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Les engagements climatiques des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre
En 2015, presque 200 pays s'engageaient à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour maintenir le réchauffement climatique "bien en-deçà" de +2°C, si possible +1,5°C, par rapport à l'ère pré-industrielle.
Plus de sept ans après l'Accord de Paris, les engagements nationaux ne sont toujours pas à la hauteur, surtout pour les principaux émetteurs: selon l'ONU, les plans de réduction des pays, appelés techniquement les "contributions déterminées au niveau national" (NDC, en anglais), mettent le monde sur une trajectoire de +2,6°C de réchauffement d'ici la fin du siècle.
- Chine -
La Chine, aujourd'hui responsable de plus d'un quart des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre (et de 14% des émissions mondiales depuis le début de l'ère industrielle), s'est engagée à atteindre son pic d'émissions "autour de 2030" et la neutralité carbone d'ici 2060.
Plus de la moitié de l'énergie du pays repose sur le charbon, pire énergie fossile pour le climat et dont la production a explosé en Chine dans les années 2000. Mais Pékin met en avant son rôle dans la baisse forte et continue des prix des panneaux solaires, sa place de premier constructeur de véhicules électriques ou la baisse de moitié, depuis 2005, de son intensité carbone (les émissions de CO2 rapportées au PIB). Elle a promis d'atteindre une réduction supérieure à 65% d'ici 2030 à cette intensité, mais ses ambitions restent notées comme "insuffisantes" par le Climate action tracker (CAT).
- États-Unis -
Les Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur mondial après la Chine (mais premier historique avec environ 25% des émissions depuis le début de l'ère industrielle), ont réintégré en 2021 l'accord de Paris, qu'ils avaient quitté sous la présidence de Donald Trump.
Son successeur Joe Biden a promis de réduire les émissions des Etats-Unis de 50-52% d'ici 2030 par rapport à 2005. Malgré cela, cet objectif d'émissions correspond à une trajectoire de réchauffement de +3,4°C si le monde entier adoptait un niveau d'ambition comparable, selon l'évaluation du site Paris Equity Check.
Approuvé l'été dernier, le plan climat américain prévoit 370 milliards de dollars d'investissements et subventions pour atteindre ces ambitions. Mais en parallèle, le pays continue de miser lourdement sur ses ressources en hydrocarbures, comme l'a rappelé l'approbation en mars d'un grand projet pétrolier en Alaska, une décision perçue comme une trahison par les organisations environnementales.
- Union européenne -
L'UE (17% des émissions mondiales historiques) s'est engagée à réduire ses émissions nettes de CO2 d'"au moins 55%" d'ici 2030 par rapport à 1990. En ligne avec un monde à +2,5°C, selon Paris Equity Check, "presque suffisant" selon le CAT.
Pour y parvenir, elle a présenté en 2021 un plan climat, surnommé "Fit for 55" et en cours d'adoption, qui prévoit un développement des énergies renouvelables, un vaste élargissement du marché carbone, une "taxe carbone aux frontières", le verdissement de l'industrie, la fin de l'essentiel des ventes de voitures thermiques en 2035, etc.
Au niveau national, l'Allemagne, premier émetteur européen en raison notamment de sa dépendance au gaz et au charbon, prévoit de réduire d'au moins 65% ses émissions d'ici 2030 comparé à 1990, grâce à une accélération sans précédent dans les énergies renouvelables.
La France s'est engagée à réduire ses émissions de 40% d'ici 2030 par rapport à 1990, une ambition qui doit être renforcée pour tenir compte de l'objectif de l'UE. Paris s'estime déjà bon élève grâce à son électricité nucléaire bas-carbone, mais contestée au sein de l'UE. Elle est par ailleurs en retard sur ses objectifs d'énergies renouvelables.
Le Royaume-Uni, sorti de l'UE, veut réduire ses émissions polluantes de 78% d'ici 2035 par rapport à 1990, l'un des objectifs les plus ambitieux des pays riches.
- Inde -
L'Inde, troisième émetteur annuel mondial et désormais pays le plus peuplé au monde, s'est engagée à baisser de 45% son intensité carbone d'ici 2030 par rapport à 2005 et vise la neutralité carbone en 2070, mais avec des contours jugés trop flous par le CAT.
Le pays continue de soutenir l'expansion du charbon tout en ayant l'une des plus fortes croissances d'énergie renouvelable au monde (avec un objectif de 500 GW pour 2030).
- Russie -
La Russie, qui a formellement rejoint l'Accord de Paris en 2019, a déposé sa première NDC fin 2020. Elle reprend des engagements précédents de parvenir en 2030 à 70% du niveau des émissions de 1990 (donc une baisse de 30% sur la période). "Gravement insuffisant" pour le CAT, d'autant que le plan prend en compte la capacité d'absorption maximale possible des forêts et autres écosystèmes.
- Japon -
Pauvre en ressources énergétiques et très dépendant de ses importations d'hydrocarbures, le Japon veut réduire de 46% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à leurs niveaux de 2013. En ligne avec un monde à +2°C, selon le CAT.
Le gouvernement a décidé tardivement d'accélérer dans les énergies renouvelables et espère pouvoir relancer davantage de réacteurs nucléaires, dont beaucoup sont toujours débranchés depuis la catastrophe de Fukushima en 2011.
Mais la troisième économie mondiale n'a pas renoncé à investir dans les énergies fossiles. L'archipel veut adapter ses centrales thermiques les plus modernes pour leur permettre d'utiliser une part croissante d'hydrogène et d'ammoniac comme co-combustibles, un projet potentiellement coûteux et avec un bénéfice environnemental très incertain.
- Brésil -
Parmi les autres pays principaux émetteurs, le Brésil prévoit de réduire de 50% ses émissions en 2030 par rapport à 2005. Mais il prévoit d'augmenter ses émissions fossiles, notamment via le gaz et le pétrole, dans la prochaine décennie, et n'a pas encore réussi à enrayer la déforestation de l'Amazonie, puits de carbone critique pour la planète.
O.Ortiz--AT