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Dans le nord d'Israël, la peur de l'escalade militaire avec le Hezbollah
"Nous avons peur": dans le nord d'Israël près de la frontière avec le Liban, des Israéliens redoutent que l'élimination du numéro deux du Hamas à Beyrouth ne déclenche une guerre avec leur voisin.
Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas il y a près de trois mois, l'armée israélienne échange presque quotidiennement des tirs avec le Hezbollah libanais, allié du mouvement islamiste palestinien.
Dans la ville côtière de Nahariya à quelques kilomètres de la frontière, le moral des habitants était déjà en berne à cause des violences, mais la peur est montée d'un cran après la mort de Saleh al-Arouri mardi soir à Beyrouth dans une frappe attribuée à Israël.
"Ce matin, nous ne savions pas si nous devions envoyer les enfants à l'école ou non, par peur de la réponse du Hezbollah à ce qu'il s'est passé hier", explique Lee Zorviv, propriétaire d'une boutique de vêtements.
Le Hezbollah a prévenu dès mardi soir que l'"assassinat" d'Arouri "ne resterait pas impuni" et l'a qualifié de "grave agression contre le Liban" mais aussi d'"un sérieux développement dans la guerre entre l'ennemi et l'axe de la résistance", expression désignant l'Iran et ses alliés régionaux hostiles à Israël.
La dernière guerre entre Israël et le Hezbollah à l'été 2006 avait tué plus de 1.200 personnes au Liban, en majorité des civils, et 160 personnes en Israël, pour la plupart des soldats.
Les casques bleus de l'ONU qui patrouillent le long de la frontière côté libanais ont mis en garde mercredi contre les "conséquences dévastatrices" que pourrait avoir une escalade entre Israël et le puissant parti chiite.
"Nous continuons d'implorer toutes les parties de cesser leurs tirs et tous les interlocuteurs influents d'appeler à la retenue", a déclaré la porte-parole adjointe de la Force intérimaire de l'ONU au Liban, Kandice Ardiel, dans un communiqué.
Le Hezbollah, soutenu par l'Iran, aurait accumulé un arsenal considérable au cours des dernières décennies, tandis que son ennemi, Israël, reçoit le soutien militaire des Etats-Unis.
A Nahariya, les écoliers ont terminé les cours plus tôt et tout le monde est vissé à son téléphone pour suivre les dernières nouvelles, raconte Mme Zorviv, 40 ans.
"La situation est très, très mauvaise, le moral des gens est en berne", ajoute-t-elle.
- "Nous avons peur" -
En plus de craindre une guerre avec le Liban, les habitants sont aussi inquiets pour leurs revenus, qui ne cessent de baisser.
"L'activité a baissé de 50%" ces dernières semaines, observe Lee Zorviv, ajoutant que certaines entreprises avaient fermé.
Shalev, vendeur de 18 ans qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, dit qu'il n'a "pas d'autre choix" que de travailler malgré la peur, car il faut "subvenir à nos besoins".
Depuis le front de mer, des navires de guerre sont visibles au loin, derrière des bateaux de pêche, et les quelques baigneurs qui bravent les températures fraîches de l'hiver.
Un soldat a décrit l'endroit comme "une zone militaire fermée".
"Les forces israéliennes sont dans un état de préparation très élevé, dans toutes les arènes, en défense et en attaque", a déclaré leur porte-parole, Daniel Hagari, s'exprimant mardi soir, peu de temps après l'onde de choc provoquée au Liban par la frappe attribuée à Israël dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah.
"Nous sommes hautement préparés pour tout scénario", a-t-il affirmé, sans commenter la frappe à Beyrouth.
A Nahariya, adolescents comme personnes âgées qui se sont exprimés auprès de l'AFP sans vouloir donner leur nom complet, ont décrit la peur qui a saisi la ville; de nombreuses personnes portaient leur arme en ville, vêtues pour certaines de leur uniforme.
"Nous avons peur, nous sommes en état de guerre", confie Lee Zorviv.
T.Perez--AT