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L'Ukraine accélère les préparatifs face au risque d'invasion russe
Etat d'urgence programmé, mobilisation des réservistes, appel aux Ukrainiens à quitter la Russie: Kiev multipliait les préparatifs mercredi face à la menace d'une invasion russe, Vladimir Poutine insistant sur ses exigences et défiant les sanctions occidentales.
Pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky, "l'avenir de la sécurité européenne" se décide en Ukraine, plus de 150.000 soldats russes, selon Washington, étant déployés à ses frontières.
A l'occasion de la Journée des défenseurs de la patrie, le président Poutine a lui martelé que les intérêts russes étaient "non-négociables", même s'il a évoqué un hypothétique "dialogue direct et honnête avec les Occidentaux".
La veille, peu après avoir été autorisé par son parlement à déployer des troupes en Ukraine si nécessaire, le maître du Kremlin a de nouveau exigé que Kiev renonce à adhérer à l'Otan, et prôné une "démilitarisation" de ce pays de 44 millions d'habitants.
L'Ukraine a réagi mercredi en ordonnant la mobilisation des réservistes de 18 à 60 ans, et en appelant ses ressortissants - quelque trois millions de personnes, selon certaines estimations - à "quitter immédiatement" la Russie.
Le Conseil de sécurité ukrainien a demandé au Parlement l'instauration de l'état d'urgence "dans les 48 heures", afin de pouvoir "renforcer la protection" de l'ordre public et des infrastructures stratégiques.
Vladimir Poutine, qui depuis le début de la crise fixe le tempo, continue de laisser planer le suspense sur ses intentions militaires.
- Pas de mouvement sur le terrain
Après qu'il a reconnu lundi l'indépendance des "républiques" séparatistes prorusses de Donetsk et Lougansk, la chambre haute a donné son feu vert à un déploiement de forces russes en Ukraine.
Si ces décisions posent les bases d'une intervention d'envergure, sur le terrain, aucun mouvement de troupes significatif n'a encore été signalé.
Dans la région russe de Rostov, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière, des forces russes sont stationnés en nombre: camions militaires, lance-roquettes ou obusiers, sans signe d'activité particulière, selon des journalistes de l'AFP.
A Kiev, les habitants n'ont pas renoncé à leur routine.
Mais depuis mardi, à chaque heure pile, des hauts-parleurs font résonner l'hymne national ukrainien sur l'immense place Maïdan.
Les spéculations continuent donc sur les scénarios possibles: depuis un nouveau statu quo dans les territoires séparatistes, jusqu'à une guerre totale entre Russes et Ukrainiens.
Beaucoup redoutent que la crise ne mène au plus grave conflit en Europe depuis 1945.
La Russie a commencé à évacuer son personnel diplomatique d'Ukraine, et le drapeau russe ne flotte plus sur son ambassade. Les Etats-Unis avaient eux déjà fermé la leur.
- Premières sanctions -
La ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, a jugé mercredi "hautement probable" une invasion de l'Ukraine.
Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a estimé que Poutine avait "d'une certaine manière déclaré la négation de l'Ukraine comme "pays souverain".
Le pape François a lui déploré les "scénarios de plus en plus alarmants" qui se profilent.
le président américain Joe Biden a estimé mardi que les dernières décisions russes équivalaient à "un début d'invasion", mais ajouté qu'il était "encore temps d'éviter le pire".
Washington et ses alliés occidentaux ont pris de premières sanctions en réaction à la reconnaissance des séparatistes que Kiev combat depuis huit ans, un conflit qui a fait plus de 14.000 morts.
Berlin a notamment gelé le gigantesque projet de gazoduc Nord Stream II, qui devait acheminer encore davantage de gaz russe en Allemagne et M. Biden a annoncé une "première tranche" de sanctions pour empêcher Moscou de lever des fonds occidentaux pour rembourser sa dette.
La Russie a promis mercredi une riposte "forte" et "douloureuse" aux sanctions américaines.
Ces mesures restent modestes par rapport à celles annoncées en cas d'invasion et Moscou peut se targuer d'avoir accumulé près de 640 milliards de dollars dans ses réserves de change et 183 milliards dans un fonds souverain pour y faire face.
- "J'ai peur" -
Sur le front dans l'Est, la reprise des combats entre armée et séparatistes ces derniers jours n'a pas cessé mercredi. Les belligérants continuent d'échanger des tirs d'artillerie, s'en accusant mutuellement.
"Ils ont commencé à tirer beaucoup plus fort", a témoigné auprès Dmitri Maksimenko, un mineur de Krasnogorivka, bourgade proche du front côté ukrainien.
"Choqué" d'apprendre que la Russie avait reconnu l'indépendance des séparatistes, il dit avoir "un peu peur".
Les séparatistes de Lougansk ont annoncé mercredi la mort d'un combattant. Un civil a aussi été tué dans des bombardements pendant la nuit, selon les rebelles.
burs-cat/alf/lpt
A.Ruiz--AT