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Venezuela: reprise du contrôle d'une prison sous la coupe d'un gang
Quelque 11.000 membres des forces de l'ordre déployés, des dizaines de blindés... Les autorités ont mis le paquet pour reprendre mercredi le contrôle de la plus célèbre prison du Venezuela, Tocoron (centre-nord) qui était entièrement sous la coupe d'un gang criminel, et devant laquelle de nombreuses femmes attendaient inquiètes.
Celle-ci va être complètement vidée et les quelques 2.500 prisonniers ventilés dans d'autres prisons.
La prison était contrôlée par le gang du Tren de Aragua, qui a étendu ses tentacules dans tout le Venezuela et au moins huit autres pays d'Amérique latine.
Selon une enquête menée par la journaliste vénézuélienne Ronna Risquez, interviewée par l'AFP, la police jusqu'ici restait à l'extérieur et la gestion de la prison était entre les mains de la bande qui rackettait les prisonniers mais offrait des services peu habituels avec piscine, zoo, salles de paris et terrains de sports, comme l'ont confirmé plusieurs femmes de détenues.
Dans un communiqué, le gouvernement vénézuélien s'est félicité de l'opération "couronnée de succès" et du "contrôle absolu du pénitencier de Tocoron".
Les forces de l'ordre ont investi la prison vers 7h du matin, lançant "des grenades" et tirant des coups de feu, selon des témoignages à l'AFP de femmes qui étaient à l'intérieur mais aussi d'habitants du village de Tocoron, qui jouxte la prison.
Selon ces témoignages, il n'y a pas eu de réponse des détenus. L'opération a duré une vingtaine de minutes. Pour le moment, il n'était pas possible d'obtenir un bilan officiel.
Plusieurs détenus ont profité de la confusion pour s'échapper, de source policière. Le sort du chef du Tren de Aragua, Hector Guerrero Flores dit "Niño guerrero" (enfant guerrier), n'est pas connu.
Le Tren de Aragua, qui compterait quelque 5.000 criminels, est apparu en 2014, opérant dans des activités mafieuses "classiques": enlèvements, braquages, drogue, prostitution, extorsion. Il a étendu son emprise à d'autres activités, certaines légales, mais aussi à l'orpaillage et l'exploitation minière illégale.
Pendant la matinée, plus d'une centaine de femmes, certaines qui vivaient à l'intérieur, d'autres affluant des villes voisines, se sont concentrées devant l'entrée dans un face à face tendu avec les forces de l'ordre.
- "il y avait une piscine, un zoo" -
"On veut le voir pour savoir s'il est en vie, s'il ne lui est rien arrivé", affirme Dailin Monasterios, 20 ans à propos de son oncle, qui purge une peine pour homicide.
Accompagné de six autres membres de sa famille, elle tente de l'apercevoir parmi les détenus qui apparaissent épisodiquement aux portes. Exténuée par plusieurs heures de marche et d'attente, elle s'effondre en larmes.
Pendant ce temps, des policiers ou soldats chargent sur des camions: téléviseurs, air conditionnés, motos, micro-ondes, sacs et même un... vélo d'appartement.
"Voleurs. C'est à nous tout ca", crient des femmes. Les insultes fusent "Sales! Cupides!" "Vous êtes des chiens, des rats".
Deux bus sortent. Dans l'un les hommes ont la tête baissée et les mains derrière le dos sans doute menottées. Dans le deuxième, ils peuvent se lever. Certains saluent des femmes, qui leur envoient des baisers ou agitent leurs mains.
Rubieles Mejias, 25 ans, en couple depuis 7 ans avec un détenu, condamné à 13 ans de prison pour homicide, marche sans relâche en plein soleil sur la route du pénitencier: "Peu importe la fatigue, je veux savoir".
Elle raconte que des policiers sur la route leur ont dit qu'il les avaient "tous tués" mimant une gorgé coupée.
"Ils paient leur dette mais ce ne sont pas des animaux. J'ai peur qu'elle (l'armée) attaque. Ce serait horrible. J'ai peur qu'il ne sorte pas vivant de là", dit-elle.
Son "homme" avec qui elle devait se marier dans 15 jours, fait partie des "Baptisés". Dans la prison ces chrétiens qui s'habillent en blanc sont une caste à part que les "malandros" (bandits) laissent tranquilles.
Rubieles a vécu "presque un an dans la prison" et l'a quittée quand sa fille de 4 ans a dû aller à l'école. "Dans la prison c'était tranquille, il y avait une piscine, un zoo. Mon mari travaille dans un petit magasin de la prison", explique la jeune femme employée d'un salon de coiffure. "C'est lui qui m'aide" financièrement.
Elle est sans nouvelle depuis la mâtinée: "Nous allons être transférés (...) je t'aime, je t'aime", dit-il sur la note vocale qu'elle réécoute.
Selon le coordinateur de l'ONG "Une fenêtre pour la liberté", Carlos Nieto, "par cette action, le gouvernement reconnaît le chaos carcéral dans lequel nous vivons".
H.Thompson--AT