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Retraites: les syndicats prêts à "mettre la France à l'arrêt" début mars
Les syndicats espèrent mobiliser très fortement samedi, à l'occasion de la quatrième journée d'action contre la réforme des retraites, et se faire entendre enfin de l'exécutif, faute de quoi ils se disent prêts à "mettre la France à l'arrêt" le 7 mars.
Lors d'une conférence de presse avant le départ du cortège parisien, l'intersyndicale s'est dite "prête à durcir le mouvement" si le gouvernement et le Parlement "rest(ai)ent sourd" aux mobilisations.
Le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, a de nouveau pointé du doigt une "forme de folie démocratique du gouvernement à ignorer ce qui se passe", tandis que son homologue de la CGT Philippe Martinez a souligné que "la balle (était) dans le camp" de l'exécutif.
Les syndicats, qui ont confirmé leur appel à un cinquième acte le 16 février, misent sur une forte mobilisation samedi, M. Martinez notant "déjà beaucoup de monde" dans la rue.
Les premiers cortèges, pour cette première mobilisation un samedi, se sont élancés avec par exemple 6.000 personnes à Nancy, selon la préfecture.
A Clermont-Ferrand, où ils étaient des milliers, Christophe Meunier, 58 ans, chauffeur, a expliqué ne pas pouvoir venir en semaine: "L'entreprise a besoin de moi. Je suis venu parce que il y en a ras le bol, c’est toujours les mêmes qui paient".
A Strasbourg, où la CGT a revendiqué un nombre record de "plus de 100.000 manifestants", Sandrine Thouron, 60 ans, principale d'un collège, a aussi noté que "les autres manifs ne tomberont pas forcément le samedi. "Donc c'est peut être la seule fois où je peux venir, c'était l'occasion".
"J'attends qu'aujourd'hui (samedi) il y ait encore plus de monde dans la rue et que le gouvernement réfléchisse un peu à deux fois avant de passer en force", a affirmé de son côté Benjamin Grau, 41 ans, agriculteur dans le cortège toulousain.
"Dépasser le million de manifestants, ça serait un beau succès", a estimé M. Berger. De source policière, on s'attend à une participation comprise entre 600.000 et 800.000 personnes, dont 90.000 à 120.000 à Paris, où le défilé ira de République à Nation.
Dix mille forces de l'ordre seront mobilisées partout en France, dont 4.500 à Paris.
Sans appel à la grève, les réseaux RATP et SNCF devaient fonctionner normalement.
Les trois premières journées d'action ont réuni entre 757.000 et 1,27 million de personnes selon les autorités (entre près de deux millions et plus de 2,5 millions selon l'intersyndicale), sans infléchir l'exécutif, qui tient bon sur la mesure-phare de la réforme, le recul de l'âge légal de départ à 64 ans.
Depuis Bruxelles, où il participait à un sommet européen, le président de la République Emmanuel Macron a semblé regarder ailleurs jeudi: "Je souhaite d'abord que le travail puisse se poursuivre au Parlement", "c'est ainsi que la démocratie doit fonctionner", a-t-il dit, avant d'inviter les syndicats à organiser la contestation "dans le calme" et sans "bloquer la vie du reste du pays".
- "Pas dans la rue" -
"On a les mobilisations les plus fortes depuis le début des années 1990 (...) et on a le sentiment y compris parfois dans les interviews (...) des membres du gouvernement que tout ça n'existe pas", s'est offusqué M. Berger.
Le risque, soulignent les syndicats réformistes, est celui d'une radicalisation de la base, et aussi d'une forme de "désespérance sociale" qui se traduise par un vote d'extrême droite dans les urnes.
Si le gouvernement ne tient pas compte des demandes des Français sur les retraites, "on aura à l'issue de cette réforme un divorce encore plus prononcé, encore plus inquiétant, entre les Français et ceux qui nous gouvernent", a averti samedi sur France Inter le président LR de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand.
A gauche, la députée LFI Raquel Garrido, a dit espérer sur RMC une "mobilisation historique".
Outre la journée du 16 février - où les leaders de l'intersyndicale ont prévu de manifester ensemble à Albi - et le point d'orgue du 7 mars, alors que le texte sera arrivé au Sénat, les syndicats préparent aussi des actions pour le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, "pour mettre en évidence l'injustice sociale majeure de cette réforme envers les femmes".
L'article 7, qui porte la mesure d'âge, pourra-t-il faire l'objet d'un vote, comme l'ont réclamé les syndicats samedi ? Rien n'est moins sûr, alors que les députés de la Nupes ont déposé des milliers d'amendements, débattus dans une ambiance tumultueuse.
H.Gonzales--AT