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Les poissons d'Oman créent des remous à Lorient
Le port de pêche de Lorient, deuxième de l'Hexagone, va-t-il importer du poisson d'Oman par avion-cargo ? L’idée, évoquée dans le cadre d’une coopération avec le sultanat, hérisse pêcheurs et écologistes, dans une période sensible pour la pêche française.
"Cette polémique, c'est quand même dommage, car c'est la première fois qu'un port français s'exporte de cette manière-là", regrette Maurice Benoish, président de la SAS Ker'Oman.
Cette société a décroché, dans le cadre d'une co-entreprise, un appel d'offres pour concevoir et gérer le port de Duqm, en mer d'Arabie, au sud du sultanat d'Oman.
Quand le contrat a été décroché fin 2020, la nouvelle a fait peu de bruit. Jusqu'à la venue, cet automne, d'une délégation omanaise au salon Itechmer de Lorient.
Le maire (UDI) de Lorient Fabrice Loher salue alors "une opportunité (...) pour l'importation de poisson", selon le quotidien Ouest-France.
M. Benoish évoque lui, dans la presse locale, un approvisionnement en poisson frais arrivé en avion-cargo depuis Oman.
"C'était un éventuel financeur qui voulait faire une ligne aérienne pour importer du poisson à Lorient", explique-t-il à l'AFP, tout en assurant que l'importation de poisson n'était pas du tout l'objet du partenariat avec le sultanat.
"Il s'agit d'apporter notre savoir-faire portuaire", détaille-t-il, citant la construction et la réparation navale, la vente de matériel de pêche ou la formation.
"Après, si les mareyeurs le veulent, ils auront un accès à Oman qu'ils n'avaient jamais eu jusqu'à présent. L'avion, c'est un transport normal pour du poisson aujourd'hui", estime-t-il.
Un transport qui alourdit cependant "de 10 fois l'empreinte carbone du poisson", dénoncent les écologistes, qui voient dans le partenariat avec Oman le "symbole d'un développement économique climaticide".
"On sacrifie les pêcheurs lorientais en allant créer une structure qui va les concurrencer. La question, c'est: est-ce qu'on veut encore un port de pêche à Lorient?", cingle Damien Girard, chef de file de la gauche et des écologistes à Lorient.
- "Non-sens"-
Une fois n'est pas coutume, les pêcheurs sont sur la même ligne que les écologistes.
"C'est un non-sens de faire importer du poisson qui vient du Golfe persique. Du grand n'importe quoi!", dénonce David Le Quintrec, patron pêcheur lorientais.
Les marins sont d'autant plus remontés que le port de Lorient, au rôle moteur dans le partenariat avec Oman, est présidé par Olivier Le Nézet, qui est aussi à la tête du comité des pêches du Morbihan, de Bretagne et du comité national.
"A force d'avoir de multiples casquettes, il en oublie son rôle principal: défendre les pêcheurs français!", fulmine Stéphane Pochic, armateur à Loctudy (Finistère).
Des critiques balayées par l'intéressé. "Ce n'est pas Olivier le Nézet qui va faire venir du poisson d'Oman!", lance-t-il, en dénonçant "une tempête dans un verre d'eau".
"On est là pour amener des compétences, point! Le reste c'est de la littérature", assure-t-il. Importer du poisson, "c'est un choix d'entreprise privée. Je ne vais pas décider pour une entreprise de mareyage. S'ils veulent le faire, c'est leur choix", ajoute M. Le Nézet.
Deuxième pour la pêche en France, le port de Lorient importe déjà de grandes quantités de poissons, pour ses mareyeurs et usines de transformation. Le port traite 80.000 à 100.000 tonnes de produits de la mer chaque année, pour seulement 18.109 tonnes de poissons débarqués par les pêcheurs en 2022.
En France, 80% des produits de la mer sont d'ailleurs importés. Mais le transport en avion et le soutien des collectivités à la SAS Ker'Oman (sous formes d'avances remboursables) ont attisé la polémique.
Ce partenariat, "c'est une opportunité très importante pour valoriser les compétences du pays de Lorient dans le domaine de la mer", estime Pascal Le Liboux, vice-président de Lorient Agglomération, en parlant d'une "petite avance remboursable" qui ne coûtera "pas un centime au contribuable".
Parallèlement, "on investit de manière massive dans la modernisation du port pour assurer un avenir à la pêche bretonne", assure l'élu, qui promet qu'il "n'y a pas de projet à court terme d'importer du poisson d'Oman".
"Qu'est-ce qu'on fera dans 15 ou 20 ans? Je n'en sais rien", reconnaît-il, car personne n'est capable de prévoir "comment évoluera la ressource".
Th.Gonzalez--AT