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Course au finish UE-USA pour diriger l'agence des migrations de l'ONU
Après des mois d'une sourde campagne acrimonieuse, les pays membres de l'Organisation internationale pour les migrations se retrouvent lundi à Genève pour décider qui de son chef actuel portugais ou de son adjointe américaine prendra les rênes de cette agence au rôle crucial.
Les 175 Etats membres de l'OIM voteront à bulletin secret pour désigner l'ancien ministre Antonio Vitorino pour un second mandat ou lui préférer son adjointe Amy Pope.
C'est un poste important dans le contexte actuel.
L'organisation, qui a été fondée en 1951 mais n'est devenue une agence des Nations Unies qu'il y a sept ans, est le principal acteur international en matière de migration et doté d'un budget croissant.
Le monde comptait environ 281 millions de migrants en 2020.
La longue campagne pour devenir directeur général de l'OIM a creusé un fossé entre les Européens et les Etats-Unis, qui ont mené campagne tous azimuts pour retrouver ce poste traditionnellement américain, selon des observateurs.
"Cela semble avoir provoqué une certaine consternation diplomatique", a déclaré à l'AFP Megan Bradley, professeure à l'Université McGill de Montréal et spécialiste de l'OIM.
- Choc -
La coutume veut que l'on accorde un second mandat à un responsable d'une agence onusienne qui le souhaite.
Et quand Amy Pope a annoncé sa candidature en octobre, "cela a été un peu un choc", reconnaît auprès de l'AFP un diplomate européen à Genève, sous couvert d'anonymat. "Cela n'a pas été considéré comme une décision amicale", a-t-il souligné, déplorant une bataille qui a donné "un mauvais signal" à un moment où les Etats-Unis et les Européens "doivent montrer un front uni" sur la scène mondiale.
Antonio Vitorino, ancien ministre de la Défense et vice-Premier ministre portugais de 66 ans, n'a pas l'intention de céder la place.
"Tous mes prédécesseurs depuis 70 ans ont fait deux mandats, et je ne vois aucune raison pour qu'un premier mandat réussi ne soit pas suivi d'un second mandat", avait-il déclaré à l'AFP en mars.
Mais Amy Pope, 49 ans, qui, si elle était élue, serait la première femme à diriger l'organisation, estime que les enjeux sont trop importants pour simplement s'en tenir au statu quo. Selon elle, elle a la vision nécessaire pour faire entrer l'OIM "dans le 21e siècle".
- Tradition contre tradition -
Si un second mandat est l'usage, les Etat-Unis tiennent à faire respecter la "tradition de longue date d'avoir leur candidat au poste de directeur général", remarque l'universitaire Megan Bradley.
Amy Pope a pour elle une longue carrière dans le domaine des migrations et de la gestion des catastrophes, en particulier sous Barack Obama, et un soutien au plus haut niveau.
Le président Joe Biden a déclaré mercredi qu'il savait, pour avoir directement travaillé avec elle, qu'elle pouvait "mobiliser efficacement l'OIM et ses membres pour répondre aux défis croissants de la migration".
"C'est la bonne personne pour le poste", a asséné le président, couronnant une campagne de soutien extrêmement visible de la diplomatie américaine.
Pour Megan Bradley, l'importance croissante de l'OIM face à l'explosion du nombre de migrants, notamment en raison du changement climatique, "rend d'autant plus important pour les Etats-Unis d'essayer de réaffirmer son emprise traditionnelle à la tête de l'organisation".
- Course serrée -
Antonio Vitorino a pris les rênes de l'OIM en 2018, devenant seulement le deuxième non-Américain à diriger l'organisation.
Il a gagné par acclamation après que les Etats membres ont repoussé le candidat de Donald Trump accusé de sectarisme anti-musulman et de nier le changement climatique.
Antonio Vitorino a fait du bon travail, selon les observateurs, à la tête de l'organisation en pleine expansion, qui compte aujourd'hui près de 19.000 employés et a vu son budget presque doublé depuis 2018 pour atteindre près de 3 milliards de dollars l'an dernier.
Il bénéficie d'un soutien particulièrement fort des pays européens qui lui savent gré d'"un premier mandat très solide", selon le diplomate européen. "Ce sera une course serrée", dit-il.
J.Gomez--AT