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Macron à Bruxelles, un sommet particulier sous la menace d'une cohabitation
Dans quelle posture sera la France au sommet européen suivant? La question était jeudi dans tous les esprits à l'arrivée d'Emmanuel Macron à Bruxelles, où ses alliés redoutent une cohabitation avec l'extrême droite aux multiples inconnues.
Les élections législatives françaises ne sont "pas officiellement" au menu du conseil européen de deux jours qui s'est ouvert dans la capitale belge, "mais bien sûr, c'est ce dont tout le monde parle", a déclaré le Premier ministre hongrois Viktor Orban.
"La France est décisive en Europe, et de grandes choses peuvent s'y passer dimanche" lors du premier tour, a-t-il ajouté.
Le dirigeant nationaliste savoure le moment: il a souvent croisé le fer avec Emmanuel Macron, dont le camp pro-européen est donné défait dans les sondages, loin derrière le Rassemblement national de Marine Le Pen et Jordan Bardella, mais aussi derrière une coalition de la gauche.
Le chancelier allemand Olaf Scholz s'est lui dit dimanche "préoccupé par les élections en France". Le social-démocrate a souhaité la victoire des "partis qui ne sont pas celui de Le Pen".
Chez les libéraux européens alliés d'Emmanuel Macron aussi, "ils sont très inquiets de voir la France basculer à l'extrême droite", glisse un député macroniste.
D'autant que le RN a posé les jalons d'un bras de fer en cas de cohabitation entre le chef de l'Etat, en poste jusqu'en 2027, et un Premier ministre d'extrême droite issu des urnes.
Jordan Bardella a fait savoir son intention de nommer le futur représentant de la France à la Commission européenne s'il remporte les législatives et arrive à former un gouvernement.
Sans répondre officiellement, on laisse filtrer à l'Elysée une lecture inverse des institutions, évoquant une prérogative purement présidentielle. "Sur le commissaire français il ne lâchera pas", renchérit un visiteur régulier du palais présidentiel, quand d'autres proches reconnaissent un flou juridique en la matière.
- "Honorifique" -
Les précédents ne permettent pas de trancher. Lors des cohabitations droite-gauche des années 1980-90, chaque tête de l'exécutif choisissait l'un des deux commissaires européens attribués à la France. Mais il n'y a désormais plus qu'un siège à Bruxelles.
Marine Le Pen a, de son côté, relativisé le "domaine réservé" qui donnerait au président la prééminence sur les questions de diplomatie et de défense en cas de cohabitation. "Chef des armées, pour le président, c'est un titre honorifique puisque c'est le Premier ministre qui tient les cordons de la bourse", a-t-elle estimé.
Interpellé en marge du sommet, Emmanuel Macron a refusé de commenter, tandis que plusieurs ténors de son camp montaient au créneau pour dénoncer une distorsion de la Constitution.
Sous couvert d'anonymat, plusieurs macronistes reconnaissent qu'une cohabitation avec le RN ne serait pas un long fleuve tranquille, y compris sur ces dossiers.
Ce qui est en jeu, c'est notamment le rapport à l'Ukraine, que le président français s'est engagé à soutenir face à l'invasion russe.
L'aide militaire de trois milliards d'euros promise à Kiev pour cette année, ça ne dépend pas de lui, reconnaît un spécialiste des questions internationales du camp présidentiel. Or, "les Ukrainiens sont inquiets" car le RN, régulièrement épinglé par le passé pour sa proximité avec la Russie, ne s'est "rallié que du bout des lèvres au soutien à Kiev", prévient-il.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dit croire, dans des déclarations à l'AFP, que "les Français continueront à soutenir l'Ukraine quelle que soit la situation politique".
Au-delà, c'est la question de l'influence d'Emmanuel Macron en Europe qui se pose. D'autant que ses candidats ont déjà essuyé une lourde défaite face au RN aux élections européennes du 9 juin, et que Renew, leur groupe libéral au Parlement européen, a été rétrogradé à la quatrième place derrière celui de la Première ministre ultraconservatrice italienne Giorgia Meloni.
A l'Elysée, on fait mine que rien n'a changé. L'accord conclu entre la droite, les socialistes et les libéraux pour se partager les "top jobs" de l'Union européenne montre que le président reste "au centre" des "équilibres", assure un conseiller.
Les diplomates européens se montrent circonspects.
"Pour nous l’interlocuteur reste Emmanuel Macron", dit l'un d'eux. Un autre admet une certaine inquiétude face à "l'instabilité" potentielle dans "l'un des plus grands et plus influents Etats membres de l'Union européenne".
"La voix de la France va être sûrement limitée, ce n'est plus Macron qui a les cartes en main", lâche plus franchement un soutien historique du chef de l'Etat.
A son arrivée au sommet des 27, Emmanuel Macron a préféré éviter les micros.
N.Walker--AT