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Prix de l'électricité: grève massive chez EDF contre les mesures gouvernementales
Plus de 40% des salariés d'EDF ont fait grève ce mercredi contre la demande de l'Etat de vendre davantage d'électricité à bas prix à ses concurrents afin de contenir la facture d'électricité des ménages et des entreprises, une décision dont ils craignent les conséquences pour la santé du groupe.
Cette participation au mouvement, d'un niveau inédit depuis de nombreuses années selon des sources syndicales, s'est élevée sur la journée à "42,72% de l'effectif total", selon le groupe.
A titre de comparaison, les derniers mouvements d'envergure, contre un projet de réorganisation du groupe, avaient été suivis par 20% des effectifs en 2021 et par un peu plus de 25% en 2020.
Selon l'intersyndicale, plus d'un salarié sur deux (51%) sur l'effectif présent mercredi a cessé le travail, la direction se basant selon elle sur l'effectif total, "qui prend en compte les personnes qui sont en arrêt-maladie, congés", a indiqué à l'AFP Amélie Henri, de la CFE-Unsa énergies.
L'intersyndicale doit se réunir jeudi matin pour décider des suites du mouvement, selon la CGT, qui a d'ores et déjà exprimé le souhait d'autres journées d'action, sauf revirement du gouvernement.
Devant la flambée des prix de l'énergie, le gouvernement a pris des mesures pour contenir les factures et honorer sa promesse de limiter à 4% l'augmentation des tarifs réglementés de l'électricité en 2022, à quelques semaines de l'élection présidentielle.
Le gouvernement multiplie depuis fin septembre les décisions contre la hausse générale des prix de l'énergie, avec un "bouclier tarifaire" sur le gaz, une indemnité pour compenser l'inflation notamment de l'essence, ou encore mardi un relèvement du barème de l'indemnité kilométrique.
Pour l'électricité, il a notamment demandé à EDF d'augmenter de 20% le volume d'électricité nucléaire vendu à prix réduit à ses concurrents cette année, pour le faire passer de 100 à 120 terrawattheures (TWh). Ce qui coûtera de l'ordre de 8 milliards d'euros au groupe.
Le groupe est déjà aux prises avec de nouveaux retards pour l'EPR de Flamanville (Manche) et avec un problème de corrosion sur des systèmes de sécurité dans plusieurs centrales.
Des rassemblements ont eu lieu mercredi devant des centrales nucléaires, comme à Gravelines (Nord).
"Nous, ce qu'on demande simplement, c'est de stopper cet Arenh" (Accès régulé à l'électricité nucléaire historique, le mécanisme qui permet à EDF de vendre son électricité à ses concurrents à bas coût), commentait auprès de l'AFP Franck Redondo, secrétaire du CSE EdF-CNPE de Gravelines.
"Ou alors, on demande à Total, Direct Énergie, toute la clique, (...) d'investir dans le futur électrique français. Parce que c'est facile de recevoir du courant et de le vendre à bas coût mais d'investir en rien", a-t-il ajouté, devant la centrale, où une cinquantaine d'employés étaient réunis derrière une banderole : "Non au sacrifice d'EDF et la concurrence déloyale".
- "Effort exceptionnel" -
Le gouvernement, lui, estime qu'en tant que groupe détenu à 84% par l'Etat, il est normal qu'il contribue à l'effort pour limiter la hausse des tarifs.
"L'Etat est évidemment aux côtés d'EDF", a assuré le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à l'issue du Conseil des ministres.
"Cet effort est exceptionnel et lié à des circonstances exceptionnelles", a indiqué de son côté Bercy, assurant que "l'Etat sera toujours, par tous les moyens nécessaires, aux côtés d'EDF et de ses salariés".
"D'un point de vue macroéconomique, on voit la dépendance croissante de la France, parce qu'on a abandonné une ambition nucléaire. On est en train de sacrifier EDF pour des mesures pré-électorales conjoncturelles", a critiqué David Lisnard, maire de Cannes (LR) et président de l'Association des maires de France, sur RMC-Info.
Sans les décisions gouvernementales, les tarifs réglementés auraient bondi de 45% le 1er février, selon le régulateur, qui calcule des hausses annuelles en fonction des prix du marché.
Fait rare, cette mesure a ému jusqu'aux plus hautes sphères de l'entreprise: dans un message interne aux cadres d'EDF, le PDG Jean-Bernard Lévy a vivement critiqué la décision du gouvernement, un "véritable choc", qu'il a "combattue".
P.Smith--AT