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Macron, sans regret, prêt à "endosser l'impopularité" de la réforme des retraites
Emmanuel Macron est sans regret ou presque. La réforme très contestée des retraites doit être appliquée "avant la fin de l'année", a-t-il affirmé lors d'une intervention télévisée très attendue, assumant son "impopularité" et provoquant immédiatement des réactions ulcérées.
Lors d'un entretien de 35 minutes sur TF1 et France2, le président, quasiment silencieux depuis janvier sur ce projet phare de son second mandat, a une nouvelle fois plaidé pour une réforme "nécessaire" qu'il ne conduit pas "par plaisir".
Le chef de l’État a épinglé les oppositions en disant que pour elles, le projet "c'est le déficit". L'entretien présidentiel les a immédiatement fait bondir, de même que les organisations syndicales qui préparent une 9e journée de grèves et de mobilisations jeudi.
"Du foutage de gueule et du mépris pour les millions de personnes qui manifestent", a cinglé le patron de la CGT Philippe Martinez.
"Déni et mensonge", a fulminé son homologue de la CFDT Laurent Berger, alors qu'Emmanuel Macron venait d'affirmer qu'aucun syndicat n'avait proposé de compromis sur les retraites.
M. Macron, qui avait écarté mardi toute perspective immédiate de remaniement, de dissolution ou de référendum, a égrené les arguments déployés par son camp depuis l'activation de l'article 49.3 sur cette réforme, adoptée après le rejet, à seulement neuf voix près, d'une motion de censure contre son gouvernement.
"S'il faut endosser l'impopularité aujourd'hui, je l'endosserai", a assumé le chef de l’État qui est revenu sur des propos polémiques tenus la veille devant les parlementaires de sa majorité.
Alors que sa réforme suscite des manifestations quotidiennes dans le pays et des grèves, il avait indiqué que la "foule" n'avait "pas de légitimité face au peuple qui s'exprime, souverain, à travers ses élus".
- "Déconnexion" -
Des propos qui visaient les parlementaires ciblés par des violences, a-t-il assuré mercredi. "On ne peut accepter ni les factieux, ni les factions", a-t-il insisté mercredi, citant les exemples des assauts contre le Capitole de Washington par des partisans de Donald Trump ou les lieux de pouvoirs à Brasilia par ceux de Jaïr Bolsonaro.
Comme les syndicats, les opposants politiques ont vivement réagi aux propos d'Emmanuel Macron.
Le président prodigue ses "traditionnelles marques de mépris", s'est insurgé après l'interview Jean-Luc Mélenchon. "Je crains qu'il n'ait mis plus d'explosif sur un brasier déjà bien allumé", a dénoncé le patron du PS Olivier Faure.
A droite également, la critique est dure. Le président du parti "Les Républicains" (LR) Eric Ciotti a fustigé des solutions "pas à la hauteur de la crise politique et économique que nous vivons".
"Il dit qu’il respecte, mais il insulte. Tous les Français, tout le temps", a dit la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen, ajoutant elle aussi que le président a "conforté le sentiment de mépris" que, selon elle, beaucoup ressentent.
Après plus de deux mois de contestation, les manifestations et actions de blocage se sont multipliées depuis le 49.3 jeudi dernier.
Pour Jonathan Moy, 25 ans, étudiant en master de biologie à l'université de Jussieu, le mot qui résume l'intervention du président, c'est "la déconnexion, toujours et encore plus visible". "Il ne nous écoute plus, il est dans son monde, dans son bunker", peste-t-il.
- "Co-construction" à l'Assemblée -
Mercredi, le port de Marseille-Fos était totalement bloqué dans le cadre d'une journée "ports morts" à l'appel de la CGT, tandis que des actions coup de poing ont également été menées aux abords de la zone portuaire de Capécure, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).
Pour la journée de jeudi, le SNUipp-FSU, premier syndicat dans le primaire, a prévu entre 40 et 50% des professeurs du primaire en grève. La situation devrait être très chaotique également dans les transports, notamment les trains, et environ 30% des vols seront annulés au départ de Paris-Orly.
Désireux de sortir de cette séquence retraites, le président a tenté de donner des perspectives. Charge à Élisabeth Borne de "bâtir un programme de gouvernement" susceptible "d'élargir" la majorité relative à l'Assemblée, dans une démarche de "co-construction d'un agenda parlementaire avec l'ensemble des forces des deux chambres".
Premier changement, le projet de loi immigration, présenté comme la prochaine victime des oppositions à l'Assemblée, sera scindé en "plusieurs textes" dans "les prochaines semaines".
Le président veut également "réengager" un dialogue avec les partenaires sociaux sur le rapport au travail. Mais "il faut attendre quelques jours, quelques semaines", a-t-il observé.
Réponse immédiate de Laurent Berger: "Ce sont des mots creux, pour l'instant, il y a un gros conflit social, une crise démocratique, une crise sociale. Faut être dingue (...), il y a un délai de décence", a-t-il déclaré à l'AFP.
T.Perez--AT