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Chez les Syriens d'Istanbul, l'avancée rebelle nourrit les rêves de retour
Wafaa Omar a passé huit mois dans une geôle syrienne en 2014. Réfugiée à Istanbul depuis sa libération, la professeure d'anglais trépigne à l'idée de revoir les ruelles du vieux Damas.
"Depuis une semaine, je ressens quelque chose de très beau. Hier, j'ai pleuré, pleuré, pleuré", confie la quinquagénaire, certaine que l'avancée fulgurante des rebelles syriens débouchera sur une "solution politique" avant même que les combats atteignent la capitale, Damas.
Comme elle, 500.000 réfugiés syriens vivent à Istanbul, la plus grande ville de Turquie. Trois millions au total ont trouvé refuge dans le pays, fuyant la guerre civile qui a fait un demi-million de morts en Syrie depuis 2011.
Wafaa Omar envisage dans un premier temps des "allers-retours" à Damas, une de ses filles venant tout juste d'entrer à l'université à Istanbul, mais beaucoup de familles chercheront d'ici quelques mois à rentrer définitivement en Syrie, prédit-elle.
Jetée en prison pour des publications sur Facebook contre le régime, l'enseignante, engagée dans une association d'aide aux déplacés en Syrie, a longtemps vu d'un mauvais œil Abou Mohammed al-Jolani, le chef du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS) qui mène la coalition rebelle et souhaite renverser le président Bachar al-Assad.
"Au départ, j'étais contre lui mais désormais je l'aime énormément car il a réussi à faire ce que personne n'avait réussi. Il fait son job et ensuite il se retirera", prophétise-t-elle.
- "quand Assad tombera" -
À quelques rues de là, dans le quartier animé de Fatih, l'un des épicentres de la communauté syrienne d'Istanbul, Mohamad Amer Alzakkour trouve également que Jolani, issu initialement de la branche syrienne d'al-Qaïda, "a beaucoup changé".
"J'ai la nostalgie de ma patrie", dit cet ingénieur de 58 ans originaire d'Alep, cheveux peignés en arrière et fines lunettes noires, qui suit de près l'avancée des rebelles syriens désormais aux portes de Homs, la troisième ville du pays, après avoir repris Alep (nord) et Hama (centre) en moins d'une semaine.
"Je pourrais facilement rentrer (...) participer à la reconstruction de la future Syrie, mais j'ai du mal à convaincre mes enfants. Moi, je suis arabe, mais mes enfants sont devenus turcs", expose-t-il.
Le gouvernement turc, confronté à un fort sentiment antisyrien dans la population, verrait d'un bon œil le départ d'importants contingents de réfugiés.
Mercredi, le ministre turc de l'Intérieur Ali Yerlikaya a prédit une vague de retours si les rebelles conservent les villes fraîchement reprises au régime, estimant toutefois qu'il était trop tôt pour s'y risquer.
"Alep est déjà sûre", juge Veli Davi, en route pour la prière du vendredi. Ce père de famille originaire d'Alep, réfugié en Turquie depuis douze ans, ne laissera pas le choix à ses enfants: "Nous nous en irons quand la situation sera résolue, quand Assad tombera", affirme-t-il.
- "beaux jours" -
"Assad va tomber d'ici quelques jours. S'il n'est pas renversé, il se retirera de lui-même, il n'a pas d'autres options", tranche une rue plus bas Muhamed Naes, 20 ans, costume et barbe impeccables derrière le comptoir de la boutique familiale.
"50% d'entre nous sont sur le point de rentrer", dit-il dans un turc sans accent. "Et les 50% restants rentreront à un moment ou un autre car nul endroit ne peut remplacer notre patrie".
Le jeune commerçant est prêt à tirer un trait sur sa vie en Turquie, où il est arrivé à l'âge de huit ans.
"J'ai passé plus de temps ici qu'en Syrie, mais il y a notre culture familiale là-bas. Nos familles nous racontent sans arrêt leurs beaux jours au pays", confie-t-il.
"Nous voulons y retourner et pouvoir revivre ce qu'ils nous ont raconté".
F.Ramirez--AT