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Bélarus: présidentielle sans suspense pour Loukachenko, qui vise un septième mandat
Les Bélarusses ont commencé dimanche à voter pour une élection présidentielle destinée à réélire l'autocrate assumé Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, pour un septième mandat consécutif faute d'opposition tolérée.
Depuis 08H00 locales (05H00 GMT), les électeurs se rendent aux urnes pour un scrutin sans suspense, a constaté un journaliste de l'AFP dans un bureau de vote à Minsk.
L'Union européenne, les détracteurs de M. Loukachenko et les ONG de défense des droits humains ont déjà qualifié cette élection de mise en scène.
Avec cette présidentielle, le dirigeant âgé de 70 ans entend poursuivre son règne pour au moins cinq ans de plus à la tête de cette ex-république soviétique frontalière de l'UE, de l'Ukraine et de la Russie.
Durant son sixième mandat, Alexandre Loukachenko a complètement étouffé toute dissidence après des manifestations inédites l'ayant visé en 2020. Il s'est rapproché de Moscou, jusqu'à prêter à l'armée russe son territoire pour envahir l'Ukraine en 2022.
A Minsk, Nadejda Goujalovskaïa, une retraitée de 74 ans, qui se qualifie de "patriote", dit venir voter pour "la première fois en 20 ans".
Comme de nombreux électeurs, en l'absence d'autres alternatives, elle a voté pour Alexandre Loukachenko. "Je ne veux pas d'un Maïdan", justifie-t-elle, en référence à la révolution pro-démocratie de 2014 à Kiev en Ukraine.
"Peut-être que tout n'est pas parfait, que nous ne sommes pas en démocratie...", dit-elle du bout des lèvres, effleurant là un sujet tabou dans un contexte très répressif des voix critiques du pouvoir.
- "La paix dans le pays" -
Irina Lebedeva, 68 ans, qui vote elle "à chaque fois", estime pour sa part que "grâce à notre président, il y a la paix dans le pays", un argument répété par les Bélarusses rencontrés ces derniers jours par l'AFP.
A Bruxelles, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a estimé samedi que M. Loukachenko "n'a aucune légitimité". Elle a qualifié le scrutin de "mascarade" et d'"affront à la démocratie".
Dans un entretien à l'AFP, début janvier, Svetlana Tikhanovskaïa, cheffe de file de l'opposition en exil et candidate à la présidentielle de 2020, avait dénoncé un "simulacre" d'élection.
Dans son style martial habituel, Alexandre Loukachenko a mis en garde ses opposants vendredi: "Nous ne répéterons jamais ce qui s'est passé en 2020 !". A l'époque, des dizaines de milliers de Bélarusses étaient descendus dans la rue pour dénoncer une présidentielle truquée.
Soutenu par son allié russe Vladimir Poutine, il avait réussi à consolider son pouvoir à coups d'arrestations, de violences et de longues peines de prison visant opposants, journalistes, employés d'ONG et simples manifestants.
Selon l'ONU, plus de 300.000 Bélarusses, sur une population de neuf millions, ont fui leur pays pour des raisons politiques, principalement vers la Pologne.
Face à cette répression, les Occidentaux ont imposé de lourdes sanctions au Bélarus, conduisant Alexandre Loukachenko à accélérer son rapprochement avec le Kremlin, abandonnant son jeu d'équilibriste entre Moscou et l'Occident.
Illustration de cette alliance, le territoire bélarusse a servi de base arrière aux forces de Vladimir Poutine en février 2022 pour envahir l'Ukraine. Et Moscou y a déployé à l'été 2023 des armes nucléaires tactiques, une menace pour Kiev mais également lpour es membres de l'Otan bordant le Bélarus (Lituanie, Lettonie, Pologne).
- Prisonniers politiques -
M. Loukachenko, personnage haut en couleur qui aime s'afficher en uniforme, au volant d'un tracteur ou une arme a la main, s'est posé en rempart face au chaos de la guerre en Ukraine, assurant que son pays "ne veut pas se battre".
Ce moustachu à la carrure imposante aime également faire la tournée des usines. Ancien directeur de ferme collective, connu pour son style macho assumé, il se félicite d'avoir maintenu une économie largement contrôlée par l'Etat.
Il a récemment déclaré n'avoir aucun intérêt à participer à des débats électoraux: "Ce n'est pas le moment de débattre", a-t-il dit, alors que quatre candidats triés sur le volet par le pouvoir peuvent participer dimanche, entièrement réduits à un rôle de faire-valoir.
Les organisations de défense des droits humains estiment que le pays compte toujours plus de 1.200 prisonniers politiques.
Th.Gonzalez--AT