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Gaza: opération de l'armée israélienne dans l'hôpital al-Chifa, vives inquiétudes internationales
L'armée israélienne a effectué mercredi une opération dans le principal hôpital de Gaza avant d'en retirer ses soldats et ses chars, suscitant de vives inquiétudes internationales sur le sort des patients et des milliers de civils pris au piège.
L'armée israélienne accuse le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, d'utiliser l'hôpital al-Chifa comme base militaire, le site représentant un objectif majeur dans sa guerre contre le mouvement islamiste.
Elle a dit mener depuis mercredi matin une "opération ciblée" dans l'établissement où se trouvent, selon l'ONU, environ 2.300 personnes, dont des patients, des soignants et des déplacés.
Un journaliste collaborant avec l'AFP a vu l'armée israélienne, après le retrait de ses soldats, se repositionner autour de l'établissement en fin d'après-midi.
Contactée par l'AFP, l'armée israélienne n'a pas commenté dans l'immédiat.
Tôt mercredi, des dizaines de soldats israéliens, certains encagoulés avaient fait irruption dans l'hôpital, selon le journaliste collaborant avec l'AFP sur place.
"Tous les hommes de 16 ans et plus, levez les mains en l'air et sortez des bâtiments vers la cour intérieure pour vous rendre", ont-ils crié en arabe.
- Pas de "feu vert" de Washington
Les Etats-Unis ont corroboré mardi les affirmations de leur allié israélien sur une utilisation d'hôpitaux de Gaza à des fins militaires, des déclarations qui, selon le Hamas, donnent le "feu vert" à Israël pour "commettre de nouveaux massacres".
Mercredi, Washington a déclaré ne pas avoir "donné de feu vert aux opérations autour de l'hôpital al-Chifa", pas plus qu'il ne le fait pour les autres décisions militaires d'Israël.
Le président français Emmanuel Macron a condamné "avec la plus grande fermeté" les bombardements d'infrastructures civiles. Le Quai d'Orsay a fait part mercredi de "sa très vive préoccupation", estimant que la population palestinienne n'avait "pas à payer pour les crimes du Hamas".
De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié mercredi Israël d'"Etat terroriste", dénonçant le coût en vie humaines des bombardements israéliens de la bande de Gaza.
La guerre a été déclenchée par l'attaque du Hamas le 7 octobre sur le sol israélien, sans précédent depuis la création d'Israël. Environ 1.200 personnes ont été tuées, essentiellement des civils massacrés ce jour-là, selon les autorités.
En représailles, Israël a juré d'"anéantir" le Hamas, qu'il considère comme une organisation "terroriste" ainsi que les Etats-Unis et l'Union européenne, pilonnant sans relâche la bande de Gaza, soumise à un siège total.
Les bombardements israéliens ont fait 11.320 morts, majoritairement des civils, parmi lesquels 4.650 enfants, selon le ministère de la Santé du Hamas, qui contrôle le territoire palestinien.
A al-Chifa mercredi, des soldats ont aussi fouillé des femmes et des enfants en pleurs, d'après le journaliste sur place. Dans les couloirs de l'hôpital, ils ont parfois tiré en l'air en allant de pièce en pièce.
Israël a dit avoir envoyé "des équipes médicales parlant arabe et entraînées", afin "qu'aucun tort ne soit causé aux civils utilisés par le Hamas comme boucliers humains".
Un haut responsable de la Défense a assuré qu'il n'y avait pas eu d'échange de tirs à l'intérieur du complexe hospitalier, ni d'opérations dans les bâtiments où l'armée savait que se trouvaient les patients et les équipes médicales.
- "Missions sacrées" -
Malgré les pressions internationales, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti qu'il n'y aurait "aucun endroit à Gaza" qu'Israël "n'atteindra pas, aucune cachette, aucun refuge".
"Nous atteindrons et éliminerons le Hamas et nous ramènerons les otages", deux "missions sacrées", a-t-il dit.
La pression s'accentue à l'intérieur d'Israël sur le gouvernement Netanyahu pour qu'il obtienne la libération des otages emmenés par le Hamas le 7 octobre.
Environ 240 personnes avaient été enlevées le jour de l'attaque initiale du Hamas, selon les autorités israéliennes qui ont annoncé mercredi qu'une otage avait accouché à Gaza.
Le Forum des familles d'otages et disparus a réclamé que le gouvernement approuve un accord "pour ramener à la maison tous les otages de Gaza", et une centaine de proches d'otages entamaient mardi une marche depuis Tel-Aviv vers le bureau du Premier ministre à Jérusalem.
- "Guerre contre l'existence des Palestiniens" -
Les hôpitaux du nord de la bande de Gaza, transformés en camps pour des milliers de Palestiniens fuyant les combats, ne fonctionnent plus pour la plupart, privés d'électricité et faute de carburant pour alimenter les générateurs.
Malgré une première livraison d'un peu plus de 23.000 litres de carburant mercredi via l'Egypte, l'ONU a averti que ses opérations d'aide à Gaza étaient "au bord de l'effondrement" et le chef des Affaires humanitaires des Nations unies a exhorté mercredi que cesse "le carnage à Gaza".
Au milieu des décombres de sa maison frappée mardi soir à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, Alia Abu Jazar lance un cri de désespoir:
"J'ai 18 ans, je suis une lycéenne avec des rêves. Je rêvais de devenir avocate, mais ils ont détruit toute notre maison. Mes livres et tout mon rêve ont été détruits. Pourquoi, Dieu ? Pourquoi ?"
La guerre à Gaza est "une guerre contre l'existence des Palestiniens", a tonné le président palestinien Mahmoud Abbas.
- Coupure des communications -
Dans le centre de la bande de Gaza, une nouvelle frappe a visé mercredi un bâtiment à Deir al-Balah.
"Nous avons entendu une forte explosion, nous nous sommes précipités et nous n'avons trouvé que des restes de femmes et d'enfants", a raconté à l'AFP un habitant de la ville, Awni al-Douggi.
Dans le territoire, soumis depuis le 9 octobre par Israël à un siège total, la population est privée de livraisons d'eau, d'électricité, de nourriture et de médicaments et l'aide humanitaire internationale y arrive au compte-gouttes depuis l'Egypte.
Par ailleurs, la compagnie palestinienne des télécommunications Paltel a annoncé "une suspension de tous les services de télécommunications sous quelques heures", faute de carburant.
Depuis le 5 novembre, environ 200.000 Palestiniens, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), ont fui le nord de la bande de Gaza, transformé en champ de ruines, après l'ouverture par Israël de "couloirs" d'évacuation.
D'après l'Ocha, 1,65 des 2,4 millions d'habitants du territoire ont été déplacés par la guerre. Une grande partie d'entre eux se sont réfugiés dans le sud, près de la frontière égyptienne, mais plusieurs centaines de milliers d'autres sont restés au milieu des combats dans le nord.
H.Gonzales--AT