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Turquie: bataille de chiffres entre Erdogan et son adversaire
La Turquie, qui s'est massivement pressée aux urnes, est suspendue dimanche soir à la bataille de chiffres engagée entre le président Recep Tayyip Erdogan, donné en tête par les médias officiels, et son adversaire Kemal Kiliçdaroglu qui revendique l'avantage.
Le chef de l'Etat de 69 ans obtient la majorité dès le premier tour avec plus de 52 % des voix contre moins de 41% à son adversaire Kemal Kiliçdaroglu, 74 ans, selon les chiffres donnés par l'agence étatique Anadolu, susceptibles d'évoluer fortement.
L'opposition a immédiatement dénoncé ces résultats: "Nous sommes en tête", a affirmé Kemal Kiliçdaroglu.
Selon l'agence de presse privée Anka, le président sortant obtient 47,6% des suffrages et Kemal Kiliçdaroglu 46,6%, sur plus de la moitié (52%) des bulletins dépouillés.
Un tel résultat obligerait à la tenue d'un second tour le 28 mai, une première pour M. Erdogan reconduit au premier tour avec plus de 52% des suffrages en 2018.
Pour être déclaré vainqueur, l'un des deux candidats de tête doit obtenir une majorité de 50% des voix plus une.
L'une des figures de l'opposition, le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, s'exprimant au siège du parti "au nom de Kemal Kiliçdaroglu", a appelé "les citoyens à ne pas tenir compte des chiffres donnés par Anadolu".
- Recours -
"Nous ne croyons pas Anadolu" a-t-il asséné, évoquant une agence de presse selon lui "sous respirateur artificiel". Il a accusé le parti AKP au pouvoir de multiplier les recours dans les bureaux où son candidat apparaît à la traine.
Le taux de participation définitif, apparemment élevé, n'a pas été communiqué quatre heures après la fermeture des bureaux de vote.
Le troisième candidat en lice, Sinan Ogan, est crédité d'environ 5% des voix.
Toute la journée, les urnes se sont remplies de grosses enveloppes couleur moutarde déposées par des électeurs qui ont parfois attendu plusieurs heures devant les écoles transformées en bureaux de vote.
M. Erdogan a promis de respecter le verdict des urnes, surveillées par des centaines de milliers de scrutateurs des deux camps et dont il a toujours tiré sa légitimité.
- Enthousiasme -
Arrivé à la mi-journée dans son bureau de vote d'Üsküdar, quartier conservateur sur la rive asiatique d'Istanbul, M. Erdogan, les traits tirés, a souhaité "un avenir profitable au pays et à la démocratie turque", soulignant "l'enthousiasme des électeurs" en particulier dans les zones affectées par le séisme du 6 février qui a fait au moins 50.000 morts.
De son côté, à Ankara, Kemal Kiliçdaroglu a affiché un grand sourire. "La démocratie nous a manqué. Vous verrez, le printemps va revenir dans ce pays, si Dieu le veut, et il durera pour toujours", a-t-il déclaré en reprenant un de ses slogans de campagne.
Les électeurs devaient trancher entre deux hommes et deux projets de société pour la Turquie: un président islamo-conservateur, Erdogan, 69 ans, et son rival, Kemal Kiliçdaroglu, représentant du parti laïque de Mustafa Kemal Atatürk.
"Pour le dire simplement, on veut la révolution française: +Egalité, liberté, fraternité+, parce que ces 20 dernières années, tout ça a disparu", estimait depuis le quartier huppé de Sisli à Istanbul Ulvi Aminci, 58 ans, jean bleu et tatouage sur la main.
"Je dis, continuons avec Erdogan", martelait au contraire Nurcan Soyer, foulard sur la tête, devant le bureau de vote d'Erdogan.
Dans la ville meurtrie d'Antakya, l'ancienne Antioche (sud) ruinée par le séisme, Mehmet Topaloglu est arrivé parmi les premiers : "Il faut du changement, ça suffit". Les blessures restent vives trois mois après le drame.
M. Kiliçdaroglu emmène un front uni de six partis de la droite nationaliste au centre gauche libéral. Il a en outre reçu le soutien du parti prokurde HDP, troisième force politique du pays.
M. Erdogan se présente cette fois devant un pays usé par une crise économique, avec une monnaie dévaluée de moitié en deux ans et une inflation qui a dépassé les 85% à l'automne.
Face à lui, Kemal Kiliçdaroglu a joué la carte de l'apaisement, promettant le rétablissement de l'Etat de droit et le respect des institutions, malmenées au cours des dix dernières années par la dérive autocratique de M. Erdogan.
R.Garcia--AT