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Le Hamas libère deux otages, l'aide pour Gaza toujours bloquée
Le Hamas a libéré vendredi soir deux Américaines qu'il avait enlevées le 7 octobre lors de son attaque meurtrière contre Israël, une lueur d'espoir pour les quelque 200 otages encore retenus à Gaza, où des millions de Palestiniens continuent d'attendre l'arrivée de l'aide humanitaire urgente.
Les deux femmes, une mère et sa fille, ont été relâchées après une médiation du Qatar. Le président américain Joe Biden s'est dit "au comble de la joie". Judith et Natalia Raanan ont été prises en charge à la frontière avec Israël par la Croix Rouge internationale, alors que la guerre entre l'Etat hébreu et le Hamas, déclenchée par une attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien, entre samedi dans sa troisième semaine.
Plus de 1.400 personnes ont été tuées sur le territoire israélien par les hommes du Hamas depuis le 7 octobre, en majorité des civils fauchés par balles, brûlés vifs ou morts de mutilations au premier jour de l'attaque des combattants du mouvement islamiste palestinien menée à partir de Gaza, selon les autorités israéliennes.
Dans la bande de Gaza, 4.137 Palestiniens, majoritairement des civils, ont été tués dans les bombardements incessants menés en représailles par l'armée israélienne, selon le ministère de la Santé du Hamas à Gaza.
- Camions bloqués -
Au onzième jour de siège complet par Israël, les 2,4 millions d'habitants de Gaza manquent de nourriture, d'eau potable, de médicaments et de carburant. Et ce alors qu'environ 175 camions d'aide humanitaire restent bloqués du côté égyptien de la frontière, au terminal de Rafah.
"Ces camions ne sont pas seulement des camions, ils sont une bouée de sauvetage, ils font la différence entre la vie et la mort pour de nombreuses personnes à Gaza", a déclaré le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres en supervisant personnellement les opérations à Rafah vendredi.
La première cargaison est censée arriver samedi "au plus tôt", a estimé Martin Griffiths, chargé des situations humanitaires d'urgence à l'ONU. A Washington, le président Joe Biden a estimé vendredi que les vingt premiers camions entreraient dans l'enclave samedi ou dimanche.
Israël a autorisé, à la demande des Etats-Unis, l'entrée d'aide via Rafah, seule issue de Gaza sur le monde qu'il ne contrôle pas. A condition qu'elle n'arrive qu'aux "civils".
Le Croissant Rouge palestinien a par ailleurs fait état d'une menace de bombardement israélien contre l'hôpital Al-Quds, dans le nord de la bande de Gaza, mais s'est déclaré "incapable" d'évacuer l'établissement qui héberge quelque 500 patients dans la zone de l'enclave la plus durement frappée par l'armée israélienne.
Israël, qui a juré d'anéantir le Hamas, prépare toujours une offensive terrestre à Gaza.
- "Deuxième Nakba" -
Après la "campagne militaire" de frappes aériennes et "plus tard des manoeuvres ayant pour objectif de neutraliser les terroristes et infrastructures du Hamas", il y aura des "opérations à basse intensité pour éliminer les dernières poches de résistance", a affirmé vendredi le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant.
A terme, Israël envisage parmi les scénarios possibles de "remettre les clés" de la bande de Gaza à une partie tierce qui pourrait être l'Egypte, sans aucune garantie que Le Caire accepte ce scénario repoussé depuis des décennies, a affirmé une source au ministère des Affaires étrangères israélien à l'AFP.
"J'ai peur que les destructions actuelles suivent un plan clair, que les gens ne trouvent pas d'endroit où vivre et que cela provoque une deuxième Nakba", s'inquiète à Gaza Omar Ashour, un général à la retraite, en référence à l'expulsion d'environ 760.000 Palestiniens à la création d'Israël.
Au moins un million de Gazaouis ont été déplacés, d'après l'ONU.
Dans les décombres de la ville d'Al-Zahra, le regard hagard de Rami Abou Wazna se porte sur la gauche, puis sur la droite. Au moins 24 bâtiments ont été rasés dans son quartier, d'après une journaliste de l'AFP. "Même dans mes pires cauchemars, je ne pensais pas que ce serait possible", souffle-t-il.
"Pourquoi nous bombarder, nous, civils? Où irons-nous? Tout est parti", s'interroge Rami Abou Wazna. "Nous entendions nos grands-parents parler de la Nakba, et aujourd'hui on la vit, mais nous ne quitterons pas notre terre".
- "Sommet pour la paix" -
Pour tenter de trouver une issue, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi accueille samedi au Caire un "sommet pour la paix", auquel participeront plusieurs hauts-responsables occidentaux et régionaux.
Pour Joe Biden, le Hamas a déclenché la guerre pour torpiller le rapprochement entre Israël et l'Arabie saoudite, poids lourd du Moyen-Orient.
"L'une des raisons pour lesquelles ils ont agi de la sorte (...) pour laquelle ils s'en sont pris à Israël (...) est que j'étais sur le point de m'asseoir avec les Saoudiens", a déclaré le président américain, précisant que Ryad songeait dans ces discussions à reconnaître officiellement l'Etat hébreu.
Ryad a annoncé le 14 octobre, une semaine après le début de la guerre, qu'il suspendait les négociations sur cette possible normalisation.
- Frappes au Liban -
Les Etats-Unis ont déployé deux porte-avions en Méditerranée orientale pour dissuader l'Iran ou le Hezbollah libanais, deux alliés du Hamas, de s'impliquer dans le conflit.
Samedi à l'aube, l'armée israélienne a annoncé avoir mené des frappes aériennes contre des cibles du Hezbollah dans le sud du Liban, en riposte à des tirs de roquettes et de missiles antichar en direction d'Israël.
Dans le nord d'Israël, les soldats sont déployés en masse près de la frontière dans l'éventualité d'un second front contre le Hezbollah. Interrogé par l'AFP à la gare routière, un appelé réserviste, qui a requis l'anonymat, se dit "prêt à en découdre" car "les Juifs n'ont pas d'autre pays".
Mesure rarissime, les autorités ont annoncé vendredi l'évacuation de Kiryat Shmona, ville limitrophe de la frontière libanaise qui compte environ 25.000 habitants dont beaucoup sont déjà partis.
Mais pas Yaacov Kozikaro, 72 ans, qui vit près de la frontière depuis 1961 et prétend savoir parfaitement imiter le bruit des roquettes de type Katioucha tirées par le Hezbollah. "Ce n'est ni la première, ni la dernière guerre", dit-il.
K.Hill--AT