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RDC: après une journée chaotique, les élections continuent jeudi
Les élections générales en République démocratique du Congo vont se poursuivre jeudi pour les bureaux de vote qui, à cause de divers problèmes pratiques, n'ont pas pu ouvrir mercredi, journée qualifiée de "chaos total" par des opposants, a annoncé dans la soirée la Commission électorale.
Le président sortant, Félix Tshisekedi, 60 ans, brigue un second mandat face à une opposition morcelée, lors d'une élection à un seul tour organisée dans un climat politique et sécuritaire très tendu.
"Les bureaux qui n'ont pas du tout ouvert vont le faire jeudi", a déclaré à la télévision officielle Denis Kadima, président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), sans préciser le nombre de bureaux concernés.
Dans un bureau de Goma, dans l'est, l'urne est fermée. Dans un autre à Lubumbashi (sud-est), le comptage est en cours à la lumière de téléphones portables.
A Bukavu (est) ou à Tshikapa (centre-sud), on continue à voter dans le noir. A Kinshasa, des électeurs épuisés attendent de pouvoir enfin voter. Autant de scènes auxquelles assistaient dans la soirée les équipes de l'AFP.
"Je n'en peux plus, je n'ai plus la force d'aller me faire bousculer dans la file d'attente", déclare après 19H00 Mama Maguy, bracelet au nom de Félix Tshisekedi au poignet, assise à même le sol dans un bureau de vote à Lingwala, une commune du centre de Kinshasa.
"Il y a prolongation, j'attends toujours...", dit, philosophe, Félix Kahuma, fonctionnaire de 50 ans, dans un centre de vote du sud de la capitale.
Les horaires théoriques d'ouverture des quelque 75.000 bureaux de vote répartis sur l'ensemble du territoire étaient de 06H00 à 17H00 locales, les bureaux de l'est devant voter avant ceux de l'ouest de l'immense pays couvrant deux fuseaux horaires.
Ces élections se déroulent dans un pays très riche en ressources naturelles mais à la population majoritairement très pauvre, largement dépourvu d'infrastructures et en proie à une insécurité chronique dans sa partie orientale.
Près de 44 millions d'électeurs inscrits, sur un total d'environ 100 millions d'habitants, étaient appelés à élire leur président, mais aussi leurs députés nationaux et provinciaux et, pour la première fois, leurs conseillers communaux.
Autre première, des Congolais de la diaspora pouvaient voter dans cinq pays.
Plus de 100.000 candidats étaient sur les rangs pour les quatre scrutins, dont les résultats ne seront pas connus avant plusieurs jours.
- "Chaos total" -
Plusieurs missions d'observation des élections ont été déployées.
Celle des églises catholique et protestante a fait un premier point confirmant l'ampleur des dysfonctionnements.
En fin de matinée, près du tiers des bureaux n'étaient pas ouverts, des pannes des "machines à voter" avaient provoqué l'interruption du vote dans 45% des bureaux et près de 6% avaient été saccagés.
Félix Tshisekedi a voté dans l'après-midi dans un bureau de Kinshasa, souriant, vêtu d'une chemise à petits carreaux bleus et acclamé par une foule de supporters hystériques.
Durant la campagne, il a demandé cinq ans de plus pour "consolider les acquis". Il a aussi vilipendé les supposés "candidats de l'étranger", en laissant entendre qu'ils n'étaient pas assez "patriotes" face aux "agressions" dont il accuse en particulier le voisin rwandais.
Son principal challenger, Moïse Katumbi, 58 ans, riche homme d'affaires et ancien gouverneur de la province minière du Katanga (sud-est), a été particulièrement ciblé par ses attaques.
Parmi les autres candidats figurent Martin Fayulu, 67 ans, qui affirme que la victoire lui a été volée à la présidentielle de 2018, et le Dr Denis Mukwege, 68 ans, prix Nobel de la paix pour son action auprès des femmes victimes de viols de guerre.
Les trois opposants ont tous dénoncé "chaos" et "irrégularités".
"C'est un chaos total", a même lancé Martin Fayulu après avoir voté à Kinshasa, en accusant encore une fois la Céni de vouloir à tout prix "faire passer" Félix Tshisekedi.
Moïse Katumbi, qui a voté dans son fief de Lubumbashi, a quant à lui demandé aux électeurs de "surveiller" le dépouillement "jusqu'à la fin".
Des soupçons de fraude ont provoqué des incidents dans plusieurs sites de vote, avec mises à sac et violences à l'encontre d'agents de la Céni.
Le processus électoral est aussi empoisonné par la situation sécuritaire dans l'est, qui connait un pic de tension depuis deux ans avec la résurgence de la rébellion du M23 soutenue par Kigali.
Les rebelles occupent de vastes pans de territoire du Nord-Kivu, dans lesquels les habitants ont été privés de vote.
A.Moore--AT