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Martine Aubry, la fin d'un règne au sommet du beffroi de Lille
Martine Aubry, qui a annoncé mettre fin à un quart de siècle à la tête de Lille, ville durablement marquée par son empreinte, est une figure emblématique du PS, ancienne ministre associée aux 35 heures et à la couverture maladie universelle.
L'élue de 74 ans, qui souhaite passer la main mi-mars à son premier adjoint, Arnaud Deslandes, un an avant les élections municipales, apparaissait de plus en plus isolée dans son beffroi ces dernières années.
"Je ne prends pas ma retraite politique", a néanmoins assuré l'édile, "je vais continuer à m'exprimer, peut-être plus qu'avant sur le plan national et international, parce qu'aujourd'hui j'étais concentrée sur ma ville".
Depuis son départ de la tête du parti socialiste en 2012, Mme Aubry n'a plus eu de responsabilité nationale, bien qu'elle demeure régulièrement consultée.
"Elle a observé l'évolution du PS avec une forme de tristesse et de distance. Mais elle reste une grande ministre, un point cardinal pour la gauche et les socialistes", selon le sénateur PS Patrick Kanner.
Prise sous l'aile du maire de Lille Pierre Mauroy, qui en fait sa première adjointe en 1995 avant de lui céder la place en 2001, l'énarque parisienne a su se bâtir une réputation d'élue locale incontournable, "très impliquée dans ses mandats locaux", souligne le politologue Pierre Mathiot.
Son ancien allié et candidat écologiste Stéphane Baly salue "l'une des rares à ne pas avoir trahi certains idéaux", "ses valeurs de gauche", et qui a été "absolument constante politiquement". Il évoque ses "mandats flamboyants" de 2001 et 2008, marqués par la saga d'événements festifs et culturels Lille3000 et le renouvellement urbain.
Elle s'agace contre ceux qui disent qu'elle "n'a pas préparé sa succession". Mais faute de successeur charismatique, le PS à Lille doit désormais faire face à l'appétit grandissant des écologistes, qui ont failli l'emporter aux dernières municipales en 2020.
Ses quatre mandats ont marqué "la métamorphose de Lille. Elle s'est inscrite dans la continuité de Pierre Mauroy, mais elle l'a même dépassé en termes de notoriété (...), tout en maintenant une mixité sociale" au sein de la ville, vante encore Patrick Kanner.
Pragmatique, Martine Aubry bâtit dès 2008 une majorité municipale élargie, jusqu'aux centristes, loin de l'orthodoxie socialiste dont elle aime se faire la gardienne.
La maire a gardé sa réputation de fonceuse au caractère bien trempé. On la dit "autoritaire", "cassante", ne sachant pas "déléguer", mais aussi "loyale", "sensible" et "bonne vivante".
"J'ai donné à Lille ce que je suis, mon énergie, mon impatience", reconnaît-elle jeudi.
- "Une boussole" -
"Martine Aubry a du caractère, et quand on a du caractère, parfois, on a un mauvais caractère", estime Pierre Mathiot. "Elle est très exigeante et perfectionniste dans le travail", et elle a "du mal avec ce qu'elle considère comme de l'amateurisme".
Pour la macroniste Violette Spillebout, son ancienne directrice de cabinet et désormais opposante, "Martine Aubry a eu des talents", mais elle s'est "enfermée dans son beffroi avec des collaborateurs qui la craignent".
Fille de l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, Martine Aubry est née le 8 août 1950 à Paris. Elle a eu une fille avec son premier mari, et s'est remariée avec l'ancien bâtonnier lillois Jean-Louis Brochen.
Elle a été ministre une première fois (1991-1993), avant de devenir l'emblématique numéro deux (1997-2000) du gouvernement de gauche plurielle dirigé par Lionel Jospin.
La réforme des 35 heures, qu'elle porte de bout en bout malgré ses réticences initiales, la création de la couverture maladie universelle (CMU) et des emplois-jeunes lui confèrent une aura au sein de toute la gauche.
En 2008, elle emporte la direction du PS à l'arraché face à Ségolène Royal lors d'un congrès à Reims marqué par la désunion, puis contribue à ressouder et à transformer le parti.
En 2011, le retrait du favori socialiste Dominique Strauss-Kahn - rattrapé par le scandale du Sofitel à New York où une femme de ménage l'a accusé de viol- lui entrouvre les portes de l'élection présidentielle. Elle se lance dans la bataille mais perd la primaire du PS face à François Hollande.
Ces dernières années, lors de la composition d'un gouvernement, son nom a parfois circulé. Mais depuis cet échec, elle n'a plus vraiment cherché à revenir dans le jeu national et s'est concentrée sur ses mandats locaux.
Sarah Kerriche Bernard, première secrétaire de la fédération PS du Nord, souligne son influence: "Elle sent la société, nous sommes toujours attentifs à ce qu'elle pense. Elle a toujours été notre boussole et une boussole indique le Nord".
O.Ortiz--AT