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Tension au Suriname pour le verdict du procès de l'ex-président
Le Suriname retient son souffle: la justice rend mercredi son verdict dans le procès en appel de l'ex-président Desi Bouterse, jugé pour l'assassinat de 15 opposants en 1982, qui mettra fin à un feuilleton judiciaire de 16 années mais pourrait générer des troubles.
Desi Bouterse, 78 ans, avait été condamné, en première instance en 2019, à 20 ans de prison pour l'exécution par balles de 15 personnes -- avocats, journalistes, hommes d'affaires, militaires -- en décembre 1982, deux ans après avoir pris le pouvoir à la suite d'un coup d'Etat.
"Il s'agit du procès le plus important de l'histoire du Suriname", a déclaré Reed Brody, de la Commission internationale de juristes.
"Le fait qu'une décision finale soit rendue, après tant de retards et de détours, est un hommage au courage et à l'indépendance des juges surinamais, à la persévérance des familles des victimes et à la résilience de l'État de droit", a-t-il ajouté.
La procédure avait commencé en 2007.
L'avocate générale du Suriname a de nouveau requis 20 ans de prison contre M. Bouterse tandis que son avocat a plaidé l'acquittement. M. Bouterse, qui comparaissait libre lors du procès en appel entamé en juillet 2022, n'a pas fait savoir s'il se rendrait au tribunal mercredi.
En cas de condamnation, M. Bouterse aura épuisé tous les recours judiciaires mais il lui restera encore la possibilité de solliciter une grâce.
En juillet, l'ancien président, qui reste très populaire notamment dans les classes les plus pauvres, avait déclaré: "Quoi qu'il en soit (le verdict), je suis prêt. Parce que je suis convaincu que l'autre juge (Dieu) m'acquittera à 100 %".
Tensions et appréhensions sont de mise dans le pays dans l'attente du verdict. Certains craignent des troubles alors que des manifestations contre la vie chère ont dégénéré en émeutes en février.
Les abords du tribunal ont été interdits au public pour éviter des regroupements devant le bâtiment à Paramaribo et les écoles du secteur ont été fermées.
Samedi, des milliers de partisans de M. Bouterse se sont rassemblés au siège du Parti national démocratique (NDP) qu'il a fondé pour lui exprimer leur soutien avec le slogan "Free Bouta" (Libérez +Bouta+ son surnom).
- Cela peut "déraper" -
"S'il le faut nous, nous irons au tribunal pour vous, mais nous ne vous laisserons pas y aller", a assuré un de ses militants, s'adressant au micro à M. Bouterse, présent au rassemblement.
"Boss Bouterse, vous n'irez nulle part. S'ils le veulent, ils peuvent venir vous arrêter chez vous. J'aimerais bien voir cela arriver", lui a lancé un autre.
Dans son discours samedi, Desi Bouterse a lui appelé au calme: "Ne semons pas la pagaille, nous sommes des gens civilisés. Nous allons tenir jusqu'aux élections de 2025".
Mais, il a toutefois souligné à l'adresse des autorités que "les choses peuvent déraper ici", allusion à de possibles troubles que pourraient provoquer son incarcération.
M. Bouterse a également mis en garde les juges: "j'espère que la juge fera preuve de bon sens" et que sa décision n'aura pas "de conséquences pour le pays".
Il a aussi tenu des propos très similaires à ce qu'il avait déjà dit devant le tribunal: qu'il s'agissait d'un procès "politique" et que les Pays-Pas, l'ancienne puissance coloniale, avait conspiré contre lui.
Les proches des victimes eux espèrent une condamnation. "Puisse ce moment du jugement marquer non seulement la fin d'une procédure judiciaire, mais aussi le début d'une nouvelle phase de notre histoire", avait déclaré Sunil Oemrawsingh, président de la Fondation 8 décembre 1982, lors de la cérémonie anniversaire.
Auteur de deux coups d'Etat, Desi Bouterse, ancien homme fort de l'armée, a été élu président du Suriname en 2010 et l'est resté jusqu'en 2020.
Après sa condamnation à 11 ans de prison en 1999, Interpol avait émis un mandat d'arrêt contre lui aux Pays-Bas pour trafic de cocaïne. Son statut de dirigeant l'a cependant protégé de l'extradition.
R.Lee--AT