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En Moldavie, aider les réfugiés ukrainiens malgré les difficultés
Aux portes de l'Europe, des dizaines de milliers d'Ukrainiens traversent depuis un an les terres de la Moldavie, pays pauvre seize fois plus petit que la France, mais qui a ouvert grand ses portes malgré les crises successives.
"J'ai choisi la Moldavie parce que ce n'est pas très loin de mon village et que j'ai l'espoir d'y retourner le plus vite possible, dès que les hostilités auront pris fin", explique Tatiana Bellayar, 62 ans, qui a fui en avril 2022 son village proche d'Odessa.
"Ici, on nous procure tout ce dont on a besoin et comment dire, le ciel est paisible, on n'a pas peur pour nos enfants qu'il y ait des tirs", confie-t-elle.
Installée dans le canapé d'une salle commune du centre d'hébergement pour réfugiés de Nisporeni (à environ 75 km à l'ouest de la capitale Chisinau), la sexagénaire raconte son histoire, encore éprouvée comme en témoignent les larmes qui coulent sur ses joues.
Bien sûr sa maison, son jardin, son pays lui manquent. Et elle n'a de cesse d'exprimer sa reconnaissance envers la Moldavie, qui lui a permis de continuer à vivre décemment, avec sa fille et sa petite-fille âgée de 2 ans.
- "Générosité" -
Avec 54 autres Ukrainiens, toutes trois sont logées dans un internat reconverti en lieu d'accueil, aux côtés des 160 élèves du lycée professionnel viticole voisin.
"Quand la guerre a commencé et que les réfugiés ont commencé à arriver, évidemment nous nous sommes immédiatement mis en marche et nous avons offert nos ressources à ces réfugiés", souligne le responsable de la structure Eduard Tatarov, citant la pléthore d'actions bénévoles et de loisirs proposés aux enfants.
L'Américaine Liz Devine, coordinatrice générale pour l'association Médecins du Monde, salue "l'incroyable générosité" des Moldaves.
"Quelque 100.000 personnes supplémentaires dans un pays de 2,6 millions d'habitants, avec un système de santé publique sous tension, c'est une lourde charge", relève-t-elle.
"Imaginez que trois millions de personnes arrivent en France et qu'il faille du jour au lendemain leur donner un accès aux soins", lance la représentante de l'une des 40 ONG présentes dans le pays en plus des cinq agences des Nations Unies.
- Instabilité et pauvreté -
Située entre l'Ukraine et la Roumanie, cette ex-république soviétique est un pays complexe, indépendant depuis 1991 avec pour langue officielle, le roumain.
Elle a sur son territoire deux entités ayant fait plus ou moins sécession: la Gagaouzie (sud), qui accueille une minorité turque orthodoxe et bénéficie d'un statut d'autonomie et surtout la Transdniestrie (nord-est), région séparatiste peuplée de russophones et abritant des industries clés (énergie, aciérie, cimenterie).
Environ 1.500 soldats russes y sont positionnés, alimentant la peur d'une invasion dans ce pays qui a récemment accusé la Russie de fomenter un coup d'Etat pour renverser le pouvoir pro-européen en place.
Disposant de peu de ressources - essentiellement agricoles, dont le vin -, la Moldavie connaît une inflation record, qui a culminé à plus de 34% en août avant de refluer légèrement.
Elle a subi un exode massif qui s'est accentué ces dix dernières années et 20% de la population vit sous le seuil de pauvreté, détaille-t-on au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
L'UNHCR a distribué près de 100 millions d'euros d'aide humanitaire en Moldavie, qui ont notamment servi à la mise en place d'un système de cash pour les réfugiés: 120 dollars (112 euros) par personne et par mois.
- "Prix dingues" -
L'ONG Solidarités International (SI) octroie elle une petite participation aux nombreux Moldaves accueillant chez eux des réfugiés: 36 euros mensuels par famille.
"Aider la population réfugiée ukrainienne, c'est très bien, mais on est tous d'accord dans les instances de coordination qu'il faut aussi aider la population moldave" qui "se paupérise", argue Serge Gruel, coordinateur terrain pour SI.
"Il y a eu le Covid, une grosse sécheresse l'an dernier" qui a affecté la production agricole, "la crise énergétique qui avait commencé dès fin 2021. C'est un pays qui essaye de s'en sortir depuis quelques années et qui là encaisse plusieurs chocs successifs", constate-t-il.
Pour Raïssa Ulinichi, la vie n'est plus la même depuis presqu'un an. Cette célibataire moldave de 60 ans, installée dans une coquette maison au rez-de-chaussée d'une petite cité à Chisinau, héberge des amis ukrainiens.
"Bien sûr qu'il y a plus de dépenses. Car avant je vivais seule et maintenant on est quatre. L'électricité, le gaz, l'eau... déjà qu'on dépense plus mais en plus les prix sont dingues en ce moment", lance-t-elle avant de s'attabler pour jouer joyeusement aux cartes avec ses hôtes. "La vie continue!", sourit-elle.
T.Sanchez--AT