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Les habitants de Khan Younès peinent à reconnaître leur ville défigurée
L'espoir de retrouver sa maison a porté Aisha al-Hour jusques à Khan Younès après le retrait des troupes israéliennes. Mais il a fallu du temps à la Palestinienne pour retrouver son emplacement exact dans cette ville en ruines du sud de la bande de Gaza.
"Ma maison a été complètement détruite et n'est plus que décombres", a confié cette habitante de 26 ans rencontrée par l'AFP, "le coeur rongée par la douleur" après avoir perdu son habitation.
"Dans chaque recoin de ma maison, il y avait des souvenirs (...) L'ampleur de la dévastation est indescriptible", dit-elle encore.
Lundi, des milliers d'habitants de Khan Younès qui avaient trouvé refuge aux confins de l'étroite bande de Gaza ont découvert le paysage apocalyptique laissé par des mois de combats acharnés entre les troupes israéliennes et le mouvement islamiste palestinien Hamas.
Israël a évoqué dimanche un retrait tactique de cette ville, permettant aux soldats de préparer "la poursuite de leurs missions (...) dans la zone de Rafah", à la frontière avec l'Egypte.
Ce répit a poussé les déplacés à pied, en voiture ou sur des charrettes tirées par des ânes, le long de rues défigurées, bordées de façades éventrées, ouvertes aux quatre vents. Les tas de gravats, les pans de béton effondrés dégagent une poussière qui rend l'atmosphère encore plus fantomatique.
- "Tragédie" -
"C'est comme si nous ne reconnaissions pas les lieux, car rien ne ressemble à ce qu'il y avait avant", décrit Salim Sharab, 37 ans, un résident de cette ville qui comptait 400.000 habitants avant la guerre.
Lui est encore en chemin vers sa maison et ignore ce qu'il en reste. "Je suis en route pour vérifier", dit-il, assurant : "même si la maison est détruite, je monterai une tente sur les décombres".
Safaa Qandil, 46 ans, encaisse déjà sa désillusion : "nous espérions trouver la maison ou ce qu'il en reste ou simplement récupérer quelque chose".
"Mais nous n'avons pas trouvé la maison", raconte-t-elle encore sous le choc.
Sur le chemin jusque chez elle, elle dit avoir vu "toutes les maisons détruites". "Rien n'a été épargné", ajoute-t-elle, évoquant un état de ruine "que les mots ne peuvent pas décrire".
Son deuil est plus profond : son fils et la femme enceinte de ce dernier ont été tués par l'armée israélienne, dit-elle.
"Ma tragédie est immense", dit Safaa Qandil, ajoutant qu'ont également été tués le "père, le frère, la sœur, la tante et le reste de la famille" de sa belle-fille.
"C'est indescriptible", ajoute-t-elle. "Dans chaque maison, il y a un martyr, une personne blessée (...) Nous avons pleuré comme des fous à la vue du sang".
La défense civile de la ville a lancé un appel aux Nations unies lundi pour obtenir des engins afin de dégager les corps, dont la plupart sont, selon elle, en état de décomposition avancée.
Depuis six mois, le conflit a coûté la vie à plus de 33.000 personnes à Gaza, la plupart des civils, selon le mouvement islamiste palestinien Hamas et la majorité des 2,4 millions d'habitants y sont menacés de famine selon l'ONU.
L'attaque sans précédent menée par le Hamas dans le sud d'Israël le 7 octobre a entraîné la mort de 1.170 personnes, en majorité des civils, selon un bilan établi par l'AFP à partir des chiffres officiels israéliens.
W.Stewart--AT