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En Nouvelle-Calédonie, Larcher et Braun-Pivet plaident pour une "souveraineté partagée" dans la République
Au terme d'une mission de concertation de trois jours en Nouvelle-Calédonie, secouée par des violences pendant plusieurs mois qui ont fait 13 morts et des milliards d'euros de dégâts, les présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale ont plaidé pour une "souveraineté partagée" dans la République.
Lors d'un entretien d'une demi-heure accordé mardi soir aux chaînes de télévision de Nouvelle-Calédonie La 1ere et Caledonia, Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet ont une dernière fois martelé le message répété au cours de leur visite sur le "Caillou", avant de s'envoler pour Paris: "Nous vous invitons à construire une solution innovante", a lancé la présidente de l'Assemblée nationale. Mais "sans vous enfermer dans des idéologies", a ajouté son homologue de la chambre haute.
Le matin même, six mois jour pour jour après le début des émeutes qui ont mis à terre l'économie de l'archipel sur fond de contestation indépendantiste de la réforme du corps électoral, les deux présidents de chambre missionnés par le gouvernement Barnier ont rencontré des chefs d'entreprise dans les décombres d'un centre commercial, parti en fumée.
La veille, ils étaient allés à la rencontre des habitants du Mont-Dore, au sud de Nouméa, quasi inaccessible jusqu'en septembre en raison de l'insécurité qui règne depuis mai sur la seule route existante.
Pour permettre aux 15.000 habitants du Sud de se déplacer, des navettes maritimes ont été mises en place en direction de la capitale. Elles sont aujourd'hui toujours en place, car si la route a rouvert à la circulation à la mi-octobre, c'est sous escorte de blindés de la gendarmerie et uniquement à certaines heures.
- "Colonies lointaines" -
Des déplacement au plus près des habitants, rares lors des déplacements officiels dans l'archipel.
"Dites-nous ce que vous vivez, afin que nous soyons lucides sur votre situation", a ainsi lancé M. Larcher mardi soir à l'occasion d'un échange ouvert au public à la mairie de Nouméa. Deux heures après le début de la rencontre, les parlementaires faisaient encore face à une haie de mains levées.
Une soirée marquée par des propos sans fard, plutôt rares en Nouvelle-Calédonie, surnommé le "pays du non-dit". "Est-ce que vous vous sentez assez proches de vos colonies lointaines ? Car c'est ça, la question", leur a lancé Frédéric, un trentenaire qui n'a pas donné son patronyme.
Buama, un habitant des quartiers populaires, a lui reproché à l'État "de ne pas être allé au bout de l'accord de Nouméa", faisant référence au référendum de 2021, boycotté par les indépendantistes, qui avait donc vu sans surprise le vote en faveur du maintien dans la République française l'emporter.
"J'ai toujours connu la paix, car je suis né après les événements des années 1980, raconte le trentenaire. Et voilà qu'il y a eu le 13 mai, que tout a changé. Aujourd'hui, on ne vit plus. On compte les paquets de riz qui restent sur l'étagère pour finir le mois."
- Paix perdue -
Le regret de cette paix perdue transparaît dans toutes les prises de parole. "Je suis né en 1979, j'ai grandi avec les événements (des années 1980) et j'ai cru que les accords me garantissaient, à 45 ans aujourd'hui, un présent paisible, je me suis trompé", soupire Alexandre, un habitant métis. Et de déplorer "l'incapacité" des politiques "à concilier deux visions du monde: la +société de l'être+, de la communauté, du monde kanak, et la +société de l'avoir+ du monde européen". "Pourtant, dans notre quotidien, on arrive très bien à vivre les deux."
Des interrogations auxquelles font écho les discours prononcés par les parlementaires devant les élus calédoniens. "Vous faites partie de la République et vous n'êtes pas abandonnés, même si vous en avez eu l'impression, a déclaré M. Larcher. Le drame économique n'est pas le seul. Il se double d'une crise d'identité qui sape les fondements même de ce que notre génération s'est efforcée de construire après les déchirements des années 1980 et la tragédie d'Ouvéa."
"En vertu de quelle absurde vision de l'Histoire ne pourriez-vous pas faire vivre à la fois les valeurs kanak et les valeurs républicaines, en les conjuguant ?", a-t-il poursuivi, avant d’évoquer la "nécessité de réfléchir à la notion de souveraineté".
"Il n'existe que des souverainetés partagées. C'est un choix qui n'est pas nécessairement binaire et qui peut passer par une construction imaginative et originale au sein de la République, si les Calédoniens le souhaitent", a estimé le président du Sénat.
M.White--AT