonctionner de façon appropriée".
Dans un pays où les tensions politiques sont restées très vives, l'analyste Farhad Mazhar, proche des étudiants à la pointe de la mobilisation anti-Hasina, juge l'interdiction bienvenue.
"Elle est juste et conforme à la volonté du peuple", argumente-t-il. "Alors oui, l'espace démocratique s'est réduit, mais la Ligue Awami n'a jamais exprimé aucun remords".
C'est là le principal reproche adressé à l'exécutif.
Interdire l'AL constitue une "atteinte aux libertés fondamentales" qui "ressemble à la répression exercée par l'ex-gouvernement", a jugé l'ONG Human Rights Watch.
"Les opprimés sont devenus les oppresseurs", griffe lui aussi Latif Siddiqui, figure historique de la Ligue Awami et ancien ministre.
Proche de l'AL sous l'ancien régime, le chef du parti Jatiya, GM Quader, déplore par principe toute interdiction d'un mouvement politique.
"Nous croyons en une démocratie multipartisane", énonce-t-il. "Si la Ligue Awami est interdite pour avoir ordonné des meurtres de masse, qu'en est-il des partis plus ou moins impliqués dans un génocide", interroge le dirigeant.
- "Rebond" -
Une référence au plus important parti islamiste du pays, le Jamaat-e-Islami.
Soutien du Pakistan contre l'indépendance en 1971, il a été interdit et décimé par la répression sous le règne Hasina (2009-2024), où plusieurs de ses chefs ont été condamnés et pendus.
Le Jamaat-e-Islami est revenu depuis l'an dernier sur la scène publique et a été autorisé à présenter des candidats à titre personnel.
Du point de vue de la carte électorale, les spécialistes font remarquer que l'interdiction de l'AL ne signifie pas la mort de ses idées.
"Ce serait très imprudent de le croire", note Mamun Al Mostafa, professeur de sciences politiques à l'université de Dacca. "Le parti a déjà été interdit et a traversé de nombreuses crises (...) mais il a toujours rebondi".
"L'AL dispose d'un réservoir de vote évalué à 30% de l'électorat", évalue pour sa part Shahdeen Malik, constitutionnaliste et avocat.
"Vu les atrocités qu'elle a commis, elle a sûrement perdu une parti de son soutien mais pas en-deçà de 20%", dit-il, "priver ces 20% de leur droit à être représenté ne profitera à personne".
Présenté comme le favori du prochain scrutin, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) veut croire que si. Il n'a pas fait campagne pour la mise au ban de l'AL, mais il s'en est satisfait. Avec quelques arrières-pensées.
Si les membres de la Ligue "n'ont pas oeuvré spécifiquement pour la suppression du BNP (...) ils sont les bienvenus", a récemment lancé un de leurs chefs, Amir Khasru Mahmud Chowdhury.
sa/pa/pt
F.Ramirez--AT