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La vaccination contre le papillomavirus, entre tabou et coût financier au Venezuela
Glorimar Montaño prépare son portefeuille... Au Venezuela, se faire vacciner contre le papillomavirus humain (HPV), une maladie sexuellement transmissible qui se propage silencieusement dans le pays, coûte cher.
"Se faire vacciner n'a pas été facile. Il m'a fallu plusieurs mois", raconte cette employée de bureau, qui a payé 120 dollars chacune de ses trois doses de Gardasil 4, qui couvre quatre génotypes de papillomavirus, deux à faible risque et deux à haut risque. Un coût qui ne lui sera pas remboursé et qui pèse lourdement dans ses finances.
Le salaire minimum dans le pays est de 130 bolivars par mois (5,25 dollars) avec un revenu minimum (avec primes) de 75 dollars. Le vaccin n'est donc pas à la portée de toutes les bourses.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande au moins une ou deux doses, selon que l'activité sexuelle a été initiée ou non, mais au Venezuela, en raison de l'absence d'immunité collective, les médecins suggèrent trois doses.
Un autre vaccin contre le papillomavirus et le plus efficace pour prévenir le cancer, le Gardasil 9, peut coûter jusqu'à 350 dollars.
Le Venezuela promet depuis des années d'inclure le vaccin dans son calendrier de vaccination et de le garantir gratuitement, mais il reste l'un des rares pays d'Amérique latine à ne pas le proposer malgré les recommandations de l'OMS, qui préconise la vaccination à partir de l'âge de 9 ans.
Selon l'organisation, 80% des personnes sexuellement actives seront infectées à un moment ou à un autre de leur vie par ce virus, qui peut entraîner un cancer du col de l'utérus, de la vulve, du pénis ou du pharynx.
Il n'y a pas de chiffres officiels au Venezuela: ni sur le nombre de cas de HPV, ni sur les vaccinations qui ne sont assurées que dans le privé.
L'AFP a vainement tenté de contacter l'équipe de surveillance épidémiologique du virus mise en place par les autorités du pays de 30 millions d'habitants.
La Société anticancéreuse vénézuélienne (SAC) estime à plus de 5.900 le nombre de cas de cancer du col de l'utérus, dont 90% causés par le HPV.
Le taux de mortalité, selon la SAC, est passé de 10,45 pour 100.000 habitants en 2019 à 11,82 en 2021, et l'incidence de 23,82 à 32,16 sur la même période.
- confusions et stigmatisation -
Ce type de cancer pourrait dépasser le cancer du sein, qui est aujourd'hui la principale cause de décès des femmes au Venezuela.
La crise que traverse le pays, avec une contraction du PIB de 80% entre 2013 et 2021, touche les hôpitaux sous-équipés où les examens cytologiques et les cystoscopies ne sont pratiqués qu'exceptionnellement.
Il faut ainsi se rendre dans le privé ou passer par des ONG qui organisent de temps à autre des campagnes de dépistage.
La situation est d'autant plus complexe que la sexualité et les maladies qui y sont liées sont un sujet tabou au Venezuela, un pays très conservateur.
Le sujet "n'est jamais abordé" et il y a "des gens qui l'ont (le virus) et qui ne le disent pas", assure Corina Garcia, 27 ans, qui pu compléter son cycle de vaccination grâce à sa mère médecin.
Des députés travaillent actuellement sur une réforme de la loi sur les maladies sexuellement transmissibles (MST), qui date de... 1941 et favorise la stigmatisation des personnes infectées.
Suzany Gonzalez, directrice du Centre d'étude des droits sexuels et reproductifs (Cedesex), considère que l'absence de vaccin gratuit est une violation des droits sexuels. "La santé sexuelle et reproductive n'est pas une priorité dans le pays", déplore-t-elle.
L'Etat mène des campagnes d'information sur les MST, cependant la population reste insuffisamment sensibilisée.
"J'ai eu des patients qui confondaient le papillomavirus avec le VIH et j'ai dû m'asseoir et leur expliquer", témoigne Yrama Baloa, chef du service de gynécologie à la SAC et spécialiste du papillomavirus.
P.A.Mendoza--AT