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Soudan: violents combats après l'acceptation d'une trêve par les deux généraux rivaux
De violents combats ont éclaté dimanche à Khartoum, après l'annonce d'un cessez-le-feu d'une semaine accepté par l'armée et les paramilitaires se disputant le pouvoir au Soudan, censé commencer lundi soir.
Les médiateurs américains et saoudiens ont annoncé avoir obtenu des deux camps, après deux semaines de négociations en Arabie saoudite, une trêve d'une semaine à compter de lundi "à 21H45 heure de Khartoum" (19H45 GMT).
Mais en plus de cinq semaines de guerre, une dizaine de trêves ont déjà été annoncées puis aussitôt violées.
"On ne leur fait pas confiance: à chaque fois, ils annoncent une trêve et reprennent leurs combats aussitôt", témoigne Adam Issa, un commerçant du Darfour, la région de l'ouest du pays la plus meurtrie par les combats avec Khartoum.
Les infrastructures ont été très endommagées: la quasi-totalité des hôpitaux de Khartoum et du Darfour, frontalier du Tchad, ne peuvent plus opérer, et les médecins dénoncent les bombardements d'établissements de santé par l'armée de l'air ou l'artillerie des FSR.
La plupart des cinq millions d'habitants de la capitale, terrés chez eux pour ceux qui n'ont pas pu fuir, n'ont plus ni eau ni électricité.
Les humanitaires réclament des couloirs sécurisés pour acheminer médicaments, nourriture et carburant, afin de relancer des services déliquescents depuis des décennies.
- Enfin voir un médecin -
Cette fois, assurent Ryad et Washington, "l'accord conclu à Jeddah a été signé par les parties et sera appuyé par un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu soutenu par les Etats-Unis, l'Arabie saoudite et (la communauté) internationale".
Hussein Mohammed, qui vit à Khartoum, veut y croire: "cette fois-ci, on espère que les médiateurs surveilleront les belligérants" et qu'ils seront forcés de faire taire leurs armes. "Cela me permettra d'emmener ma mère chez le médecin: elle doit le voir chaque semaine mais nous n'avons pas pu y aller depuis le 13 avril", raconte-t-il à l'AFP.
Sawsan Mohammed, elle, espère pouvoir revoir ses parents. "Ils vivent dans le nord de la capitale et moi dans le sud, je ne les ai pas vus depuis le 5 avril", affirme-t-elle à l'AFP.
Au Vatican, le pape François a appelé "la communauté internationale à ne ménager aucun effort (...) pour alléger les souffrances de la population".
Les deux généraux rivaux avaient évincé ensemble les civils du pouvoir par un putsch en octobre 2021. Mais le 15 avril, ils sont entrés en guerre, et vendredi, le général Burhane a remplacé le général Daglo au poste de numéro deux du pouvoir militaire par Malik Agar, un ancien rebelle qui avait signé en 2020 l'accord de paix avec Khartoum. Il a également nommé trois de ses fidèles au sommet de l'armée.
M. Agar a déclaré samedi vouloir "arrêter la guerre et s'asseoir à la table des négociations". Mais pour lui, ces négociations passent par l'intégration des FSR dans l'armée régulière, pomme de discorde entre les deux généraux, qui a déclenché le conflit.
- Invectives entre généraux -
Depuis le début de la guerre, les deux généraux s'invectivent par médias interposés mais ne se sont pas exprimés depuis cette annonce.
Burhane est un "criminel" qui veut réinstaurer la dictature militaro-islamiste d'Omar el-Béchir, démis en 2019, accuse Daglo. Daglo est à la tête de "milices soutenues par l'étranger", avec des "mercenaires" venus d'ailleurs pour détruire le Soudan, répond Burhane.
A Khartoum, des habitants racontent que leurs maisons ont été pillées ou occupées par des paramilitaires.
Dans un pays aux banques fermées et aux convois d'approvisionnement interrompus par les combats, les vivres se font de plus en plus rares et la plupart des usines agro-alimentaires ont été détruites ou pillées.
Plus d'un Soudanais sur deux a besoin d'aide humanitaire, selon l'ONU, niveau jamais atteint dans ce pays de 45 millions d'habitants. Si la guerre se poursuit, avertit l'ONU, un million de Soudanais supplémentaires pourraient se réfugier dans les pays voisins, qui redoutent une contagion.
H.Romero--AT