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Corée du Sud : le président proclame la loi martiale, surprise et inquiétude dans le monde
Le président sud-coréen Yoon Suk Yeol a proclamé mardi la loi martiale, qualifiant l'opposition majoritaire au Parlement de "forces hostiles à l'Etat" et disant agir pour protéger le pays de menaces émanant de la Corée du Nord.
Sa décision, qui a suscité l'inquiétude dans le monde, a été contestée dans la foulée par un vote de l'Assemblée nationale, devant laquelle des manifestants se sont rassemblés à son appel.
Mais l'armée a prévenu qu'elle ferait appliquer la loi martiale, soulignant qu'elle ne pouvait être levée que par le président.
"Pour protéger la Corée du Sud libérale des menaces posées par les forces communistes nord-coréennes et éliminer les éléments hostiles à l'Etat (...), je déclare la loi martiale", a déclaré le président en direct dans une allocution télévisée surprise.
Toutes les activités politiques ont été interdites et les médias sont placés sous la surveillance du gouvernement, a déclaré le chef de l'armée Park An-su dans un communiqué. Des hélicoptères ont atterri sur le toit du parlement à Séoul, d'après des images en direct diffusées par les chaînes de télévision.
"L'imposition illégale de la loi martiale par le président Yoon Suk Yeol est invalide", a déclaré M. Lee, qui a perdu de justesse face à Yoon lors des élections de 2022. "Venez à l'Assemblée nationale maintenant. Je m'y rends également", a-t-il ajouté.
- "Ouvrez la porte !" -
Des centaines de personnes ont entendu son appel, affluant devant le Parlement, à partir d'une heure du matin (16H00 GMT), chantant "Arrêtez Yoon Suk Yeol".
"J'ai d'abord cru que c'était une information bidon, je ne pouvais pas croire à la loi martiale. Après, j'ai décidé de venir ici pour protéger la démocratie, pas seulement pour nous mais aussi pour nos enfants", a déclaré à l'AFP dans la foule Lee Jin-hwa, 48 ans.
Quelque 190 députés sont parvenus à entrer dans l'Assemblée, après en avoir été brièvement empêchés par des soldats qui ont fini par quitter les lieux. Ils ont voté à l'unanimité en faveur d'une motion bloquant l'application de la loi martiale et appelant à sa levée.
"Sur les 190 députés présents, 190 se sont prononcés en faveur de la résolution demandant la levée de la loi martiale, qui est donc adoptée", a déclaré le président de l'Assemblée nationale, Woo Won-shik.
"L'armée fera respecter la loi martiale jusqu'à sa levée par le président", a immédiatement réagi l'état-major selon des médias locaux.
Les Nations-Unies, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont dit leur inquiétude, tandis que la Chine a appelé ses concitoyens en Corée du Sud à la "prudence". Le Kremlin, qui a resserré ses liens avec la Corée du Nord pour soutenir sa guerre contre l'Ukraine, a jugé la situation "alarmante".
La Maison Blanche a affirmé ne pas avoir été informée à l'avance des intentions du président sud-coréen.
"Nous observons avec une grande inquiétude les récents développements" en Corée du Sud, a déclaré Kurt Campbell, adjoint du secrétaire d'Etat américain.
Washington attend que le vote de l'Assemblée nationale sud-coréenne décidant de la suspension de la loi martiale proclamée plus tôt par le président Yoon Suk Yeol soit "respectée", a précisé Vedant Patel, porte-parole adjoint du département d'Etat américain.
- "Refuge de criminels" -
Le Parti du Pouvoir au Peuple de M. Yoon bataille avec le principal parti d'opposition, le Parti Démocrate, sur le projet de budget de l'année prochaine.
Les députés de l'opposition ont approuvé la semaine dernière, à travers une commission, un programme budgétaire considérablement réduit.
"Notre Assemblée nationale est devenue un refuge de criminels, un repaire de dictature législative qui cherche à paralyser les systèmes administratif et judiciaire et à renverser notre ordre démocratique libéral", a affirmé M. Yoon pour justifier l'instauration de la loi martiale.
Il a accusé les élus de l'opposition de couper "tous les budgets essentiels aux fonctions premières de la nation qui sont la lutte contre les crimes liés à la drogue et le maintien de la sécurité publique (...) transformant le pays en un paradis de la drogue et en un lieu de chaos pour la sécurité publique".
M. Yoon a poursuivi en qualifiant l'opposition, qui détient une majorité au Parlement, de "forces hostiles à l'Etat ayant l'intention de renverser le régime".
"Je rétablirai la normalité dans le pays en me débarrassant de ces forces hostile à l'Etat dès que possible", a ajouté le président sud-coréen, dont la cote était en chute libre dans les sondages.
Vladimir Tikhonov, un professeur d'études coréennes à l'université d'Oslo, a estimé que la décision de M. Yoon était une "tentative de retourner le cours de l'histoire".
"Je ne pense pas que la société civile de la Corée du sud puisse considérer dorénavant M. Yoon comme un président légitime", a-t-il ajouté.
La loi martiale n'avait plus été instaurée en Corée du Sud depuis le processus de démocratisation enclenché à la fin des années 1980, y compris à des périodes de vives tensions, comme en 2016, lorsque des millions de manifestants avaient obtenu la destitution de la présidente Park Geun-Hye, sur fonds de scandale de corruption. Elle avait été décrétée pour la dernière fois le 17 mai 1980, lors du coup d'Etat militaire du général Chun Doo-hwan, et levée en janvier 1981 après que des manifestations avaient été réprimées dans le sang.
R.Chavez--AT