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En Autriche, "Vienne la rouge" s'essoufle mais résiste à l'extrême droite
"Vienne est différente": dans une Autriche dominée ailleurs par l'extrême droite, le slogan de la capitale devrait se vérifier dimanche avec la victoire aux municipales de l'indéboulonnable social-démocratie, emmenée par le maire sortant Michael Ludwig.
Le parti SPÖ, bien qu'en déclin, est donné en tête avec près de 39% des intentions de vote, avec une confortable avance sur son concurrent arrivé premier des législatives de septembre 2024, le FPÖ, fondé par d'anciens nazis (22%).
Championne des logements sociaux, l'ex-cité des Habsbourg vante sa qualité de vie enviée dans le monde entier, résultat, selon le premier édile de 64 ans aux éternelles bretelles rouges, d'une "continuité très forte" de la gauche, au pouvoir depuis la Libération.
"A rebours de la pression d'extrême droite en Europe, nous avons toujours été à Vienne un fort bastion contre son expansion", dit à l'AFP le maire, qui met en avant son enfance ouvrière en HLM jusqu'à sa patiente conquête de la mairie en 2018.
Mais cette longue tradition de "Vienne la rouge" est mise à mal par l'extrême droite. Le fort imprenable, en première ligne concernant l'immigration, montre d'élection en élection quelques signes de faiblesse et pourrait réaliser son pire résultat dans les urnes depuis 1945.
Car s'il conserve une assise auprès des plus âgés, le SPÖ voit son avance grignotée par son rival dans les arrondissements des "travailleurs", en périphérie.
L'extrême droite pourrait "tripler le nombre de ses électeurs" comparé à 2020, quand elle avait été éclaboussée au niveau national par un scandale de corruption, pronostique le politologue Peter Filzmaier.
- Le "défi" de l'intégration -
Elle profite notamment d'une particularité électorale. Syriens, Afghans, Serbes, Roumains ou Allemands... plus d'un résident viennois sur trois est exclu du vote.
En effet, la naturalisation a été rendue très difficile lors du passage des nationalistes au gouvernement. Beaucoup d'étrangers, des agents de nettoyage aux auxiliaires de vie, ne gagnent pas assez pour remplir les critères (1.800 euros pour un couple après le paiement des frais fixes).
Si la capitale a gagné 400.000 habitants depuis 2000, se hissant avec plus de deux millions d'habitants au cinquième rang des villes les plus peuplées dans l'UE, elle a perdu encore 23.024 votants par rapport à la dernière élection.
Après avoir été longtemps frileuse sur ce sujet sensible, la social-démocratie autrichienne réclame un assouplissement des règles en vue de remédier à ce grave "déficit démocratique", qui donne un avantage aux voix anti-immigration.
Le débat autour de l'afflux des réfugiés a dominé la campagne alors que la délinquance juvénile paraît grimper, que le système de santé s'essouffle et que les écoles peinent à accueillir les non-germanophones.
L'islam y est désormais la religion la plus partagée, loin devant le catholicisme, une situation qui inquiète une partie de la population.
Rencontrée à un rassemblement du FPÖ, Juliane Holzer, 16 ans, va voter pour la première fois. Préoccupée par les questions de "sécurité", elle a choisi l'extrême droite pour "enfin faire bouger les choses" et "ne plus vivre dans la peur".
Dominik Nepp, le candidat FPÖ de 43 ans, veut rétablir "équité et sécurité", tenant le maire pour "responsable de la criminalité, de l'explosion des factures de gaz ou d'électricité et de l'islamisation".
Tout en tendant pour la première fois la main aux électeurs d'origine turque, issus d'une immigration plus ancienne.
"L'intégration est toujours un défi", souligne Michael Ludwig, en marge d'un déplacement pour inaugurer une salle de sports. "Mais en comparaison internationale, je pense pouvoir dire que nous avons positionné Vienne en ville de coexistence".
Si la participation n'est pas au rendez-vous, le maire pourrait perdre la majorité qu'il forme avec le petit parti libéral Neos, sa force d'appoint, après avoir longtemps gouverné avec les écologistes, désormais en disgrâce.
L'interrogation porte donc sur ses intentions: système proportionnel oblige, vers qui va-t-il se tourner cette fois-ci?
Le FPÖ devrait dans tous les cas rester aux portes de la mairie. Tout comme il n'a pas réussi à former un gouvernement au niveau national en début d'année, après avoir vilipendé ses potentiels partenaires.
A.Williams--AT