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RDC: Goma sous la coupe du M23, Tshisekedi va parler
Le groupe armé antigouvernemental du M23 soutenu par des forces rwandaises contrôle mercredi la quasi-totalité de Goma, la grande ville de l'est de la République démocratique du Congo, alors que le président Tshisekedi a prévu de s'adresser à la nation dans la journée.
Les combats ont cessé, le centre-ville est calme, et les habitants ont recommencé à circuler mercredi dans la capitale provinciale du Nord-Kivu, coincée entre lac Kivu et la frontière du Rwanda.
Alors que la pression internationale s'accroît pour mettre fin à la crise, une nouvelle tentative diplomatique a échoué mercredi lorsque le président congolais, Félix Tshisekedi, a refusé d'assister à une réunion avec son homologue rwandais, Paul Kagame.
Félix Tshisekedi, qui ne s'est pas exprimé depuis le début de la crise, brisera le silence dans la journée en s'adressant à la nation, a indiqué la télévision nationale. Son gouvernement a dénoncé ces derniers la "déclaration de guerre du Rwanda", et souligné vouloir "éviter le carnage" à Goma.
Ces affrontements ont aggravé la crise humanitaire dans cette région stratégique, pour son riche sous-sol, et secouée depuis des décennies par les violence de groupes armés en partie soutenus par les pays voisins de la RDC, et exacerbées après le génocide rwandais de 1994.
Selon l'ONU, plus d'un demi-million de personnes ont été déplacées depuis début janvier par les combats.
Les affrontements à Goma ont fait plus de 100 morts et près d'un millier de blessés, selon un bina des hôpitaux établi mardi soir par l'AFP. "Beaucoup de corps se trouvent encore en ville, ils doivent être récupérés au plus vite", a souligné un médecin.
L'aéroport et le siège du gouvernement provincial ont été pris et nombre de soldats congolais ont fui ou été capturés au fil de ces deux jours de combats.
Seules forcent visibles désormais visibles en ville, des combattants du M23 et soldats rwandais patrouillent en tirant parfois en l’air, effrayant les riverains.
Des cartouches gisent sur la chaussée. Une jeep des forces congolaises (FARDC) est abandonnée sur un trottoir près de ce qui était leur QG régional.
Mercredi matin, une colonne immense de plusieurs centaines de soldats congolais et miliciens pro Kinshasa, désarmés et bandeau blanc sur la tête, ont été conduits vers le centre-ville, encadrés par des pickups et des combattants à pied du M23, selon une source sécuritaire.
- "Coupé du monde" -
Dans la ville, les pillages se poursuivent en masse, a constaté l'AFP.
La vie a repris petit à petit dans certains quartiers et semble "déjà stabilisée", a déclaré à l'AFP Merdi Kambelenge, un étudiant, en espérant le retour rapide de l'électricité et d'internet, coupées comme l'eau à la suite des combats, pour ne pas rester "coupé du monde".
Le M23 avait affirmé dès dimanche avoir pris Goma, mais les combats, intenses lundi, se sont poursuivis jusque mardi, et on ignorait mercredi s'il contrôlait l'ensemble de cette ville qui comptait avant le siège plus d'un million d'habitants et autant de réfugiés.
Les hauts responsables du M23 ("Mouvement du 23 mars"), qui avaient indiqué à la presse qu'ils s'exprimeraient mercredi, ont finalement annulé, sans donner plus d'explications.
Convoqué par le Rwanda a une réunion virtuelle avec Paul Kagame ce mercredi, Félix Tshisekedi a décliné, officiellement "pour des raisons d'agenda", selon l'Agence congolaise de presse (ACP).
A la mi-décembre, une rencontre entre les deux hommes prévue dans le cadre d'une médiation angolaise, avait été annulée à la dernière minute. M. Tshisekedi était venu, mais pas M. Kagame. Le M23, qui contrôlait déjà de larges pans du Nord-Kivu, a ensuite continué d'avancer vers Goma.
Vincent Karega, ambassadeur itinérant du Rwanda pour la région des Grands lacs, a ajouté à la pression mercredi en déclarant que le M23 "va continuer" d'avancer dans l'est de la République démocratique du Congo, voire au-delà, et pourrait même aller prendre le pouvoir à Kinshasa.
- Voyages déconseillés -
Mardi, la crise s'est soudain étendue à la capitale Kinshasa (ouest), à l'autre bout de ce pays grand comme quatre fois la France.
Depuis, les Etats-Unis ont appelé leurs ressortissants à quitter la RDC, la Belgique a déconseillé aux siens d'y voyager, et la compagnie aérienne Brussels Airlines a annulé sa desserte de Kinshasa mercredi
A Kinshasa, plus tendue qu'à l'accoutumée, les autorités ont suspendu les manifestations après de nouveaux appels à prendre la rue pour dénoncer la crise à Goma et l'inaction étrangère.
Le pape François a appelé mardi à tout faire pour faire cesser les hostilités dans la région. Tout comme l'ONU, les Etats-Unis, la Chine et l'Union européenne et l'Angola, qui ont demandé au Rwanda d'en retirer ses forces.
Kinshasa accuse Kigali de vouloir à travers le M23 mettre la main sur les nombreuses richesses naturelles de l'est de la RDC, alors que le Rwanda, qui dément, dénonce la présence en RDC de groupes armés hostiles. La résurgence du M23 a également été en partie nourrie par une autre rivalité stratégique, entre le Rwanda et l'Ouganda.
burx-cld/emd/ib
E.Rodriguez--AT