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Une page se tourne pour Lille, Martine Aubry quitte la mairie et désigne son successeur
"Le temps est venu de passer la main": à un an des municipales, Martine Aubry, emblématique maire socialiste de Lille depuis 2001, a annoncé jeudi sa démission "mi-mars" en faveur de son premier adjoint Arnaud Deslandes, 42 ans.
"Je suis élue à Lille depuis 30 ans, je suis maire depuis 24 ans (...) mais le temps est venu de passer la main à une nouvelle génération", a déclaré l'élue de 74 ans, lors d'une conférence de presse dans la capitale nordiste.
"Je le fais vraiment avec une très grande sérénité (...) même si le cœur est pincé, bien évidemment", a-t-elle ajouté, essuyant quelques larmes.
L'ancienne ministre socialiste, connue notamment pour les emplois-jeunes et la réforme des 35 heures sous le gouvernement de Lionel Jospin à la fin des années 1990, a déclaré vouloir démissionner de son poste "mi-mars". Elle a souhaité que son premier adjoint, Arnaud Deslandes, soit élu maire lors d'un prochain conseil municipal extraordinaire, "qui pourrait se tenir le 21 mars".
Il "a porté auprès de moi de grandes transformations dans la ville" et partage "les mêmes priorités", la "solidarité et l'accompagnement de tous", a loué Mme Aubry. "Nous avons les mêmes colères devant les inégalités et la même envie de les combattre".
Diplômé de Science Po Lille et arrivé à la mairie comme stagiaire en 2005, Arnaud Deslandes a ensuite gravi tous les échelons: collaborateur de cabinet de 2006 à 2013, puis directeur de cabinet de 2013 à 2020, adjoint chargé de la solidarité et de la cohésion des territoires, puis premier adjoint depuis 2023.
- "maire d'exception" -
Martine Aubry "est un maire d'exception", lui succéder impose "beaucoup d'humilité", a déclaré Arnaud Deslandes, reconnaissant avoir "tout appris" à ses côtés, "le sens du travail, la rigueur".
L'édile a estimé que la sénatrice PS Audrey Linkenheld, un temps pressentie comme sa dauphine, et le député PS Roger Vicot, candidat déclaré à la mairie, avaient plutôt un rôle à jouer "au niveau national".
Elle a précisé quitter toutes ses fonctions politiques, tout en affirmant ne pas prendre sa "retraite politique", souhaitant "participer au renouveau des idées de gauche".
Avant ses annonces, Martine Aubry a longuement défendu son bilan à la tête de Lille, devenue selon elle "une capitale culturelle, rayonnante, entreprenante".
Sa plus grande fierté reste sa décision "prise dès le départ de garder les quartiers populaires dans la ville, et de garder ce vivre-ensemble dans nos différences", a confié jeudi l'élue, qui a beaucoup misé sur la culture et une rénovation urbaine qui préserve la mixité sociale.
Ce passage de témoin intervient après des mois de suspense, donnant l'impression d'une succession mal anticipée, alors que les écologistes notamment sont en embuscade pour conquérir la ville en 2026.
- "entre-soi socialiste" -
M. Vicot, ex-maire de Lomme, commune associée de Lille, a pris les devant sans attendre les consignes de Mme Aubry et sillonne activement le terrain depuis des mois.
Dès septembre 2023, il a affiché son ambition de conquérir la mairie, devenant le premier socialiste à se déclarer ouvertement. "Une démarche solitaire un peu contraire à tout ce qu'on s'était dit", a regretté Mme Aubry.
Le candidat socialiste pour les municipales de 2026 doit être désigné dans l'année par les militants du parti.
Le candidat écologiste Stéphane Baly, battu d'un cheveu (227 voix) par Mme Aubry lors des précédentes municipales en 2020, a lui aussi officialisé sa candidature pour EELV. Dans l'opposition, la députée macroniste Violette Spillebout, ex-proche de Martine Aubry, et Louis Delemer, candidat LR, sont également en lice.
"Un immense merci pour tout ce que tu as fait pour Lille, pour l'énergie incroyable que tu as déployée pour la transformation de cette ville (...) si chère à ton coeur", a réagi la maire de Paris Anne Hidalgo (PS).
Le groupe des élus écologistes à la mairie a rendu hommage à une maire dont les mandats "ont façonné la ville", mais déploré qu'elle ait "préféré défendre son bastion socialiste plutôt que d'assumer une transformation de la ville en phase avec les enjeux de ce siècle", notamment sur le plan environnemental.
Mme Aubry tente "d'imposer un successeur (...) jamais élu sur son nom, destiné à gérer les affaires courantes avant l'élection", a dénoncé Violette Spillebout. Les Insoumis lillois, eux, ont évoqué la fin d'un "entre-soi socialiste à bout de souffle".
A.Williams--AT