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Espoir prudent des entreprises britanniques sur la perspective d'un accord commercial avec Washington
La perspective d'un accord commercial entre Londres et Washington, graal des Britanniques depuis le Brexit, relancée jeudi par Donald Trump, suscitait un espoir prudent des entreprises à Londres vendredi, qui y voient une chance d'échapper à de nouveaux droits de douane.
Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi, lors d'une visite du Premier ministre britannique Keir Starmer, que les Etats-Unis et le Royaume-Uni allaient conclure "un véritable accord commercial dans lequel les droits de douane ne seraient pas nécessaires".
De nouvelles négociations entre les deux pays "signifient qu'il existe une réelle opportunité d'atténuer l'incertitude créée par le risque de droits de douane", se réjouit William Bain, des Chambres de commerces britanniques, une organisation qui représente de nombreuses entreprises dans le pays.
Un tel accord, dont Londres rêve depuis sa sortie de l'Union européenne, effective au 1er janvier 2021, lui permettrait d'éviter le sort réservé à d'autres partenaires économiques majeurs des Etats-Unis, y compris européens, ciblés ces dernières semaines par un torrent d'annonces de droits de douane.
"La perspective d'un accord commercial étendu serait un énorme coup de pouce pour l'économie britannique", alors que les échanges commerciaux annuels entre les deux pays s'élèvent à 300 milliards de livres (363 milliards d'euros), se félicite Chris Hayward, de la City of London Corporation, qui représente les intérêts du puissant secteur financier britannique.
- "Nature capricieuse" -
Un accord commercial serait "une victoire claire pour Keir Starmer" mais "il est encore trop tôt" pour s'en réjouir, tempère Susannah Streeter, analyste chez Hargreaves Lansdown. "Étant donné la nature très capricieuse de la politique de M. Trump, rien ne garantit qu’un tel accord sera conclu."
Des organisations représentatives d'autres secteurs d'activités, également interrogés par l'AFP, comme l'automobile, ont d'ailleurs dit préférer attendre de voir ce qui sera réellement convenu avant de faire des commentaires.
Il reste "beaucoup à faire", a reconnu vendredi matin le ministre de la Santé britannique Wes Streeting - qui s'exprimait sur Sky News au nom du gouvernement. Mais "nous voulons avancer rapidement" car "le Royaume-Uni et les États-Unis ont beaucoup à y gagner", a-t-il affirmé.
Pour l'expert David Henig, du Centre européen pour la politique économique internationale, si Londres peut espérer esquiver des droits de douanes, "il n'y a actuellement aucune perspective de conclusion d'un accord de libre-échange complet".
D'autant que Londres est réticent à ouvrir ses frontières à certains produits américains, notamment agricoles.
Londres a conclu depuis le Brexit des traités commerciaux avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou Singapour et a officiellement rejoint en décembre le partenariat de libre-échange transpacifique (CPTPP), qui compte notamment le Japon et le Canada. Le pays a aussi annoncé lundi la relance de négociations qui traînent en longueur sur un traité avec l'Inde.
- Washington ou Bruxelles? -
Si la première administration de Donald Trump était disposée à nouer un accord avec Londres et avait même mené une série de négociations, la présidence Biden avait laissé péricliter le processus.
"Le Royaume-Uni cherche à conclure un accord commercial avec les États-Unis depuis 2020" mais si celui-ci se concrétise, "il aura probablement un coût, étant donné la nature transactionnelle de la politique du président Trump, et cela pourrait prendre la forme d'une augmentation des dépenses de défense", prévient Russ Mould, analyste chez AJ Bell.
Alors que l'UE est son principal partenaire commercial, Londres devra-t-il aussi choisir entre Washington et Bruxelles?
L'un des plus anciens conseillers économiques de Donald Trump, Stephen Moore, avait laissé miroiter fin 2024 un accord au Royaume-Uni, mais à condition qu'il fasse le bon choix entre "le modèle économique européen plus socialiste et le modèle américain davantage basé sur un système de libre entreprise".
"L'idée selon laquelle nous devons choisir entre nos alliés, être soit avec l'Amérique, soit avec l'Europe, est tout simplement fausse", avait alors balayé M. Starmer. "L'intérêt national exige que nous travaillions avec les deux."
C'est aussi l'avis des entreprises britanniques: "Un commerce plus fort avec les États-Unis ne signifie pas que nos relations avec l'UE, la Chine et la région Asie-Pacifique doivent passer au second plan", affirment les Chambres de commerces.
A.Williams--AT