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Services publics défaillants au Venezuela: la débrouille de mise
Yusmary dépense la moitié de ce qu'elle gagne en une semaine pour acheter de l'eau et Isora se procure des bonbonnes de gaz au marché noir. Face à la défaillance des services publics au Venezuela, la débrouille est de mise!
"Les gens doivent se débrouiller et continuer leur vie quotidienne", explique à l'AFP Jesus Vasquez, directeur de Monitor Ciudad, une ONG qui suit la consommation d'eau, d'électricité et de gaz à Caracas et dans quatre Etats de ce pays de 30 millions d'habitants.
La crise économique qui a vu le PIB se contracter de 80% en dix ans a durement impacté les services publics qui fonctionnent mal et par intermittence.
Le président Nicolas Maduro accuse régulièrement les sanctions américaines contre le pays d'être à l'origine de la crise mais, selon de nombreux économistes, l'effondrement des services a commencé avant du fait d'une mauvaise gestion, d'un manque d'investissement et de la corruption.
-Tuyauteries à sec-
"L'eau est arrivée", crie-t-on dans le quartier de La Vega, à Caracas.
Aussitôt, les habitants remplissent seaux, bidons et bouteilles pour stocker de l'eau jusqu'à la prochaine arrivée... Chaque maison ou presque est obligée de faire de la place pour un ou plusieurs tonneaux en plastique.
Yusmary Gomez, une femme de 36 ans qui vit dans ce quartier populaire avec ses enfants de 18 et quatre ans, s'est habituée à ce régime où l'eau, souvent jaunâtre, coule en moyenne tous les quinze jours.
Pour la consommation de son foyer et pour cuisiner, elle doit acheter des bidons d'eau potable de 20 litres, qui lui coutent la moitié des 30 dollars qu'elle gagne chaque semaine en travaillant dans un petit commerce.
Selon des estimations privées, le salaire moyen dans le pays est de 150 dollars par mois et le salaire minimum inférieur à 5 dollars.
Monitor Ciudad estime que les habitants de la capitale reçoivent de l'eau en moyenne 60 heures par semaine.
Dans les quartiers résidentiels, les plus aisés n'hésitent pas à forer des puits pour avoir directement accès à la nappe phréatique.
Il peut en couter jusqu’à 20.000 dollars, une somme souvent partagée entre voisins.
-gaz et électricité-
L'eau n'est pas la seule chose qui manque dans le quartier de La Vega. Isora Bazan se plaint de la difficulté de s'approvisionner en bonbonnes de gaz, normalement livrées dans les quartiers par des camions.
Les visites de ces camions sont de plus en plus rares et elle doit avoir recours au marché noir où elles se vendent 10 ou 20 fois plus cher (10 ou 20 dollars contre un dollar).
"J'arrête d'acheter des médicaments pour aller acheter du gaz", explique à l'AFP cette retraitée de 61 ans.
La pénurie a alimenté le commerce illicite, qui a pignon sur rue ou presque: les vendeurs illégaux exposent leurs bonbonnes de gaz à même la rue.
Seulement 17% de la population dispose du gaz de ville (par canalisation), selon Monitor Ciudad.
L'électricité est aussi un problème. Les coupures et les variations de tension sont fréquentes.
Le réfrigérateur de Felicinda Mendoza, 74 ans, a été endommagé par une "coupure de courant" (et le retour de tension): "Hier, j'ai sorti la viande, le poulet, le peu de nourriture que j'avais. Tout est pourri".
L'Etat de Zulia (ouest), berceau de la production pétrolière, est un des plus touchés du pays.
"Si nous ne trouvons pas une solution, nous allons mourir", s'insurge Rodrigo Crespo, un commerçant de 35 ans qui a acheté deux petits groupes électrogènes, l'un pour sa maison et l'autre pour son entreprise, à Los Puertos de Altagracia, une petite ville proche de la capitale de l'Etat, Maracaibo.
Chaque groupe coûte 350 dollars, puis chaque mois environ 100 dollars pour leur fonctionnement. Mais, ce n'est pas la panacée: l'un des groupes fonctionne à l'essence, qui elle aussi est régulièrement difficile à trouver au prix officiel.
L'effondrement de l'éducation et de la santé publique complètent une équation que les habitants doivent résoudre d'eux-mêmes.
La fille de 4 ans de Yusmary Gomez manque souvent l'école à cause du manque d'eau dans son établissement public. "Ils (l'école) nous envoient un message (par téléphone) : +il n'y a pas d'eau et donc pas d'activité", dit-elle.
Depuis la pandémie, de nombreuses écoles publiques ne dispensent des cours que deux ou trois jours par semaine, faute d'eau mais aussi de moyens et d'enseignants. Beaucoup font partie de la vague des sept millions de personnes qui ont quitté le pays. D'autres ont renoncé à leur emploi, leur faible salaire ne couvrant pas les frais de transport pour se rendre à leur travail.
P.Hernandez--AT