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Dans l'est de l'Ukraine, une petite ville redoute la prochaine offensive russe
A Yampil, dans l'est de l'Ukraine, Victoria Shipko possède une horloge accrochée au mur de sa salle à manger dont les aiguilles tournent à l'envers pendant que l'artillerie tonne au-dehors.
"Où est la différence!" est écrit en russe sur l'appareil qui égrène à rebours les heures, les minutes et les secondes.
A l'extérieur, le bruit de l'artillerie ukrainienne résonne à travers la vallée gelée - un rappel constant des combats en cours avec l'armée russe pour le contrôle de la campagne environnante.
En avril 2022, les forces russes avaient pris Yampil. L'armée ukrainienne les a chassées de la petite ville en septembre.
Aujourd'hui, les habitants craignent une nouvelle offensive russe depuis les collines situées à l'est, alors qu'approche le redoux du printemps.
Mme Shipko, elle, n'a pas d'opinion tranchée sur le sujet. "S'ils (les Russes) ne tirent pas, c'est du pareil au même pour moi", dit l'ancienne infirmière en psychiatrie de 52 ans.
Les avancées et retraites successives des armées en présence dans la région du Donbass (est), au coeur du conflit, rendent la vie difficile pour les habitants de Yampil, située à quelque 30 km à l'ouest de Kreminna, ville contrôlée par les Russes.
Les stigmates de la guerre sont visibles partout à Yampil, qui a abrité jusqu'à 2.000 soldats.
Le mât de téléphonie mobile gît au sol dans la rue principale, montrant que les communications sont coupées.
Les bombardements ont arraché les toits en tôle ondulée, renversé les murs et brisé les fenêtres, et il n'y a plus d'électricité depuis des mois. Dans une rue, des soldats ukrainiens réparent des véhicules en panne.
Mme Shipko, qui a emménagé à Yampil en 2014, lorsque les forces ukrainiennes avaient repris une première fois la ville à des séparatistes prorusses, n'a pas envie de partir. Elle n'a nulle part où aller et pas d'argent, dit-elle.
Mais elle admet aussi: "J'ai peur de partir. Si je partais (...), les gens prendraient tout. L'armée saisira ma maison".
- "Il manque le bonheur" -
Son voisin Ramis, 42 ans, arrive en poussant à travers la neige un vieux sidecar chargé de boîtes en carton d'aide alimentaire.
Aves sa femme Zita, 38 ans, et leur fille de 15 ans, ils logent chez Mme Shipko depuis que leur maison a été détruite par un bombardement.
Le groupe semble bien équipé. Tas de bûches prudemment ramassées dans la forêt constellée de mines, poules gloussantes derrière leur grillage dans la cour, caisses de pommes, de citrons, de légumes et de pain empilées à l'intérieur où une chaudière à bois maintient la maison chaude en l'absence de générateur.
Dans la salle à manger, quatre assiettes sont posées sur une toile cirée autour d'un petit bol de salade de thon, laitue, maïs et mayonnaise.
Une perruche gazouille dans une cage et le chien de la propriétaire, Knopka ("Bouton"), aboie impatiemment pour réclamer une friandise.
Yosyf, le chat, s'est roulé en boule pour dormir sur un lit, sous des étagères de peluches. Sur une commode, les boîtes de médicaments pour contrôler la tension trop élevée de Victoria Shipko.
"On dirait qu'on a tout", glisse-t-elle. "Mais il manque le bonheur".
A quelques kilomètres, la petite ville de Zaritchne est sinistrement déserte. La forêt de pins voisine est constellée de carcasses de blindés russes.
Serguiï Solomon, soldat ukrainien de 31 ans, craint également une prochaine offensive russe.
"Les Russes ont des chars, des transports de troupes blindés et des (roquettes) Grad, tout ce que vous pouvez souhaiter", déplore l'ancien maçon. "Nous, on a de l'équipement mais pas beaucoup de munitions".
"J'ai lu qu'une attaque pourrait venir de Lyman", une autre ville proche très disputée, "avant l'anniversaire" de l'invasion russe de l'Ukraine le 24 février, raconte le militaire. "Il y a aussi des rumeurs d'une attaque venant du Bélarus mais ces informations ne sont pas confirmées".
"Peut-être qu'ils veulent seulement qu'on déplace notre armée là-bas?", s'interroge-t-il.
A Yampil, Victoria Shipko s'active dans ses travaux ménagers alors que la nuit tombe. Vers 16H30, il fait noir. Il ne lui reste plus qu'à attendre, résignée, ce que le prochain jour lui apportera.
"Qui vivra verra", lâche-t-elle.
P.A.Mendoza--AT