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A Chypre, deux diplomates visent le siège présidentiel dimanche
Deux diplomates s'affrontent dimanche à Chypre au deuxième tour d'un scrutin présidentiel serré, après la décision du parti au pouvoir, grand perdant du premier tour, de ne soutenir aucun des candidats encore en lice.
Avec 32,04% des suffrages, l'ancien chef de la diplomatie chypriote Nikos Christodoulides est soutenu par les partis centristes tandis que le diplomate Andreas Mavroyiannis, qui a reçu 29,59% des votes, est lui épaulé par le parti communiste.
"Je m'attends à un résultat serré et chacun des candidats peut l'emporter", assure Hubert Faustmann, professeur de politique et d'histoire à l'Université de Nicosie.
"Les résultats de dimanche dernier et les développements (qui ont suivi) ont changé la dynamique."
Avec seulement 26,11% des voix, Averof Neofytou, est sorti de la course lors du premier tour le 5 février, une défaite sans précédent pour un dirigeant d'un parti au pouvoir.
Son parti, DISY, celui du président sortant Nicos Anastasiades, a refusé de donner des instructions de vote. Et s'est déclaré parti de l'opposition.
"L'élection se jouera sur le choix des électeurs de DISY", estime M. Faustmann.
Au total, quelque 561.000 électeurs chypriotes-grecs, préoccupés par les scandales de corruption et l'inflation galopante sur leur île divisée depuis près d'un demi-siècle, sont appelés à voter dimanche pour choisir le successeur de M. Anastasiades. Ce dernier, âgé de 76 ans, quitte son poste après deux mandats de cinq ans.
Les 1.113 bureaux de vote ouvriront à 07H00 (05H00 GMT) et fermeront à 18H00 (16H00 GMT).
- "Traître" -
Bien que soutenu par les partis centristes, Nikos Christodoulides, 49 ans, ministre des Affaires étrangères entre 2018 et 2022, se présente comme un candidat "indépendant".
Favori du premier tour, sa victoire était attendue. Mais l'affaire se complique pour lui au deuxième tour, face à M. Mavroyiannis, appuyé par le parti communiste AKEL.
Car les électeurs de DISY lui reprochent d'avoir rompu les rangs avec le parti en annonçant sa candidature.
"L'histoire peut oublier les héros, mais elle n'oublie jamais les traîtres", a prévenu son ancien rival Averof Neofytou en début de semaine.
Espérant une réconciliation, M. Christodoulides a proposé à DISY un "rôle significatif" dans son gouvernement s'il était élu. Mais n'a reçu qu'une fin de non-recevoir.
Entre le candidat d'AKEL, rival de longue date de DISY, et celui qui est à l'origine de leur pire résultat électoral, le choix sera difficile pour les électeurs déçus de M. Neofytou, explique M. Faustmann.
"La tendance actuelle favorise Mavroyiannis car la colère du parti DISY contre les résultats est plus importante que leur désamour pour AKEL", estime-t-il.
Pour ce second tour inhabituel, chaque vote compte, souligne l'expert, rappelant que celles d'ELAM, le parti d'extrême droite arrivé à la quatrième place avec 6% des suffrages, pourraient revenir à M. Christodoulides.
"Ses électeurs sont probablement prêts à soutenir Christodoulides, mais qu'est-ce que Christodoulides leur offrira en retour?", s'interroge-t-il.
Leur promettre "un rôle dans le gouvernement lui coûtera certainement plus de votes qu'il n'en gagnerait."
- Méfiance -
Andreas Mavroyiannis, de son côté, pourrait à nouveau créer la surprise s'il parvient à convaincre les électeurs de la pertinence de son programme économique.
L'ancien président communiste Demetris Chrisofias (2008-2013) est largement tenu pour responsable de la crise financière qui a touché le pays en 2012 et a conduit l'île à solliciter en 2013 un plan de sauvetage auprès de bailleurs internationaux.
Agé de 66 ans, M. Mavroyiannis pourrait en faire les frais, la population chypriote gardant encore un douloureux souvenir de cette crise.
"Il y a un écrasant consensus qu'AKEL ne devrait pas toucher aux politiques économiques", résume M. Faustmann.
Dans l'espoir d'apaiser les craintes, le candidat a annoncé que, s'il était élu, son ministre des Finances serait Charalambos Prountzos, un expert reconnu en droit des sociétés et de l'énergie.
Le futur président sera aussi appelé à relancer les pourparlers de paix, actuellement au point mort sur cette île divisée depuis l'invasion par la Turquie en 1974 du tiers nord de l'île, en réponse à un coup d'Etat de nationalistes chypriotes-grecs qui souhaitaient rattacher le pays à la Grèce.
La République de Chypre n'exerce son autorité que sur la partie sud de l'île, séparée par la Ligne verte, une zone démilitarisée contrôlée par l'ONU, de la République turque de Chypre-Nord (RTCN), autoproclamée et reconnue seulement par Ankara, où vivent les Chypriotes-turcs.
Autre sujet sensible: l'afflux de migrants. Près de 6% des 915.000 personnes vivant dans le sud de l'île sont des demandeurs d'asile, selon les autorités qui accusent la Turquie d'orchestrer leur arrivée.
E.Hall--AT