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Déstabiliser l'Argentine nuirait à la "légitimité" du FMI, selon le ministre argentin de l'Economie
Le ministre argentin de l'Economie Martin Guzman, en "contact quotidien" avec le FMI sur la renégociation de la dette argentine, a estimé lundi que l'institution nuirait à sa "légitimité" en "poussant l'Argentine dans une situation déstabilisante" alors qu'elle se remet tout juste des effets de la pandémie.
Dans une interview à l'AFP, M. Guzman a considéré que les négociations, avec des réunions "chaque jour ou plusieurs fois par jour" entre équipes techniques du FMI et argentines, vont "un peu mieux qu'il y a une semaine, car le travail réalisé fait que les positions se rapprochent. Mais il reste encore un chemin important à couvrir".
Le gouvernement argentin (centre-gauche) est depuis deux ans en discussions avec le FMI sur des facilités de remboursement de sa dette, héritage d'un prêt contracté en 2018 par le précédent gouvernement (centre-droit).
Faute d'accord, l'Argentine, 2e économie d'Amérique du Sud, devra rembourser sur les trois ans à venir, entre capital et intérêts, plus de 44 milliards de dollars, dont 19 mds USD dès 2022. Échéances "insoutenables", a encore réaffirmé M. Guzman.
"L'Argentine est le pays du G20 qui a connu en 2021 la plus forte croissance, à 10%, le chômage qui était à deux chiffres a reculé à 8,3%, l'investissement a crû d'environ 35%", a-t-il énuméré. Après trois ans de récession, "nous voulons donner de la continuité à cette reprise vertueuse, sans sur nos épaules une dette qui nous freine".
"Si le FMI pousse l'Argentine dans une situation déstabilisante, il aura une légitimité moindre à l'avenir, au moment où d'autres pays devront décider s'ils se tournent ou non vers lui pour résoudre leur problèmes conjointement avec la communauté internationale", a-t-il mis en garde.
"Un accord parfait n'existe pas" a convenu M. Guzman. "Ce que nous disons, c'est que si nous voulons nous protéger les uns les autres, protéger le fonctionnement du multilatéralisme, il est important de pouvoir s'entendre sur quelque chose de crédible. Et qui dit crédible dit réalisable".
- Pour une fin des surtaxes d'interêts -
Le jeune ministre de 39 ans, ancien étudiant du prix Nobel d'Economie Joseph Stiglitz, dont il est resté proche, a expliqué que les négociations actuelles avec le FMI suivaient "deux voies".
Sur l'une, la réduction du déficit public argentin, "il y a pratiquement accord sur l'objectif vers lequel converger", a-t-il souligné sans pour autant le chiffrer.
"Le désaccord est sur la vitesse pour y parvenir", a ajouté le ministre qui a présenté récemment un schéma de retour à l'équilibre d'ici 2027. Le FMI veut quelque chose de "plus rapide", mais pour M. Guzman, cela serait au détriment de l'investissement public productif "ce dont l'Argentine a le plus besoin. Le point de tension est là".
Il a rappelé que le déficit budgétaire argentin a déjà connu "une réduction très forte" en 2021, d'environ 3,5 points, et devrait s'établir à 2,9% ou 3% du PIB, chiffre attendu fin janvier.
L'autre voie des discussions porte sur "les conditions financières" de la restructuration de la dette, avec le problème des "surtaxes d'intérêt" appliquées par le FMI à partir d'un certain montant ou durée de prêt.
"Plus de 20 pays payent ces surtaxes actuellement", a-t-il rappelé. Cela revient à "faire payer davantage des pays au moment où leur situation est la pire" et "n'aide pas la mission du Fonds qui est de garantir la stabilité financière mondiale".
"La grande majorité des pays membres du FMI ont estimé nécessaire de revoir cette politique", a insisté M. Guzman.
Sans en appeler explicitement aux Etats-Unis, il a souligné "l'importante initiative" de 16 élus démocrates du Congrès américain, qui ont écrit récemment à la secrétaire au Trésor Janet Yellen pour lui demander de "soutenir une révision de cette politique au sein du directoire du FMI" de surcharges d'intérêts pour les pays endettés.
F.Wilson--AT