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Présidentielle sur mesure pour Poutine, avec l'Ukraine en toile de fond
Les Russes votent dimanche pour le troisième et dernier jour d'un scrutin sur mesure destiné à réélire triomphalement Vladimir Poutine, l'opposition ayant été éradiquée et le Kremlin présentant l'union nationale comme un devoir patriotique, en plein assaut contre l'Ukraine.
Les détracteurs du président russe, aux commandes du pays depuis 24 ans, vont néanmoins tenter de se faire entendre, malgré les mises en garde des autorités, en appelant leurs partisans à venir voter en masse à midi.
L'issue du scrutin, dans lequel Vladimir Poutine, 71 ans, fait face à trois candidats triés sur le volet et sans envergure, ne fait aucun doute. L'opposition a été décimée par des années d'une répression qui s'est encore accélérée avec le conflit en Ukraine, toile de fond de ces élections.
Toute la semaine a été marquée par des frappes meurtrières et des tentatives d'incursion armées depuis l'Ukraine sur le territoire russe.
Dimanche, une nouvelle attaque de drones imputée à l'Ukraine a provoqué l'incendie d'une raffinerie dans le sud de la Russie, les autorités régionales faisant état d'un mort après une crise cardiaque.
M. Poutine a juré vengeance vendredi, alors que ces attaques interviennent en réplique aux bombardements quotidiens de l'Ukraine par la Russie depuis le 24 février 2022.
Le maître du Kremlin, qui peut compter sur une popularité bien réelle, voit l'élection comme une démonstration d'unité des Russes derrière lui.
"Il nous faut confirmer notre unité et détermination à aller de l'avant", a-t-il martelé jeudi, jugeant "critique de ne pas se détourner du chemin", le pays étant, dans son esprit, la cible d'une guerre ourdie par l'Occident.
- L'opposition à midi -
Une vision partagée par nombre de ses compatriotes.
"Les actions que l'Occident nous inflige ne font qu'unir davantage le peuple russe", jure auprès de l'AFP Lioubov Piankova, une retraitée de 70 ans de Saint-Pétersbourg, ville natale du chef de l'Etat.
Les principaux détracteurs de Vladimir Poutine sont, quant à eux, morts, en prison ou en exil, une répression qui a culminé avec le mystérieux décès d'Alexeï Navalny dans une prison d'une contrée reculée de l'Arctique russe.
Si les opposants n'ont aucune chance de peser sur le vote, ils veulent néanmoins montrer qu'ils existent, comme lors des obsèques de Navalny lorsque des foules lui ont rendu hommage à Moscou.
Ioulia Navalnaïa, qui a promis malgré son exil de reprendre le flambeau de son défunt mari, a appelé ses partisans à aller aux urnes au même moment, à midi dimanche (09H00 GMT), et à voter pour n'importe quel autre candidat que Poutine.
Les autorités de la capitale ont mis en garde contre toute forme de protestation.
Les premiers jours de vote se sont déroulés sans accroc, hormis quelques incidents isolés: peinture versée dans des urnes, tentatives d'incendie... Mais les motifs précis de ces actes n'ont pas été révélés. Plusieurs de leurs auteurs ont été incarcérés.
- Incursions et drones -
S'agissant de l'Ukraine, alors que le conflit a coûté la vie probablement à des dizaines de milliers de soldats russes, Moscou s'efforce de présenter avec triomphalisme de récentes conquêtes et de marteler que la Russie joue sa survie face à l'Occident.
Mais les avancées de Moscou restent restreintes et les attaques en territoire russe depuis l'Ukraine se multiplient en pleine présidentielle.
Toute la semaine, l'armée russe a dit repousser des tentatives d'incursions armées depuis l'Ukraine voisine dans les régions de Belgorod et Koursk, des assauts revendiqués par des unités anti-Poutine se disant composées de Russes.
Samedi encore, l'un de ces groupes, "Légion Liberté de la Russie", a appelé les civils à évacuer la ville de Belgorod: "vous n'êtes pas obligés d'être les boucliers humains de Poutine".
Plusieurs personnes sont mortes dans ces régions ces derniers jours en outre dans des attaques de drones, de roquette et d'artillerie, même si la défense anti-aérienne russe semble en mesure d'abattre l'essentiel des projectiles.
Mais certains atteignent leurs cibles, ou leurs débris entraînent victimes et dégâts.
Plusieurs raffineries ont été touchées, parfois à des centaines de kilomètres du front comme les régions de Samara ou Nijni-Novgorod. Les autorités russes n'ont pas dit si ces drones provenaient d'Ukraine ou de l'intérieur de la Russie, où se multiplient en outre les arrestations de saboteurs présumés.
Moscou continue pour sa part ses bombardements de l'Ukraine. Une frappe a tué 21 personnes à Odessa vendredi.
D.Johnson--AT