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Face à Trump, des démocrates toujours brouillons
Quel message porter? Quel mode d'action adopter? Depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump fin janvier, les démocrates se cherchent une stratégie gagnante face au tourbillon politique et médiatique du milliardaire républicain. Sans grand succès jusqu'ici.
"Mal coordonné et fragmenté", résume Todd Belt, professeur de gestion politique à l'université George Washington, à propos du message actuel de l'opposition.
Une division interne qui s'explique en partie, selon lui, par le fait que les démocrates "n'ont pas réellement fait l'autopsie" de la défaite de Kamala Harris face à Donald Trump. Et même lorsque ce travail sera réalisé, il n'est pas certain qu'un consensus émerge.
Le problème de l'opposition est aggravé par le fait que "les démocrates n'ont que très peu de leviers de pouvoir", après avoir perdu la Maison Blanche mais aussi les deux chambres du Congrès, souligne Todd Belt. Contester devant la justice les décrets exécutifs de Donald Trump reste ainsi l'un de leurs seuls moyens d'opposition.
Face à la myriade de mesures du républicain, le chef des démocrates à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, a embrassé une stratégie de repli. Il "veut laisser en quelque sorte les républicains faire leurs propres erreurs" et que les démocrates paraissent ainsi, en contraste, comme un "parti d'adultes", explique Todd Belt.
Alors que l'aile gauche du parti, elle, "veut adopter une posture plus agressive".
- "En désaccord" -
Un constat que partage Thomas Zeitzoff, professeur de sciences politiques à l'American University.
Pour Hakeem Jeffries et d'autres responsables démocrates, "l'idée est essentiellement que Trump se rendra lui-même impopulaire".
Mais ils sont nombreux "en désaccord avec cette approche, affirmant que ce que Trump fait, menace la démocratie" elle-même, explique Thomas Zeitzoff.
Rester en retrait ou protester bruyamment: "c'est la tension fondamentale au sein du parti" actuellement, dit-il. Une tension qui contraste fortement avec un Parti républicain "unifié et qui file droit derrière Trump", selon le professeur.
Ce fractionnement de l'opposition a été particulièrement évident mardi, lors du discours de Donald Trump au Congrès.
Alors que les chefs démocrates avaient appelé à ne pas faire de vagues, la consigne est vite passée aux oubliettes.
Certains ont ainsi choisi de porter des tenues coordonnées (roses pour la cause des femmes, jaunes et bleues pour l'Ukraine), d'autres de brandir des panonceaux de protestation. Le démocrate texan Al Green s'est lui levé quelques minutes après le début de l'allocution pour fulminer contre le président en agitant sa canne. Refusant de se rasseoir, l'élu septuagénaire a finalement été expulsé de l'hémicycle.
Les responsables démocrates, qui avaient appelé à écouter sagement le discours, avaient fait le "calcul que Trump se nourrit des conflits", estime Thomas Zeitzoff, et que donc, en provoquant la controverse, "vous jouez sur son terrain".
- "Offrir une alternative" -
Au-delà des divisions internes, le problème de message pour les opposants à Donald Trump réside en outre, selon Thomas Zeitzoff, dans les nouvelles manières dont les Américains s'informent, sur fond de déclin des médias traditionnels.
Les démocrates n'ont pas "l'équivalent de Fox News, de podcasts de droite, et d'influenceurs", dit-il.
L'absence de leader évident de l'opposition n'aide pas non plus: Joe Biden est à la retraite; Kamala Harris s'est retirée en Californie après sa défaite; Hakeem Jeffries a adopté une posture d'attente; et Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, n'incarne pas à 74 ans le renouveau du parti.
Seuls quelques responsables, comme la figure progressiste Alexandria Ocasio-Cortez, surnagent.
Mais même l'élue new-yorkaise de 35 ans s'est attirée l'ire ou le ridicule de certains cette semaine après avoir tourné une vidéo avec plusieurs autres élues démocrates, intitulée "choisissez votre combattant" et reprenant des effets visuels de vieux jeux vidéo.
L'équipe de communication de la Maison Blanche s'en est amusée et l'a qualifiée de "gênante".
Alors comment sortir du marasme?
Au minimum, "vous devez offrir aux gens une alternative", lance Todd Belt.
"Les démocrates doivent articuler leur vision d'un futur avec eux au pouvoir, et à quel point il serait différent de la situation actuelle sous Trump", ajoute-t-il, plutôt que de se contenter de "dire +c'est sans précédent+ ou +c'est ridicule+".
T.Wright--AT