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Référendum constitutionnel au Tchad après deux ans et demi de régime militaire
Les Tchadiens ont voté dimanche sans incident pour ou contre une nouvelle Constitution censée ouvrir la voie à des élections et un retour des civils au pouvoir, promis il y a deux ans et demi par la junte militaire mais repoussé à fin 2024.
Une partie importante de l'opposition et de la société civile a appelé à boycotter ce référendum qu'elle considère comme un plébiscite destiné à préparer l'élection de l'actuel président de transition, le général Mahamat Idriss Déby Itno, et perpétuer une "dynastie" inaugurée par son défunt père il y a 33 ans à l'issue, déjà, d'un coup d'Etat.
Le "oui" semble favori: le pouvoir militaire a mené une campagne à gros moyens et s'est aussi assuré le ralliement d'un de ses principaux opposants, Succès Masra, qui appelle à voter "oui", face à une opposition divisée et violemment réprimée depuis plus d'un an, dans cet Etat d'Afrique centrale qui est le deuxième pays le moins développé au monde selon l'ONU.
Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 (06H00 GMT) et les dépouillements ont commencé après la fermeture à 17H00 (16H00 GMT), même si certains bureaux ont prolongé le temps du vote au-delà de l'heure annoncée.
- Mobilisation limitée -
"Chaque bulletin déposé dans l'urne est un pas de plus vers la stabilité et la prospérité pour notre pays" a déclaré le président Mahamat Idriss Déby, premier à glisser son bulletin dans l'urne d'un bureau de vote de N'Djamena, non loin du palais présidentiel.
Dans la capitale, la mobilisation électorale semblait assez limitée, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Mahamat Issa, fonctionnaire, fait partie des réfractaires au vote: "voter ou ne pas voter ne change rien, le résultat est connu d'avance" explique-t-il.
Assis face à un bureau de vote des quartiers Sud de N'Djamena, fief supposé de l'opposition, Gilbert Alain, partage son refus de voter en faveur d'un Etat unitaire: "Je vais voter +non+ pour respecter la consigne de mon parti, je suis fédéraliste" explique-t-il à l'AFP.
De son côté, Zénana Mahamat confie à l'AFP avoir "voté +oui+ pour la paix".
Dans la capitale, des forces de sécurité sont positionnées pour s'assurer de "la sécurisation et du maintien de l'ordre public lors de l'organisation du référendum", selon le ministre tchadien de la Sécurité publique dans un communiqué.
Aucun débordement n'a été constaté dans la journée.
Les partisans du "oui" sont en faveur d'une Constitution pour un "Etat unitaire et décentralisé", consacrant un régime où le chef de l'Etat concentre l'essentiel du pouvoir.
Une frange de l'opposition, tenante du "non", prône le fédéralisme.
L'Etat unitaire est le seul moyen de préserver l'unité, le fédéralisme favoriserait le "séparatisme" et le "chaos", rétorque le camp du "oui".
- "Dynastie Déby" -
Les deux principales plateformes des partis et organisations de la société civile hostiles à la junte ont appelé au boycott, espérant qu'une faible participation délégitimera un général qu'elles accusent de perpétuer la "dynastie Déby".
Ce référendum, "c'est pour plébisciter (...) les autorités, ça vise à légitimer purement et simplement la dynastie qu'on voudrait nous imposer", assure à l'AFP Max Loalngar, coordinateur de l'une d'elles, Wakit Tamma, au téléphone depuis un pays d'exil qu'il refuse de nommer.
A 37 ans, Mahamat Déby avait été proclamé par l'armée le 20 avril 2021 président de transition à la tête d'une junte de 15 généraux, après la mort de son père Idriss Déby Itno tué par des rebelles en se rendant au front. Celui-ci dirigeait le pays d'une main de fer depuis plus de 30 ans.
Le jeune général avait aussitôt promis des élections après une transition de 18 mois et s'était engagé auprès de l'Union africaine à ne pas s'y présenter. Dix-huit mois plus tard, son régime prolongeait la transition de deux ans et l'autorisait à être candidat à la présidentielle prévue fin 2024.
A la date anniversaire des 18 mois de transition, le 20 octobre 2022, entre cent et plus de 300 jeunes hommes et adolescents ont été tués par balles à N'Djamena par les policiers et militaires, selon l'opposition et des ONG nationales et internationales.
Ils manifestaient contre la prolongation de deux ans.
Plus d'un millier ont été emprisonnés avant d'être graciés, mais des dizaines ont été torturés ou ont disparu, selon ONG et opposition.
yas-dwi-lnf-gir/cpy
F.Ramirez--AT