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Syrie: opérations contre des groupes armés pro-Assad, au moins six morts
Les nouvelles autorités syriennes ont lancé jeudi des opérations contre des groupes armés fidèles au président déchu Bachar al-Assad, faisant six morts selon une ONG, au lendemain d'accrochages meurtriers et de manifestations de la minorité alaouite.
La principale opération a été menée dans la province côtière de Tartous dans l'ouest du pays, bastion de la minorité alaouite dont est issu M. Assad, renversé le 8 décembre par une coalition de rebelles menée par le groupe islamiste radical sunnite Hayat Tahrir al-Sham (HTS).
Elle a été lancée après des accrochages mercredi entre des hommes armés et des forces des nouvelles autorités qui tentaient d'arrêter un officier du pouvoir déchu et au cours desquels 14 membres des forces de sécurité et trois hommes armés ont péri, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
On ignore pour le moment si l'officier a été arrêté. Selon l'OSDH, il s'agit du général Mohammed Kanjo Hassan, l'ancien chef de la justice militaire, responsable des condamnations à mort prononcées à la prison tristement célèbre de Saydnaya, près de Damas.
"Quatre hommes armés fidèles à l'ancien régime" ont été tués, lors de l'opération menée jeudi dans la localité de Khirbet al-Ma'zah, où les forces de sécurité ont tenté d'arrêter le général Hassan, a précisé l'ONG.
Lors d'opérations ailleurs en Syrie, un homme armé pro-Assad a été abattu près de Damas, et un autre a été tué à Homs, a ajouté l'Observatoire.
D'après l'agence de presse officielle Sana, l'opération à Tartous a permis de "neutraliser un certain nombre" de "miliciens" fidèles au président déchu. L'objectif est d'y "rétablir la sécurité".
- "Les gens ont peur" -
Des témoins, contactés par l'AFP, ont fait état de plusieurs arrestations à Tartous et Jableh, également sur la côte ouest.
Ces arrestations sont en lien avec les accrochages et les manifestations de Syriens alaouites la veille, a précisé l'Observatoire qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie.
Mercredi, des milliers de Syriens alaouites ont manifesté à Tartous, Banias, Jableh, et Lattaquié (ouest) ainsi qu'à Homs (centre), après la diffusion d'une vidéo sur les réseaux sociaux montrant des combattants attaquer un de leurs sanctuaires à Alep (nord), selon l'OSDH. Cinq employés du sanctuaire ont été tués.
A Homs, un manifestant a péri mercredi après que les forces de sécurité à Homs ont tiré pour disperser les protestataires, d'après l'OSDH.
Ces manifestations sont les premières depuis le renversement de M. Assad qui a fui avec sa famille à Moscou dans la foulée de l'offensive des rebelles qui ont pris en 11 jours le contrôle de la grande partie du pays.
Les autorités ont affirmé que la vidéo datait de la prise d'Alep par les rebelles le 1er décembre, et le ministère de l'Information a averti jeudi qu'il était "strictement interdit de diffuser ou de publier tout contenu médiatique ou information visant à semer la division".
Jeudi, aucune manifestation n'a été rapportée dans ces villes, selon les témoins.
Mais à Homs, un témoin a fait état "un vaste déploiement des hommes de HTS dans des quartiers où des habitants ont manifesté la veille". "Les voitures sont fouillées, les gens ont peur."
- "Neutraliser" les pro-Assad -
A Lattaquié, des combattants armés, la plupart cagoulés, ont tiré en l'air au milieu d'une circulation dense et de bâtiments résidentiels, selon un correspondant de l'AFP sur place. L'un d'eux appelle à "neutraliser" les pro-Assad.
A Damas, les routes menant au quartier majoritairement alaouite de Mazeh 86 sont bloquées, a constaté une correspondante de l'AFP. "Interdiction d'entrer", a lancé à un checkpoint un combattant de HTS.
Des membres de la minorité alaouite, une branche de l'islam chiite, se sont réjouis de la chute de Bachar al-Assad mais ont dit craindre la marginalisation ou des représailles.
Les nouvelles autorités s'efforcent de rassurer la communauté internationale et les Syriens, s'engageant à respecter les droits des minorités d'un pays traumatisé par 13 ans d'une guerre dévastatrice, déclenchée en 2011 par la répression brutale de manifestations prodémocratie, et qui a fait plus de 500.000 morts.
L'analyste Sam Heller de la Century Foundation fait état d'un "certain degré d'anxiété" au sein de communautés qui craignent de devenir "des citoyens de seconde zone, au sein d'un projet politique (...) probablement majoritairement sunnite".
Les "informations sur des attaques (...) accentuent leur sentiment de vulnérabilité", dit-il à l'AFP.
Ces derniers jours, plusieurs délégations étrangères se sont rendues à Damas pour rencontrer les nouveaux dirigeants.
Jeudi, des responsables irakiens ont discuté à Damas des "besoins en matière de sécurité et de stabilité à la frontière" entre les deux pays, selon Bagdad.
O.Brown--AT