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Corée du Sud: un président impopulaire, qui surfe de crise politique en scandales familiaux
Le président sud-coréen Yoon Suk Yeol, qui fait face à une procédure de destitution après avoir tenté d'imposer la loi martiale mardi pour museler le Parlement par l'envoi de soldats et hélicoptères, a un mandat émaillé de crises politiques et personnelles.
Mardi à la surprise générale, le président conservateur, âgé de 63 ans, est apparu tard le soir à la télévision en annonçant qu'il décrétait la loi martiale "pour protéger la Corée du Sud libérale des menaces posées par les forces communistes nord-coréennes et éliminer les éléments hostiles à l'Etat".
Depuis son élection en 2022 avec la marge la plus étroite de l'histoire du pays face au leader du Parti démocrate, le président conservateur n'a jamais disposé de la majorité au Parlement.
Son soutien populaire s'est encore érodé en 2024 lorsqu'il a subi une cuisante défaite aux législatives, d'où son parti, le Parti du pouvoir au peuple, est sorti avec seulement 108 sièges sur 300, contre 192 pour l'opposition démocrate. Ce qui laisse le pays sans budget pour 2025.
Son entrée en politique s'était faite grâce à sa réputation de pourfendeur de la corruption gagnée pendant sa carrière de procureur.
Né à Séoul en 1960, sous la dictature militaire, M. Yoon a fait des études de droit et a joué un rôle-clé, en tant que procureur de Séoul, dans la destitution en 2016 puis l'incarcération de l'ex-présidente Park Geun-hye, première femme présidente du pays, pour abus de pouvoir.
Désigné procureur général du pays en 2019, il s'est encore fait remarquer en inculpant un proche collaborateur du président Moon Jae-in, son prédécesseur, pour fraude et corruption.
Une fois au pouvoir, sa réputation a vite été ternie par une série de scandales, à commencer par la tragique bousculade de Halloween à Séoul en octobre 2022 qui a fait plus de 150 morts. Le drame a été imputé à une cascade de négligences de la part des autorités.
- Antiféministe -
Ses détracteurs ont aussi blâmé son gouvernement pour l'inflation des prix alimentaires, une économie en berne, et des limites croissantes sur la liberté d'expression.
Antiféministe assumé, il s'était engagé lors de sa campagne à supprimer le ministère de l'Egalité des sexes, à l'avant-garde du progrès pour les Sud-Coréennes depuis 2001, mais n'a jamais pu mettre cette promesse à exécution faute de majorité parlementaire.
On lui a aussi reproché d'abuser de son droit de veto, notamment pour bloquer une enquête parlementaire sur une affaire de manipulation de cours impliquant son épouse Kim Keon Hee.
L'année dernière, la réputation de la première dame sud-coréenne a pris un nouveau coup lorsqu'elle a été filmée à son insu en train d'accepter un sac à main de marque d'une valeur de 2.000 dollars en cadeau.
La belle-mère du président, Choi Eun-soon, qui a purgé une peine d'un an de prison pour avoir falsifié des documents financiers dans le cadre d'une transaction immobilière, a été libérée en mai 2024.
Selon les médias locaux, le président est un passionné du Premier ministre britannique Winston Churchill.
Au pouvoir, il a mené une politique de fermeté à l'égard de la Corée du Nord et renforcé l'alliance avec les Etats-Unis. Il s'est rapproché du Japon, s'attirant le mécontentement d'une partie de la population dans un pays où le ressentiment à l'égard de l'ancienne puissance coloniale reste vif.
Après l'échec de sa tentative de coup de force contre le Parlement mardi soir, un sondage publié mercredi par l'agence Realmeter montre que plus de sept Coréens sur dix (73,6%) soutiennent la demande de destitution, contre 24% qui s'y déclarent opposés et 2,4% sans opinion.
Une déclaration de loi martiale ne concerne que des "situations de guerre, d'urgence ou de situations similaires en relation avec des menaces contre la sécurité nationale", souligne Gi-Wook Shin, professeur à l'université Stanford aux Etats-Unis.
E.Flores--AT