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Raphaël Glucksmann, un pro-européen devenu espoir de la social-démocratie
Homme à abattre pour une partie de la gauche et la majorité, Raphaël Glucksmann, tête de liste pour le PS et Place publique aux européennes, s'est forgé une stature de défenseur des droits de l'Homme, pro-Europe et pro-Ukraine, propulsé espoir de la social-démocratie.
En meeting dimanche près de Toulouse, l'essayiste de 44 ans est actuellement troisième dans les intentions de vote et en tête de la gauche, naviguant entre 9 et 13% selon les sondages. Loin de son résultat de 2019, où déjà tête de liste, il avait péniblement atteint 6,19%.
Pour ce lancement officiel de campagne depuis l'accord conclu entre son parti Place publique et le PS, Raphaël Glucksmann joue sur ses points forts: obsession de l'Europe et défense sans faille de l'Ukraine.
L'Europe est "le combat de ma vie", répète l'eurodéputé au regard parfois exalté, qui s'est fait connaitre à Bruxelles par son combat pour la défense des Ouïghours, minorité musulmane persécutée en Chine, et pour "le devoir de vigilance des entreprises".
Engagé "contre les ingérences étrangères en Europe", notamment de la Russie et de la Chine, il se positionne aussi en opposant à l'extrême droite, "la boule au ventre tous les matins" face à la vague pressentie le 9 juin.
Refusant les traités de libre échange, l'eurodéputé défend la directive donnant des droits aux travailleurs des plate-formes, la transformation de la Politique agricole commune et une "taxation des superprofits".
Des arguments pour se différencier de Valérie Hayer, candidate de la majorité qui souligne volontiers leurs convergences au Parlement, inquiète de le voir grignoter l'électorat déçu par le virage droitier du macronisme.
A l'autre bout de l'échiquier politique, l'eurodéputé au physique élancé est accusé par La France insoumise et le Parti communiste d'être un "va-t-en guerre", car il réclame "une économie de guerre" et plaide pour l'adhésion de l'Ukraine à l'UE.
"Il est clair sur les valeurs et a une position courageuse. Il devient un candidat naturel même s'il n'est pas socialiste", se félicite un parlementaire PS, "très sceptique en 2019". "Mais aujourd'hui, ce n'est plus le +fils de+".
L'essayiste, fils du philosophe André Glucksmann, ex-maoïste devenu néo-conservateur et décédé en 2015, a "pris de l'épaisseur" depuis 2019, ajoute un cadre socialiste. A l'époque, il était "un peu un choix de raison. Aujourd'hui c'est un mariage d'amour", renchérit le même, enchanté de voir Raphaël Glucksmann attirer un grand nombre de jeunes en meeting: c'est l'un des politiques les plus suivis sur Instagram.
- "hors-sol" -
Compagnon de la journaliste Léa Salamé, avec qui il a un fils, Raphaël Glucksmann "a réussi à s'établir dans l'opinion publique, notamment sur les droits de l'homme", salue Pierre Jouvet, porte-parole de la campagne.
Raphaël Glucksmann a été nourri d'internationalisme dans l'appartement de son enfance, où ont défilé des dissidents politiques du monde entier: Vaclav Havel, des Algériens fuyant le GIA, des Bosniaques, des Tchétchènes, des opposants marxistes latino-américains...
Sans oublier des voyages formateurs: documentariste sur le génocide des Tutsis au Rwanda puis sur la révolution orange en Ukraine en 2004, conseiller de l'ex-président géorgien Mikheïl Saakachvili de 2008 à 2012 -il a d'ailleurs eu un fils avec l'ex vice-ministre de l'Intérieur de Saakachvili, Eka Zgouladze -.
Résultat: certains Insoumis sous-entendent qu'il puisse avoir été un agent de la CIA, ce qu'il dément.
L'eurodéputé, qui ne cache pas ses nombreuses divergences avec Jean-Luc Mélenchon, est aussi décrit par les insoumis en "représentant de la vieille gauche" anti-Nupes. Et le communiste Léon Deffontaines l'identifie comme cette "social-démocratie qui s'est toujours très bien accommodée du modèle libéral".
"Il était vu comme la gauche radicale en 2019, maintenant on le dépeint comme un libéral, mais au Parlement, il a tenu tête aux puissances de l'argent et aux puissances étrangères", souligne le patron des socialistes Olivier Faure, qui l'a choisi en 2019 malgré l'opposition d'une partie du PS.
Raphaël Glucksmann pâtit aussi d'une image de Parisien "hors sol", critique du député insoumis François Ruffin.
"Ma parole et ma vision du monde ne se sont pas forgées à Davos ou Washington, mais dans des lieux dont je ne sais si vous pouvez soupçonner la désolation", répond l'eurodéputé.
W.Moreno--AT