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Ethiopie: un an après la fin de la guerre, paroles de Tigréens
Un an après un accord de paix, les habitants de la région éthiopienne du Tigré tentent de reprendre une vie normale, malgré les stigmates d'une guerre qui a fait des centaines de milliers de morts.
L'accord signé le 2 novembre 2022 à Pretoria entre le gouvernement fédéral et les autorités dissidentes de cette région du nord du pays a mis fin à deux ans de combats - durant lesquels l'armée de l'Erythrée voisine et des milices de régions voisines ont soutenu l'armée éthiopienne.
Il a également permis le rétablissement graduel de services essentiels - électricité, banques, télécommunications -, encore limité à certaines parties de la région.
Mais les Tigréens interrogés par l'AFP peinent à retrouver leur vie d'avant. Certains ont perdu leur maison, leur travail, d'autres pleurent des proches tués durant le conflit...
Les infrastructures, notamment de nombreux hôpitaux, ont été détruits.
Un million de déplacés - dont 234.000 dans la capitale régionale Mekele - ne peuvent rentrer chez eux, selon l'agence de l'ONU pour les migrations (OIM). Beaucoup doivent mendier pour survivre.
De nombreux Tigréens, employés d'entreprises détruites, n'ont plus de salaires et souffrent en outre de l'inflation galopante en Ethiopie.
Leur situation s'est aggravée depuis que le Programme alimentaire mondial et l'agence humanitaire du gouvernement américain (USAID) ont suspendu en mai leur aide alimentaire à la région - puis à l'ensemble de l'Ethiopie - en raison de détournements.
Des Tigréens, parfois sous condition d'anonymat, ont raconté leurs conditions de vie, un an après l'accord de Pretoria.
. "Des sentiments mitigés"
Yared Berhe Gebrelibanos, militant et travailleur humanitaire qui dirige l'ACSOT (Alliance des organisations de la société civile du Tigré), partage ses "sentiments mitigés à propos de l'accord de paix".
"Les armes se sont largement tues, nous constatons des améliorations dans l'accès aux services, comme les services bancaires et l'électricité, et certaines écoles ont également rouvert."
"Mais 90% du Tigré dépend de l'aide (internationale). Et la situation humanitaire se détériore."
"Je peux accéder à mon épargne et percevoir un salaire régulier mais je suis un privilégié. Beaucoup de gens ne sont pas payés."
"Ca me brise le coeur d'être témoin de tant de souffrance."
. "La vie est dure"
Hiluf, employé d'un hôpital de 36 ans, est endetté car il n'a pas perçu son salaire "depuis près de deux ans".
"La vie à Mekele est très dure."
"De nombreux médecins ont quitté leur emploi parce que leurs salaires n'ont pas été payés et qu'ils ne peuvent pas nourrir leurs familles."
"Je compte sur ma résilience naturelle pour vivre."
. Les Erythréens "kidnappent des jeunes"
Desta vit à Irob, près de la frontière avec l'Erythrée. Par téléphone, elle raconte que l'armée érythréenne opère toujours dans la région, malgré leur départ prévu par l'accord de paix.
"Les troupes érythréennes font du trafic dans les zones frontalières du Tigré".
"Parfois, ils bloquent les routes et kidnappent des jeunes hommes."
. "La région est en deuil"
Maquilleuse avant la guerre, Wegahta Gebreyohannes Abera dirige aujourd'hui l'organisation humanitaire qu'elle a fondée.
La jeune femme se dit soulagée de ne plus entendre le bruit "des drones et des coups de feu".
"Quand la guerre a commencé, mes sœurs et moi n'avons pas quitté la maison pendant six mois. Nous avions très peur des violences sexuelles et j'étais très déprimée."
"Ensuite, j'ai commencé à faire de l'humanitaire et j'ai créé Hdrina."
"Je suis soulagée de pouvoir sortir maintenant."
"Pendant la guerre, ma seule préoccupation était de survivre. Chaque jour, je pensais que j'allais mourir."
"Même aujourd'hui, c'est parfois difficile d'avoir les idées claires. Nous entendons sans cesse des rumeurs selon lesquelles une nouvelle guerre va éclater entre l'Ethiopie et l'Erythrée et nous ne voulons pas que ça se produise."
"De nombreuses familles continuent d'apprendre le sort de proches disparus. Nous venons d'apprendre que certains de mes cousins et oncles (vivant) à la campagne sont morts au combat."
"Toute la région est en deuil."
. "Comme attendre la mort"
Genet, 26 ans, vivait au Tigré occidental, territoire du Tigré revendiqué par les nationalistes de la région voisine de l'Amhara et conquis durant le conflit par des forces amhara.
Réfugiée à Mekele, elle a encore "du mal à exprimer" ses émotions.
"La distribution de l'aide alimentaire a été interrompue pendant six mois en raison d'allégations de vols. La vie des personnes déplacées à l'intérieur du pays, c'est comme attendre la mort."
"Je ne peux pas nourrir ma famille. Les marchés sont chers et inaccessibles."
"Nous n'avons aucun espoir de rentrer chez nous."
burs-amu/dyg/sva/ayv/ybl
W.Morales--AT