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Pérou: Keiko Fujimori récompensée pour sa persévérance, nouvelle présidente élue
Keiko Fujimori a été récompensée pour sa persévérance, et après trois échecs successifs a été désignée lundi nouvelle présidente du Pérou.
Figure incontournable de la vie politique du pays andin depuis plus de vingt ans, elle est l'héritière d'un nom qui continue de diviser profondément les Péruviens, fille d'Alberto Fujimori qui a gouverné d'une main de fer dans les années 1990.
Candidate malheureuse à trois élections présidentielles (2011, 2016 et 2021), Keiko Fujimori semblait condamnée à rester l'éternelle finaliste. Lundi, l'autorité électorale a confirmé son accession à la magistrature suprême, trois semaines après le scrutin du second tour.
Diplômée en administration aux Etats-Unis, ancienne députée et dirigeante du parti Force populaire, Keiko Fujimori a grandi dans les coulisses du pouvoir, avant de devenir à 19 ans Première dame sous la présidence de son père, en raison du divorce de ses parents. Elle a alors côtoyé chefs d'État et dirigeants du monde entier.
Alberto Fujimori est un personnage encore clivant au Pérou. Il a vaincu les guérillas du Sentier Lumineux et du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) et maîtrisé l'hyperinflation, avant d'être condamné pour corruption et crimes contre l'humanité.
Issue d'une famille d'origine japonaise, elle est connue des Péruviens comme Keiko, mais aussi surnommée "la China", un sobriquet souvent utilisé au Pérou pour désigner les personnes d'origine asiatique.
"C'est une +marque+ bien positionnée, qu'on l'apprécie ou non", estime le politologue Jorge Aragon.
- Le pari de l'ordre -
L'ancienne députée de droite estime que cette opposition au fujimorisme a dominé la vie politique du pays depuis la chute de son père. "Depuis 25 ans, le Pérou est gouverné par des gouvernements antifujimoristes", affirme-t-elle, accusant ses adversaires d'avoir alimenté la "haine" et la "division".
Ses détracteurs lui reprochent au contraire d'avoir contribué à l'instabilité chronique du pays, qui a connu huit présidents en dix ans, du fait de l'influence exercée par son camp au Parlement.
Première campagne sans son père, décédé en 2024 - "Il me manque", a-t-elle confié à l'AFP en avril -, cette élection l'a vue revendiquer plus ouvertement que jamais l'héritage sécuritaire du fujimorisme.
Dans un pays frappé par une montée de la criminalité, elle a fait de l'"ordre" son principal slogan. "La gauche conduit à la pauvreté et au chaos", a-t-elle assuré en parlant de son adversaire.
"Avec la même détermination que mon père pour vaincre le Sentier Lumineux et le MRTA, nous viendrons à bout des délinquants", a-t-elle déclaré.
Ses proches la décrivent comme une femme déterminée et résiliente. "Chaque coup qu'elle a reçu dans la vie ne l'a pas brisée, mais l'a rendue encore plus forte", dit à l'AFP Miki Torres, son colistier à la vice-présidence.
Longtemps perçue comme une personnalité combative et clivante, notamment en raison de ses démêlés judiciaires, elle s'efforce depuis plusieurs années d'adoucir son image.
Elle a passé plus d'un an en détention provisoire dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent liée au scandale Odebrecht, une affaire de corruption dans le BTP qui a touché une grande partie de l'Amérique du Sud.
"J'ai aussi commis des erreurs, notamment en ayant parfois une attitude très conflictuelle", reconnaît cette mère de deux filles, divorcée d'un Américain.
P.Smith--AT