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Guinée: l'ex-dictateur Dadis Camara sorti de prison par un commando armé est introuvable
L'ancien dictateur guinéen Moussa Dadis Camara est dans la nature après avoir été sorti de prison samedi matin par un commando dont le raid a réveillé Conakry au son des armes automatiques et fait craindre un nouveau putsch.
Deux ou trois autres anciens responsables actuellement jugés comme lui pour un massacre perpétré en 2009 sous sa présidence ont également été extraits de la prison, ont dit un ministre et des avocats, sans qu'apparaisse clairement si Moussa Dadis Camara s'était échappé de son plein gré. L'un d'eux a été repris.
L'armée a affirmé sa fidélité à la junte en place depuis septembre 2021 et appelé la population au calme. L'état-major a assuré dans un message diffusé en boucle sur la télévision d'Etat que la situation avait été "rapidement maîtrisée et ramenée à la normale".
"Il était environ 5H00 du matin. Des hommes lourdement armés ont fait irruption à la maison central de Conakry", a dit le ministre de la Justice Alphonse Charles Wright. "Ils ont réussi à partir avec quatre accusés dans le procès des évènements du 28-Septembre (2009), notamment le capitaine Moussa Dadis Camara", a-t-il dit.
Un des prisonniers sortis, le colonel Moussa Tiegboro Camara, secrétaire d’État chargé de la lutte contre la drogue et le crime organisé sous Dadis Camara, a été repris, a-t-il dit. L'avocat du détenu Me Jean Sovogui a assuré qu'il avait échappé à ce qu'il a présenté comme ses "ravisseurs".
"La traque des autres se poursuit", a dit l'état-major.
L'avocat du capitaine Dadis Camara, Jocamey Haba, a évoqué la possibilité que son client ait été emmené contre son gré.
"Je continue de penser qu'il a été enlevé. Il a confiance en la justice de son pays, c'est pourquoi il ne va jamais tenter de s'évader", a-t-il ajouté en faisant référence au procès en cours.
"Sa vie est en danger", a-t-il assuré.
L'opération du commando a secoué Kaloum, quartier de la présidence, des institutions, des affaires et d'un certain nombre d'ambassades, mais aussi de la prison centrale.
"Il y a des tirs d'armes automatiques et de guerre" à Kaloum, disait aux premières heures du jour un habitant du secteur sous le couvert de l'anonymat pour sa sécurité.
"Le centre-ville est bloqué depuis l'aube, pas d'entrée ni de sortie", a déclaré un commerçant, également sous le couvert de l'anonymat.
"On voulait aller au port où je travaille, mais nous avons été empêchés (de passer) à l'entrée de la presqu'île de Kaloum, où des blindés ont été déployés", a-t-il ajouté.
Cet accès de fièvre a immédiatement réveillé le souvenir du putsch, mené à peu près à la même heure, du 5 septembre 2021 quand le colonel Mamady Doumbouya avait pris d'assaut le palais présidentiel avec ses hommes et renversé le président civil Alpha Condé par les armes.
- La "boussole" de la justice -
Dans un communiqué lu à la télévision d'Etat, le chef d'état-major général des armées, le général Ibrahima Sory Bangoura, a présenté ce raid comme une tentative pour "saboter" l'action de réforme menée sous la conduite du colonel Doumbouya.
"Nous, forces de défense et de sécurité, réaffirmons notre engagement indéfectible envers ces réformes qui sont cruciales pour le progrès et la stabilité de notre nation", a-t-il dit.
Outre Moussa Dadis Camara et Moussa Tiegboro Camara, les sites d'information ont fait état de l'évasion de Claude Pivi et Blaise Goumou, également jugés parmi une dizaine d'anciens responsables militaires et gouvernementaux pour le massacre de 2009.
La Guinée, pays à l'histoire politique tourmentée depuis l'indépendance vis-à-vis de la France, vient d'entrer dans la deuxième année de ce procès, pour lequel Moussa Dadis Camara était détenu depuis le début des audiences en septembre 2022.
Ils répondent d'une litanie de meurtres, actes de torture, viols et autres enlèvements commis le 28 septembre 2009 par les forces de sécurité au stade du 28-Septembre dans la banlieue de Conakry, où s'étaient réunis des dizaines de milliers de sympathisants de l'opposition, et aux alentours.
Au moins 156 personnes y ont été tuées et des centaines blessées, et au moins 109 femmes violées, selon le rapport d'une commission d'enquête mandatée par l'ONU.
Ce procès s'était ouvert alors que le nouvel homme fort du pays, le colonel Doumbouya, avait promis après son coup de force de refonder l'Etat guinéen et de faire de la justice sa "boussole".
Après le putsch de 2021, le colonel Doumbouya s'est fait investir président et s'est engagé sous la pression internationale à remettre le pouvoir à des civils élus dans un délai de deux ans à partir de janvier 2023. L'opposition l'accuse de dérive autoritaire et parle de "dictature naissante".
B.Torres--AT