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Les Européens unis derrière Zelensky, Washington reprend langue avec Kiev
Réunis jeudi en sommet de crise à Bruxelles, les dirigeants européens ont affiché leur soutien à l'Ukraine et leur détermination à booster leur défense, au moment où Washington annonçait une nouvelle réunion avec Kiev en Arabie saoudite.
Dans un contexte géopolitique totalement chamboulé, les échanges et les initiatives se multiplient à une vitesse vertigineuse.
L'émissaire américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, a annoncé qu'il rencontrerait une délégation ukrainienne la semaine prochaine, à Ryad ou à Jeddah, pour définir "un cadre pour un accord de paix et un cessez-le-feu initial". La rencontre est prévue mardi, a précisé un responsable ukrainien à l'AFP.
Près d'une semaine après la violente altercation entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale, les deux parties manifestent leur volonté de reprendre le dialogue. Selon M. Witkoff, le locataire de la Maison Blanche a estimé que la lettre rédigée par le chef de l'Etat ukrainien comportait "des excuses" et était "un premier pas très positif".
Londres a de son côté annoncé discuter avec une vingtaine de pays "intéressés" à contribuer à un maintien de la paix dans le cadre d'un éventuel accord avec la Russie. Paris réunira mardi des chefs d'état-major des armées des nations européennes prêtes à garantir un futur arrêt des combats sur le sol ukrainien.
"Nous sommes très reconnaissants de ne pas être seuls. Et ce ne sont pas seulement des mots. Nous le ressentons", a lancé le président ukrainien lors du sommet exceptionnel des 27 dirigeants des pays de l'UE destiné d'abord à muscler la défense européenne.
Dans un contraste saisissant avec l'image d'un président américain menaçant à la Maison Blanche, M. Zelensky était entouré du président du Conseil européen Antonio Costa et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen qui ont insisté sur leur détermination à soutenir Kiev.
- "Réarmer l'Europe" -
Face à la menace russe et à celle du désengagement américain, les lignes bougent: effectuant un virage longtemps inimaginable, l'Allemagne envisage désormais des investissements massifs pour renforcer son armée. Jusqu'ici apôtre d'une stricte orthodoxie budgétaire, elle vient même - à la stupéfaction de nombreux diplomates - de plaider pour une réforme du "corset budgétaire" de l'UE.
Jeudi en début de soirée, les 27 ont donné leur feu vert au plan présenté par la Commission européenne pour "réarmer" le continent. Le texte vise à mobiliser, à terme, quelque 800 milliards d'euros. Parmi les pistes, la possibilité pour les Etats membres d'accroître sensiblement leurs dépenses militaires sans que cela soit pris en compte dans leur déficit".
"Je veux croire que les Etats-Unis resteront à nos côtés. Mais il nous faut être prêts si tel n'était pas le cas", avait expliqué le président français Emmanuel Macron dans d'une allocution télévisée mercredi, à la tonalité sombre.
La façon dont l'Europe doit se mettre en ordre de marche sur l'Ukraine ne fait toutefois pas l'unanimité.
Le Premier ministre hongrois nationaliste Viktor Orban, ardent soutien de Donald Trump, a mis en garde contre l'adoption de conclusions écrites sur l'Ukraine à l'issue du sommet, faisant courir le risque de voir les divisions éclater au grand jour.
- "Pari dangereux" -
Washington, qui s'est ouvertement rapproché du Kremlin depuis une conversation téléphonique entre M. Trump et son homologue russe Vladimir Poutine le 12 février, a gelé lundi son aide militaire à l'Ukraine. Un "pari dangereux", a commenté la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas.
M. Zelensky demande par ailleurs de solides garanties de sécurité à ses alliés occidentaux dans le cadre de potentiels pourparlers afin de s'assurer que l'armée russe n'envahisse pas à nouveau son pays après une hypothétique cessation des hostilités.
La Turquie, qui dispose de la deuxième armée au sein de l'Otan en nombre d'hommes, a quant à elle souligné être prête à déployer des forces "si nécessaire" en vue de faire respecter un arrêt des combats.
Pour Emmanuel Macron, la Russie a "déjà fait du conflit ukrainien un conflit mondial", et, dans ce contexte, "rester spectateur serait une folie".
Sa proposition d'ouvrir un débat sur la protection de l'Europe par l'arsenal nucléaire français fait d'ailleurs son chemin. C'est "très prometteur", a réagi le chef du gouvernement polonais Donald Tusk.
W.Nelson--AT